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Chronique

auteur

Jean-Pierre Filiu

Professeur des universités à Sciences Po

Le premier ministre, Nawaf Salam, ancien président de la Cour internationale de justice, accorde une priorité au droit qui n’a pas d’équivalent dans l’histoire libanaise.

Publié aujourd’hui à 05h00, modifié à 05h54 Temps de Lecture 3 min.

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Le Liban, indépendant en 1943, fonde alors ses institutions sur un pacte national de répartition confessionnelle des pouvoirs : le président de la République est maronite, le premier ministre est sunnite, tandis que le Parlement, où siègent 54 députés chrétiens et 45 musulmans, est présidé par un chiite. Le chef de l’Etat est l’homme fort de cette structure politique, reléguant le chef du gouvernement à un rang d’exécutant, et le chef du Parlement à une fonction largement symbolique. Le conflit qui ensanglante le pays à partir de 1975, avec intervention des forces palestiniennes, syriennes et israéliennes, se conclut en 1990 par un rééquilibrage du pouvoir au profit du premier ministre, tandis que le Parlement compte désormais 64 élus chrétiens et autant de musulmans.

Ce nouveau système est marqué par la personnalité de Rafic Hariri (1944-2005), premier ministre de 1992 à 1998, puis de 2000 à 2004, avant de périr dans un attentat, le 14 février 2005. Jacques Chirac (1932-2019), président français de 1995 à 2007, accuse la milice pro-iranienne du Hezbollah d’avoir perpétré cet assassinat pour le compte de la Syrie de Bachar Al-Assad. Saad Hariri, fils de Rafic, prend la direction du gouvernement de 2009 à 2011, puis de 2016 à 2020, avant de jeter l’éponge en raison de la banqueroute financière et du soulèvement de la société civile qu’elle entraîne.

Mais la classe politique, toutes tendances et confessions confondues, continue d’organiser sa propre impunité, y compris à la suite de l’explosion qui ravage le port de Beyrouth, le 4 août 2020 et tue plus de deux cents personnes. Le premier ministre, Najib Mikati, en vient à incarner cette paralysie institutionnelle, puisque son gouvernement, constitué en septembre 2021, en est réduit, un an plus tard, à ne plus expédier que les affaires courantes.

Un programme « de réforme et de sauvetage »

Il faut attendre janvier 2025 pour que le général Joseph Aoun, à peine élu à la présidence de la République, désigne Nawaf Salam à la tête du gouvernement. Le nouveau premier ministre recueille le soutien de 84 des 128 députés, mais il tient à choisir lui-même les membres de son cabinet, sans laisser les partis traditionnels désigner leurs représentants respectifs. Salam a beau être le neveu et le cousin d’anciens chefs du gouvernement, il refuse d’entrer dans ce type de marchandages, au nom d’un programme « de réforme et de sauvetage » de l’Etat libanais.

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