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Côté pile, Donald Trump aime bien se montrer en homme fort intraitable à la tête d’une superpuissance économique et militaire contre laquelle toute résistance serait forcément vouée à l’échec. Mais, côté face, il semble un peu plus apeuré face aux conséquences de ses décisions.
C’est le Wall Street Journal qui a rapporté cette fragilité samedi dernier en relatant une certaine panique affichée par le président des États-Unis après que deux pilotes de l’armée américaine ont été portés disparus sur le territoire de la République islamique d’Iran, leur avion de chasse abattu par des tirs iraniens.
C’était au début du mois, au cœur d’une guerre lancée quelques semaines plus tôt, avec confiance, par le président américain contre le régime des mollahs, avec promesse de le renverser.
Alors qu’il exigeait une opération de sauvetage immédiate de deux pilotes, par l’entremise d’une opération qui allait forcer les États-Unis à déployer des hommes sur le terrain pour la première fois depuis 1979 et la crise des otages iraniens, le président aurait eu le souvenir de ce grand échec de la politique étrangère américaine, ont rapporté des personnes s’étant entretenues avec lui cette journée-là.
Dans les jours précédents, Trump avait déjà parlé de l’événement comme d’un grand « fiasco » ! « Si vous regardez ce qui s’est passé avec Jimmy Carter [président américain au moment de cette crise]… avec les hélicoptères et les otages, cela leur a coûté les élections », aurait-il déclaré.
Le sauvetage des deux soldats n’a finalement pas fait sombrer le gouvernement Trump dans une crise à la hauteur de celle à laquelle Carter a été confronté. Mais la perspective d’un fiasco plane toujours au-dessus de la tête de Donald Trump, dont la guerre en Iran est loin à ce jour de se dérouler comme il l’avait envisagé.
« Il s’est lancé dans cette guerre non pas en se désintéressant des considérations géostratégiques, mais plutôt en adhérant à des idées géostratégiques erronées, résume en entrevue le politicologue Daniel Silverman, spécialiste des questions de sécurité internationale à l’Université Carnegie Mellon. Une confiance excessive dans les solutions militaires — largement alimentée par le succès relatif de sa campagne au Venezuela — l’a conduit à croire qu’il pouvait obtenir un changement de régime ou une capitulation face à un adversaire d’une tout autre nature. » Mais rien de cela ne s’est encore produit.
Entre hyperconfiance et incertitude
Lundi, pourtant, sur son réseau social, le républicain affichait toujours la même confiance, alors que l’incertitude persistait sur de nouveaux pourparlers de paix avec l’Iran et qu’il se préparait à se mettre en contradiction avec lui-même en prolongeant mardi de manière indéterminée un cessez-le-feu qu’il avait pourtant promis de ne pas prolonger la veille. « Cette opération est parfaitement exécutée, a-t-il écrit, en indiquant que sa campagne militaire en Iran était « plus vaste et plus complexe » que celle lancée avec succès contre le Venezuela au début de l’année. « Le résultat sera le même », a-t-il affirmé aux Américains.
« Durant mon premier mandat, j’ai bâti la plus grande armée que notre pays ait jamais eue […]. Durant mon second mandat, j’utilise nos forces armées à bon escient et avec discernement pour résoudre les problèmes que nous ont légués d’autres, bien moins compétents et perspicaces », a ajouté le président des États-Unis.
Mercredi, le problème iranien semblait encore loin d’être réglé, malgré sept semaines de conflit qui, au lieu d’avoir conduit au renversement de la théocratie iranienne, semble surtout l’avoir renforcée. Frondeur face aux demandes de Donald Trump, le régime des mollahs maintient toujours l’incertitude face à sa participation éventuelle à un nouveau cycle de discussions sur la paix, prévu pourtant pour mercredi, mais que la Maison-Blanche envisage désormais comme « possible » dans les 48 à 72 heures.
Téhéran a ouvert le feu sur trois navires cherchant à franchir le détroit d’Ormuz mercredi, maintenant son emprise, malgré la prolongation du cessez-le-feu, sur cette voie maritime stratégique et sur une économie mondiale affectée par l’entrave imposée par l’Iran sur la circulation du pétrole.
Pis, après une décennie passée à critiquer l’accord sur le nucléaire iranien signé par Barack Obama et rejeté par Trump lors de son premier mandat, le gouvernement du populiste chercherait une issue à la guerre en examinant des compromis impliquant le même genre de concessions qu’Obama a eu à accepter en son temps, rapportait mercredi le Washington Post.
De quoi alimenter l’idée des « fruits amers » que Trump est désormais forcé de cueillir après s’être lancé dans une guerre contre un ennemi qu’il a sans doute sous-estimé, un peu trop sûr de lui et enhardi par une opération éclair au Venezuela qui a fait tomber Maduro, résumait il y a quelques jours John Feeley, ex-ambassadeur des États-Unis au Panama, dans les pages du Guardian.
« C’est un problème classique des dirigeants ayant une forte personnalité, dit M. Silverman : ils prennent souvent de mauvaises décisions, car ils s’enferment dans une bulle informationnelle dans laquelle leurs conseillers serviles ne leur présentent que des analyses optimistes et de bonnes nouvelles. Il est aussi légitime de craindre que Donald Trump ait reçu des informations fiables et précises sur la guerre, mais de manière sporadique, et qu’il n’ait eu qu’une vision partielle de l’opposition publique face à la guerre, filtrée par les émissions de télévision qu’il regarde et les réactions des marchés. »
Un problème que Jimmy Carter n’a peut-être pas eu en 1979, au moment de la crise des otages, mais qui commence malgré tout à rapprocher Donald Trump de son prédécesseur démocrate. « Le taux d’approbation de Trump est à 32 %, comme au plus bas de Carter », a lancé Matt Drudge, fondateur du Drudge Report, dans son bulletin en ligne mardi, en rappelant cet été 1980 où les appuis à Jimmy Carter se sont effondrés, en grande partie à cause de l’Iran.


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