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Avant de procéder au déclassement du violon par l’État, le ministre Mathieu Lacombe avait devant lui un avis défavorable du Conseil du patrimoine culturel du Québec (CPCQ), l’organisme consultatif chargé de conseiller le gouvernement en matière de connaissance, de protection, de mise en valeur et de transmission du patrimoine culturel.
Le 26 janvier dernier, le Conseil du patrimoine culturel du Québec donnait un avis formel au ministre de la Culture, Mathieu Lacombe : déclasser le Stradivarius Des Rosiers n’était pas une bonne idée.
L’organisme estimait que le violon et son archet Tourte conservent pleinement la valeur patrimoniale qui avait justifié leur classement en 1978. Mieux encore : les experts jugeaient que cette valeur s’était accrue avec le temps grâce aux carrières d’Arthur LeBlanc et d’Angèle Dubeau.
Dénationaliser un « véritable trophée national »
Le Conseil concluait qu’un déclassement constituerait une perte nette pour le patrimoine québécois, qu’il ouvrirait la porte à une vente à l’étranger, trahirait l’intention des citoyens qui avaient financé l’acquisition de l’instrument pour qu’il demeure au service de jeunes virtuoses d’ici et ne procurerait « aucun avantage » sur le plan patrimonial. Les experts rappelaient que le stradivarius avait été acquis en 1947 grâce à une souscription nationale lancée après le bris du précédent violon d’Arthur LeBlanc. Les promoteurs de cette campagne avaient alors présenté l’instrument comme un « véritable trophée national qui se transmettra de virtuose en virtuose ».
Les experts allaient jusqu’à affirmer qu’à la lumière des critères actuels de protection du patrimoine, ils recommanderaient encore aujourd’hui le classement de l’instrument. Plus remarquable encore, aucune des représentations reçues par le CPCQ n’appuyait le déclassement.
Malgré cet avis, le ministre Mathieu Lacombe a signé le déclassement du Stradivarius Des Rosiers et de son archet Tourte le 17 avril dernier. La décision n’a été rendue publique que mercredi. Rien ne l’obligeait pourtant à agir rapidement. Son propre ministère indiquait quelques mois plus tôt que l’avis d’intention de déclassement demeurait valide jusqu’en octobre 2026 et pouvait même être renouvelé pour une année supplémentaire. Le ministre Lacombe a tout de même procédé au déclassement.
Depuis plusieurs années, la violoniste Angèle Dubeau souhaitait pouvoir vendre ce violon d’une valeur considérable sur le marché international. Le gouvernement n’a obtenu en contrepartie aucun engagement visant à préserver l’esprit de la souscription nationale de 1947 ni aucun projet permettant de maintenir l’instrument au service de la collectivité québécoise.
Le ministre Lacombe a aussi annoncé ces dernières semaines qu’il entendait déclasser le château Beauce, un bâtiment du réputé architecte Jean-Omer Marchand que sa prédécesseure, Nathalie Roy, s’était empressée de protéger à son arrivée en fonction afin de montrer les bonnes dispositions de son gouvernement en matière de protection du patrimoine.


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