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«Le lac»: réunir les générations de danseuses

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Du 28 mai au 7 juin, Les Grands Ballets canadiens présenteront une relecture du grand classique Le lac des cygnes à la salle Wilfrid-Pelletier. Chorégraphiée par Ivan Cavallari et incarnée par 75 interprètes, cette œuvre mettra en avant les personnages du conte originel sous de nouvelles formes. Parmi eux, on retrouvera Anne Dryburgh, enseignante au programme professionnel de l’École supérieure de ballet du Québec (ESBQ) depuis 2004, qui interprétera Agrippina Vaganova aux côtés de près de 50 danseurs provenant de cette école, dont plusieurs ont été ses élèves.

Anne Dryburgh n’en est pas à sa première scène. Loin de là ! C’est à un jeune âge qu’elle s’est intéressée au ballet. « Quand j’avais 9 ans, mon beau-père m’a amené voir La Belle au bois dormant avec Noureev et dans le journal de l’école, j’ai écrit : “Un jour, je serai ballerine” », se rappelle-t-elle, encore émue de son parcours. Après avoir commencé les cours de ballet, elle auditionne rapidement pour entrer à l’École supérieure. C’est un refus. « J’étais très déterminée. J’ai réessayé l’année suivant et j’ai été mise sur la liste d’attente. Une place s’est libérée : c’était ma chance », poursuit-elle.

Mme Dryburgh se rappelle qu’elle ne faisait pas partie des meilleurs dans sa cohorte. « Les gens me disaient que mes sauts n’étaient pas très bons, mais je m’en allais, coûte que coûte, vers la vie de ballerine », dit-elle. Diplômée de l’École supérieure de ballet en 1987, elle est tout de suite engagée par la compagnie Ballet BC, où elle dansera pendant six ans des œuvres de William Forsythe ou encore de George Balanchine.

Multiples chapeaux

En 1993, Anne Dryburgh se blesse à la hanche alors qu’elle danse pour l’Ottawa Ballet Company, qui n’existe plus aujourd’hui. Elle doit renoncer, pour un moment, à la danse et à la scène. « Il fallait que je prenne du temps pour moi, alors j’ai commencé à étudier le théâtre avec un prof de New York. Je suis devenue comédienne, j’ai joué au cinéma, dans quelques films américains. J’ai fait des publicités aussi, mais je m’ennuyais du ballet. J’avais tellement investi, et longtemps, dans la danse, que je ne voulais pas renoncer », se souvient-elle. Une fois remise, Mme Dryburgh rentre à Montréal et se remet à danser pour Ballet Ouest, l’Opéra de Montréal, White Oak Project et dans la comédie musicale Demain matin, Montréal m’attend.

C’est durant cette même période qu’on lui propose un poste d’enseignante dans le programme professionnel de l’École supérieure de ballet. Depuis, elle voit ses classes cinq fois par semaine. « Ce que j’aime le plus, c’est leur donner confiance, les voir grandir dans la danse. Mon but, c’est vraiment de faire en sorte qu’ils deviennent complètement maîtres de leurs propres progrès », dit-elle.

Mme Dryburgh enseigne « qui elle est, et tout le bagage qui vient avec ». « Puisque j’ai évolué dans le milieu du théâtre, je focalise aussi beaucoup sur le fait de se trouver comme artiste. Et aussi d’apprendre à susciter des émotions chez l’autre. La relation à la musique fait aussi partie de ce que j’aime enseigner », ajoute-t-elle.

Enfin, le fait de garder un pied sur scène est aussi quelque chose d’important dans son enseignement. « La scène, ça me nourrit, et même si je ne fais plus de grands jetés, je n’ai pas l’impression de ne plus danser du tout. Je baigne encore dedans, j’ai cette chance et c’est primordial d’en parler avec mes élèves », dit-elle.

Depuis 15 ans, Anne Dryburgh est aussi responsable du recrutement. « Je suis en contact quotidien avec les parents. Ils s’inquiètent souvent de savoir si leurs enfants vont pouvoir vivre de la danse, en faire un métier. Et je leur réponds toujours : “Vous verrez après. C’est maintenant qu’ils veulent danser et il faut les encourager à aller au bout de leur rêve” », raconte la passionnée.

« Réaliser mon rêve »

En 21 ans de carrière en tant qu’enseignante, Anne Dryburgh en a vu passer, des élèves. Et cela fait quelques années déjà qu’elle les côtoie sur scène.

En 2019, Les Grands Ballets lui ont proposé de jouer la mère de Gisèle [dans la pièce du même nom]. « J’ai tout de suite dit “oui, oui, oui !” », s’exclame encore aujourd’hui la danseuse. Elle a par la suite joué dans La Belle au bois dormant, en 2022 et 2025, et dans Cendrillon en 2023. Elle a aussi eu quelques rôles avec Ballet Ouest entre-temps.

« En général, quand les danseurs prennent leur retraite, on leur offre des rôles de personnages, comme j’ai eu, mais ils ne sont pas enseignants en même temps. C’est un privilège énorme de pouvoir continuer à baigner dans le monde de la danse et de monter sur scène. Je me sens très chanceuse », pense-t-elle.

L’an dernier, ce fut donc sans aucune hésitation qu’elle a accepté de jouer dans Le lac des cygnes des Grands Ballets. Avec Ballet BC, au début de sa carrière, elle avait interprété le pas de deux du Cygne blanc et était partie en tournée avec la compagnie. Pour la version d’Ivan Cavallari, elle incarnera le rôle de l’enseignante Agrippina Vaganova. « C’est un petit rôle, mais j’ai tout de même un échange en tête à tête avec Odette, le Cygne blanc, et j’en suis très contente. De plus, c’est un peu une revanche sur la vie, car, le 28 mai 2025, je me faisais remplacer la hanche gauche. Un an après, jour pour jour, je serai sur scène. En plus, je devrai marcher avec une canne pour mon personnage, chose que j’ai dû vivre l’année dernière », réfléchit-elle.

Plus d’une quinzaine des diplômés de l’ESBQ sont engagés à l’année par Les Grands Ballets canadiens. L’école est aujourd’hui officiellement affiliée à la compagnie, ce qui favorise une collaboration grandissante entre les deux institutions.

Dans Le lac, près de 50 élèves et diplômés de l’ESBQ, dont plusieurs font aujourd’hui partie de la compagnie, danseront. « Mon cœur bat pour le ballet, et, depuis de nombreuses années maintenant, je danse aussi à travers mes élèves. Alors pouvoir être sur scène, avec eux, c’était mon rêve, conclut-elle. Je suis extrêmement fière d’eux. Les voir sur scène, réaliser leur rêve, c’est un privilège. »

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