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Le monastère de l’Hôpital général de Québec ouvre ses portes

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Le monastère de l’Hôpital général de Québec ouvrira ses portes les 23 et 24 mai dans le cadre de la Semaine du patrimoine, qui débute ce samedi. Les visiteurs y découvriront un joyau architectural insoupçonné formé d’un empilement de bâtiments érigés sur cinq siècles, entre 1670 et 2002.

L’édifice entouré d’un épais mur de pierres se trouvait à l’origine dans un cadre champêtre, à plus d’un kilomètre à l’ouest de Québec. Le lotissement des quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur l’a graduellement enveloppé dans la seconde moitié du XIXe siècle.

La messe est sur le point de commencer à notre arrivée sur le boulevard Langelier. Sans plus attendre, le chargé de projet du monastère, Denis Robitaille, nous entraîne vers l’église Notre-Dame-des-Anges, située au centre du complexe hospitalier. « C’est la plus ancienne du Canada », dit-il en ouvrant une porte.

De l’autre côté, on découvre une allée de fauteuils en bois massif aménagée en 1958 pour accueillir les sœurs augustines, qui étaient alors cloîtrées. Une statue de la Vierge Marie et de l’Enfant Jésus monte la garde. Elle aurait été sculptée en 1728 par un détenu de la prison de Québec à l’aide d’un simple canif.

Les couleurs du monastère

Les dorures de l’église scintillent à travers une arche qui était autrefois fermée par la grille métallique délimitant le cloître des religieuses. Ce lieu de culte méconnu, où l’on dit la messe depuis 1673, est plus ancien que les bâtiments entourant la place Royale de Québec où défilent des millions de touristes annuellement. Son emplacement excentré l’a protégé des incendies et du terrible bombardement britannique de 1759.

En levant les yeux, on aperçoit l’une des plus vieilles toiles réalisées en Nouvelle-France. Il s’agit de l’Assomption de la Vierge du frère Luc (1671). Sur notre droite se trouve le fauteuil du deuxième évêque de Québec, Monseigneur de Saint-Vallier (1688-1727), sur lequel le pape Jean-Paul II s’est assis en 1984.

Les boiseries situées de part et d’autre des bancs sont ornées d’une vingtaine de paysages. L’historien de l’art Gérard Morisset les a attribués à mère Maufils, une religieuse canadienne de la fin du XVIIe siècle. « On est en train de l’expertiser », souligne Denis Robitaille. Au-delà de l’identité du peintre, le chargé de projet du monastère est surtout intrigué par le programme pictural de ces petits tableaux. « Ce n’est pas le genre d’images qu’on trouve habituellement dans une église. Il y a des cours d’eau, des arbres et parfois des maisons, mais jamais personne », dit-il en pointant l’un d’eux.

On s’étonne de l’absence d’écriteaux soulignant les points d’intérêts de l’édifice. « On n’est pas dans un musée, rappelle Denis Robitaille. C’est un lieu qui est encore en usage, c’est comme visiter une maison. »

Les premières religieuses font justement leur entrée dans l’église. On en dénombre une trentaine dans tout le monastère. Elles sont issues de différentes congrégations reconnaissables à la couleur de leur habit : le blanc pour les Augustines, le beige pour les Clarisses et le noir pour les Cisterciennes.

Un vestige de Ludovica

La voûte peinte de Notre-Dame-des-Anges a été refaite en bois nu en 1982. Cette restauration controversée lui a donné une illusion de modernité pour le moins déroutante. Elle masque l’ancienneté de l’édifice qui a été conçu à partir d’épinettes coupées en 1670, comme l’a montré une analyse dendrochronologique réalisée il y a deux ans.

Les échantillons prélevés sur la charpente de la toiture ont également révélé la présence de pièces plus anciennes, dont le bois a été abattu dès 1618, soit dix ans seulement après la fondation de Québec. Elles proviennent du recyclage des matériaux de la première église érigée au même endroit en 1620.

Le site de l’Hôpital général de Québec est un vestige de Ludovica, la ville idéale imaginée par Champlain sur les bords de la rivière Saint-Charles. C’est à sa demande que les Récollets y ont établi leur église et le couvent où ils vont loger entre 1620 et 1629. Cette année-là, les missionnaires sont chassés du Canada par les corsaires anglais qui occupent Québec. Il faut attendre 1670 pour qu’ils reprennent possession des ruines de leurs bâtiments érigés un demi-siècle plus tôt.

En plus de l’église Notre-Dame-des-Anges, les Récollets nous ont légué leur réfectoire, qui a conservé son lambris chaleureux. « C’est considéré comme le plus ancien intérieur d’Amérique, dit Denis Robitaille avec fierté. C’est ici qu’on mange depuis 1680 ! »

Les Récollets n’ont pas profité longtemps de leur cafétéria. En 1692, Monseigneur de Saint-Vallier réquisitionne leur couvent pour y établir un hôpital général destiné aux mendiants, aux invalides et aux « désœuvrés ». « Nos services sociaux ont commencé ici, remarque Denis Robitaille. C’est notre premier CHSLD ! »

Les Augustines héritent de la gestion de cet hospice qui a également fait office d’hôpital militaire au plus fort de la guerre de la Conquête (1755-1760). Les religieuses y ont notamment soigné les soldats français et britanniques ramenés de la bataille des plaines d’Abraham, qui s’est déroulée à un kilomètre au sud de son enceinte.

Notre-Dame-des-Anges, un Vatican québécois

Les Augustines ont cédé leur hôpital au ministère de la Santé en 1999. On y retrouve aujourd’hui un CHSLD de 200 résidents relevant de la municipalité de Notre-Dame-des-Anges. La mère supérieure de la communauté est de facto la mairesse de ce territoire de 400 mètres carrés qui est enclavé dans Québec à la manière du Vatican à Rome.

La moyenne d’âge des religieuses croisées dans le couloir du monastère est de 86 ans. « Les sœurs vont partir un jour, c’est inévitable, et il faut réfléchir à l’avenir du site », indique Denis Robitaille. Des discussions sont en cours avec le CIUSSS, la Ville de Québec et le ministère de la Culture.

Le monastère-hôpital général ne deviendra toutefois pas un musée, assure son chargé de projet. Ses artefacts ont d’ailleurs été transférés à l’autre monastère des Augustines, celui de l’Hôtel-Dieu du Vieux-Québec, à la suite de la fermeture de son cabinet de curiosités en 2009. « Les sœurs souhaitent que les lieux aient une utilité sociale après leur départ, explique Denis Robitaille. Elles veulent qu’ils soient accessibles au public. »

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