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Le masculinisme ne disparaîtra pas demain matin

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Dans la section Libre opinion du Devoir du 25 juin dernier, la politologue et intervenante psychosociale Marie Fournier explique avec justesse que « les avertissements se multiplient depuis des années » face à la psychologisation de la violence faites aux femmes. La multiplication des événements depuis la tuerie de Polytechnique (1989) doit être analysée sociologiquement. L’idéologie masculiniste a des racines beaucoup plus profondes qu’on ne le pense. Mme Fournier termine en posant une question importante : « Combien d’autres signaux faudra-t-il avant que nous prenions enfin au sérieux la montée du masculinisme violent ? » Cette question est importante, puisqu’il y a d’autres signaux qui devaient élargir nos horizons sur le masculiniste.

Les « manifestations individuelles » de violence sont pratiquement toujours liées aux armes. Les hommes prennent les armes comme pour aller à la guerre contre les femmes. Ils sont comme des soldats prêts à « renverser » un ordre social qui donne trop de privilèges aux femmes. Des pratiques liées à des membres de l’armée canadienne dans les dernières années ont été perçues sans aucun lien avec le masculinisme. Il me semble que des sociologues et des politologues devraient se pencher sur ces liens. Il apparaît important de faire l’analyse de ces « autres signaux » collectifs ; afin de prendre au sérieux la montée du masculinisme violent et pour sortir de la psychologisation des événements sociaux.

Quels sont les événements rattachés à certains membres de l’armée, dans les dernières années, qui donneraient à penser un lien entre la culture militaire et le masculinisme ? Je veux souligner ici le Convoi de la liberté de 2022, la nomination de la générale Carignan et le changement de culture au sein de l’armée canadienne, le petit groupe de militaires de Québec qui voulait créer une « zone de non-droit » en juillet 2025 et, dernièrement, l’infiltration de clubs de motards militaires. Tous ces phénomènes sont « nouveaux » par rapport aux rôles des militaires dans une société démocratique.

Les liens sont-ils pertinents ?

D’abord, le Convoi de la liberté et la milice de Valcartier sont des expressions de la radicalisation politique de certains membres de l’armée. Pendant l’occupation d’Ottawa, il y avait une rhétorique de résistance masculine face à l’« autoritarisme » sanitaire. Ce convoi, formé à majorité d’hommes avec leurs gros camions, affirmait haut et fort une autonomie virile face à des politiques étatiques perçues comme efféminées ou faibles. Il y avait des militaires derrière l’organisation de ce convoi pour soutenir une contestation face à un État démocratique.

D’autre part, le complot de Valcartier, en 2025, a montré des militaires qui veulent construire une « zone de non-droit » pour incarner un fantasme du survivalisme ou, mieux, du guerrier qui veut reconquérir son espace de pouvoir contre une société qui dévalorise le rôle des militaires. Comme militaires, ils voulaient rebâtir une microsociété patriarcale contre une démocratie qui rejette l’utilité sociale des hommes armés.

Ce radicalisme politique trouve probablement ses racines dans la transition institutionnelle de l’armée. La nomination de la générale Carignan à la tête des Forces armées canadiennes a exacerbé des tensions culturelles entre une idéologie masculiniste au sein de certaines casernes et l’intégration massive des femmes dans l’armée. La présence des femmes est considérée comme une « dilution » des standards de combat et une dévirilisation de l’armée par certains militaires. Ce rejet se traduit par un exode des femmes au sein de l’armée. Les femmes militaires se heurtent à une sous-culture masculiniste ancrée depuis des siècles à même sa base et qui refuse de céder tout pouvoir qui implique de modifier, chez ces derniers, les codes fraternels traditionnels.

Ce deuil de la « fraternité guerrière » trouve refuge dans de nouvelles expressions chez les Hells Angels. L’armée offre un cadre de boys’ clubs ou la masculinité traditionnelle est valorisée par la force, la discipline et la solidarité masculine. Certains militaires qui retournent à la vie civile se sentent vulnérables, isolés et même castrés dans leur identité d’homme soumis à plusieurs diktats féminins. Dans ce contexte, les Hells Angels offrent un substitut à cette vulnérabilité.

Les Hells offrent une structure miroir à cette armée déchue aux mains d’une femme générale. La délinquance devient viable puisqu’elle offre une façon de contester un type de société, mais aussi de retrouver une hiérarchie stricte, un entre-soi exclusivement masculin, un culte de la force brute et une rébellion contre les institutions publiques. Pour un vétéran instable, intégrer les Hells ou leurs clubs partisans permet de retrouver instantanément le statut de « guerrier » au sein d’une meute hypermasculine.

Ceux qui s’accrochent aux dogmes d’une culture dominante au masculin cherchent des exutoires, que ce soit par la contestation politique, le terrorisme intérieur, la violence misogyne systémique de certaines casernes de l’armée qui font fuir les femmes ou le crime organisé. Ces manifestations anti-institutionnelles sont le reflet d’un masculiniste qui se cherche de nouvelles avenues face à une société hostile. Il faut le dire, grâce aux femmes qui sont de plus en plus présentes dans les structures de pouvoir, notre société s’est démocratisée depuis les 50 dernières années.

Ces manifestations peuvent être interprétées avec un double regard. Un premier qui montre que les femmes ont fait des acquis importants et qu’elles ont réussi à faire reculer le machisme de notre société. Il faut donc applaudir les luttes des femmes depuis des décennies, car elles montrent, à l’évidence, qu’il est possible de faire reculer la culture machiste.

Mais il ne faut pas se conter des histoires non plus. Le masculiniste est présent et il va continuer à exister pour encore longtemps. Comme le dit Louise-Maude Rioux Soucy dans son éditorial du 24 juin : « déplorer la haine ne suffit pas. Il faudra apprendre à l’épingler et à la refuser en bloc » comme il faut « cesser de prendre cette forme de terrorisme intérieur comme une anecdote et mobiliser des moyens et des savoirs à la hauteur de la terreur qu’elle est capable de semer ». Il faut en effet entreprendre des études sociologiques et politiques pour sortir de la psychologisation des événements. Plus fondamentalement, il faudra, pour y arriver, le soutien de l’anthropologie, de la biologie, etc. Le défi est énorme ! Certains chercheurs pensent qu’il y a des invariants anthropologiques qui, tous, structurent l’histoire de l’humanité. La violence des hommes face aux femmes doit être mieux étudiée afin qu’on puisse offrir des possibles capables de mieux lutter contre cette violence historique.

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