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Le laboratoire du projet politique d’Andy Burnham au cœur du Grand Manchester : “Il a beaucoup fait pour attirer des investissements dans la région”

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En cette journée de fin juillet, fiers parents et radieux étudiants déambulent autour des bâtiments du XIXe siècle de l'Université de Manchester. C'est le moment tant attendu des cérémonies de remise de diplômes. Classé parmi les cinquante meilleures universités mondiales, l'établissement est devenu l'un des signes de la réussite de la capitale du nord de l'Angleterre. La municipalité se félicite que 75 % des diplômés demeurent dans la ville une fois leurs études achevées. Le temps où la plupart des "cerveaux" locaux fuyaient l'ancienne ville industrielle tombée en désuétude paraît lointain…

Andy Burnham "a mis l'accent sur un bon modèle de croissance"

Cet attrait tient à sa transformation au cours des quinze dernières années, en partie attribuée au nouveau Premier ministre, Andy Burnham, qui fut le premier maire du Grand Manchester (qui rassemble plusieurs municipalités voisines) de 2017 jusqu'à son élection en tant que député à la Chambre des communes en juin. Fort de cette réussite, celui-ci a décidé d'appliquer dans l'ensemble du pays la recette qu'il avait utilisée dans son laboratoire du Grand Manchester.

Le 10 Downing Street délocalisé

Critiquant "la centralisation du pouvoir politique", Andy Burnham s'est engagé à donner plus de pouvoirs aux autorités locales pour leur permettre de "construire une nouvelle économie". Symbole de cette décentralisation, il a d'ores et déjà créé une antenne du 10 Downing Street basée à Manchester. Le Premier ministre y a passé la journée du vendredi 24 juillet et a prévu de faire de même tous les vendredis.

Andy Burnham à l'assaut de Downing Street: "Pendant quarante ans, l'économie n'a pas fait assez pour les gens vivant dans des endroits comme ici"

Cette volonté de décentralisation marque un vrai tournant dans un Royaume-Uni où le pouvoir politique demeure largement concentré à Londres et, plus particulièrement, autour de Whitehall, l'avenue qui rejoint le Parlement de Westminster à Trafalgar Square où sont installés de nombreux ministères et la célèbre Downing Street. Un premier processus de dévolution des pouvoirs avait déjà été initié en 1997 par les travaillistes, qui avait abouti, deux ans plus tard, à la création des parlements écossais, gallois et nord-irlandais. Les conservateurs, plus intéressés par l'Angleterre, avaient de leur côté créé durant les années 2010 plusieurs postes de maires, dont, justement, celui du Grand Manchester.

Le Bee Network, une révolution des transports

Les pouvoirs des parlements et de ces maires sont pourtant très encadrés. Pour de nombreux Mancuniens, la principale réalisation d'Andy Burnham consiste ainsi en la mise en place du système de transport local, dénommé Bee Network. Suite à son élection, le maire a en effet décidé de développer l'usage du vélo dont il avait expérimenté le décollage à Londres. L'établissement d'un réseau de transport rationnel et efficace étant considéré comme un ingrédient essentiel par les urbanistes et planificateurs en vue du développement économique d'une ville et de sa région, il avait vite élargi son objectif. D'autant que le passage d'une loi par les conservateurs en 2017 lui permettait de rationaliser le système de bus local, déréglementé en 1985 comme tout le secteur par Margaret Thatcher. Avec un résultat désastreux : dans le Grand Manchester, trente opérateurs proposaient alors cent cinquante types de billets différents; un simple changement de ligne nécessitait le règlement d'un nouveau billet.

Andy Burnham "a mis l'accent sur un bon modèle de croissance"

Andy Burnham a donc instauré un système de franchise géré et unifié par la municipalité et un prix unique du billet de bus à 2 £ (2,30 euros), avec des changements autorisés sur l'ensemble du réseau pendant une heure, et un plafonnement des dépenses quotidiennes à 5 £. En raison de l'explosion de l'inflation, qui avait atteint 11,2 % en octobre 2022, il avait même avancé en urgence l'instauration du tarif unique de six mois. Ses utilisateurs n'ont pas oublié ce geste. "Leur mise en place m'a fait économiser une vingtaine de livres sterling (23 euros) chaque mois car je vis loin du centre et le prix du billet était décidé en fonction de la distance parcourue", raconte Emma, rencontrée dans l'un des bus qui rejoint l'université au centre-ville. Et ce n'est pas terminé : en 2028, Bee Network intégrera les lignes de train locales, après avoir fait de même avec le tramway.

Sur le terrain aux côtés des entrepreneurs

Parallèlement, Andy Burnham est devenu le premier promoteur de l'économie du Grand Manchester. La poignée d'hommes d'affaires que nous avons rencontrés se montrent élogieux à son égard. "Il a beaucoup fait pour attirer des investissements dans la région et il était par monts et par vaux pour rencontrer ses administrés", assure John Strickland, le patron de Tate Security Technology.

Richard Holden, le président de l'Association des agences de voyages pour le nord-ouest de l'Angleterre et le Pays de Galles, se souvient l'avoir interpellé en direct lors d'une émission de radio : "Alors que nous attendions depuis des mois les aides liées au confinement du Covid, il m'a dit : 'Je reviendrai rapidement vers vous.' Deux jours plus tard, nous avions un rendez-vous sur Zoom de vingt minutes avec lui, durant lequel il avait l'air de tout à fait comprendre les points d'achoppement avec l'administration. Moins de deux semaines plus tard, les agences de voyages du Grand Manchester avaient reçu leurs aides."

Au Royaume-Uni, Andy Burnham fait le pari du concret et marque d'emblée sa différence avec "des mesures pour donner un peu de répit aux citoyens"

Un bilan plus contrasté en périphérie

Cette activité s'est concrétisée. Au cœur de la ville, les bâtiments d'architecture gothique d'Albert's Square et de St Peter's Square resplendissent au milieu de dizaines d'immeubles modernes, illustrations de la récente vague d'investissements. Entre 2013 et 2025, 659 nouveaux investissements ont eu lieu dans la ville pour 13,7 milliards de dollars, soit 1,6 fois plus qu'à Birmingham et 3,8 fois plus qu'à Leeds, deux villes de taille comparable.

Les critiques pointent pourtant le fait que la lointaine banlieue de Manchester a connu une fortune bien moins heureuse que le centre-ville. "La croissance des revenus dans le Grand Manchester a été plutôt moyenne et celle de certaines localités excentrées se situe bien en dessous de la moyenne nationale", indique Alexander Harvey, économiste au sein du cabinet de conseil Oxford Economics. "Alors que le centre a bénéficié d'un influx massif de jeunes cols blancs, les banlieues ont enregistré une forte hausse de l'inactivité, principalement due à des maladies de longue durée."

Andy Burnham fait aujourd'hui face au même enjeu, cette fois-ci à l'échelle nationale.

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