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Le latin, "lingua magistra cogitationis"

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L'intention première du Pacte d'excellence était de prévoir quatre heures de latin : deux heures en 2e et deux heures en 3e secondaire. Finalement, la réforme portée par la ministre Valérie Glatigny en supprime une en 3e.

L'intention était louable : rompre avec une sélection précoce, desserrer l'étau d'un tri social déguisé en choix pédagogique. Dans le cadre du Pacte d'excellence, le tronc commun devait être ce grand nivellement par le haut, où tous les élèves marcheraient d'un même pas avant de bifurquer. Le latin, pas abandonné en tant que tel (sauf en première secondaire), mais relégué, attendrait son heure. Et puis voilà que la ministre, quant à l'organisation du cours, réintroduit l'idée, en troisième secondaire, d'une activité orientante (de 4h). Certes, c'est une option, ce n'est pas une heure de cours obligatoire en plus, mais cette option aurait le mérite de pouvoir densifier l'apprentissage du latin. Le débat, que l'on croyait clos (il y avait beaucoup de latitude dans le projet initial), ressurgit, chargé d'irritations logistiques, de grilles horaires impossibles et de pénuries d'enseignants. Mais si l'on accepte de suspendre un instant ces contingences, une question demeure : avons-nous vraiment intérêt à tenir le latin à distance ?

Valérie Glatigny l'annonce: tous les élèves devront faire du latin

Le latin n'est pas un luxe décoratif et l'idée d'un cours plutôt que d'une option en latin aurait encore été plus judicieuse. Le latin est une école de lenteur, de précision et d'attention à la langue à une époque où l'on confond trop souvent vitesse et intelligence. Traduire une phrase latine, ce n'est pas empiler des déclinaisons: c'est apprendre à penser avant d'écrire, à peser les mots, à comprendre que le sens est une architecture. Dans un système éducatif inquiet du niveau en français, le paradoxe est frappant : on écarte l'un des outils les plus efficaces pour comprendre ce qu'est une phrase.

Surtout, abandonner le latin aux marges revient à en faire ce qu'il a trop longtemps été : un marqueur social. Confiner le latin aux écoles privées ou aux options tardives, c'est accepter que l'accès aux textes fondateurs, à l'histoire, à l'art et à la pensée soit réservé à quelques-uns. Ce n'est pas le latin qui est élitiste ; c'est son exclusion qui l'est.

Les professeurs de latin accueillent avec réserve la réforme de Valérie Glatigny

Reste une vérité inconfortable : le latin est exigeant. Il ne convient pas à tous, et son enseignement mal accompagné peut décourager. Mais faut-il pour autant renoncer à toute exigence commune ? Si l'école doit être un lieu d'émancipation, elle ne peut se contenter d'un minimum confortable. Introduire le latin plus tôt, à condition de le rendre vivant, contextualisé, ouvert, n'est pas un retour en arrière. À force de vouloir protéger les élèves de la difficulté, on finit parfois par les priver de ce qui les élève. La langue forme la pensée. Lingua magistra cogitationis.

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