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Le Kosovo s’apprête à voter dimanche afin d’élire ses députés pour la deuxième fois en moins d’un an, pris entre la lassitude d’une crise politique sans fin et l’espoir de voir les responsables politiques arrêter les querelles et s’attaquer aux problèmes.
Le plus jeune pays d’Europe, indépendant depuis 2008, est englué dans la crise depuis les élections législatives de février 2025. Arrivé en tête, Vetevendosje (VV), le parti du premier ministre sortant Albin Kurti, a échoué à obtenir la majorité, et ne trouve aucun allié pour gouverner avec lui depuis. Résultat, le parlement est bloqué, et de nouvelles élections sont convoquées.
Les politiques « pensent trop à eux, ils deviennent égoïstes. Il n’y a eu aucun changement — contrairement à ce qu’ils avaient promis », regrette Blerina Kryeziu, 37 ans, une économiste croisée dans les rues de Pristina en début de semaine.
« La situation n’est bonne ni pour les retraités, ni pour le secteur privé, ni pour le secteur public… », ajoute-t-elle, avec cependant une pointe d’espoir que les élections débloquent la situation.
Pour les observateurs interrogés par l’AFP, l’issue du scrutin ne promet pas de grand bouleversement.
« Je pense que les élections du 28 décembre n’apporteront aucune clarification », prévient Mehmet Gjata, économiste, qui s’attend à voir Albin Kurti en tête, mais toujours sans majorité.
Albin Kurti — le « Che Guevara du Kosovo » comme aimaient à l’appeler ses supporters lorsqu’il n’était encore qu’un leader étudiant — a pourtant longtemps été le seul politique capable de réunir une majorité autour de lui.
En 2021, son parti a pris le pouvoir en remportant la victoire la plus éclatante depuis l’indépendance de 2008, et a pu gouverner seul.
Son mélange de nationalisme et de réformes séduit dans un pays dont la souveraineté reste contestée par la Serbie, plus de vingt ans après la fin de la guerre d’indépendance.
Mais pour M. Gjata, sa popularité ne suffira pas.
« J’ai peur que la crise politique actuelle se répète, parce que VV n’obtiendra pas plus de 50 % des voix », explique-t-il. « Nous n’aurons, à nouveau, aucun vainqueur ».
« La seule alternative crédible à VV serait une coalition des trois grands partis d’opposition », le PDK, le LDK, et l’AAK, avance Enver Hoxhaj, ancien ministre des Affaires étrangères et candidat PDK.
Nouveau chapitre ?
Ces élections pourraient offrir au Kosovo « l’opportunité d’ouvrir un nouveau chapitre économique, social », espère Ron Kastrati, 31 ans. Mais pour ça « les responsables politiques doivent être remplacés. Il faut laisser la place aux jeunes, car ce sont eux qui sont vecteurs de changement. Nous sommes fatigués de voir toujours les mêmes responsables », ajoute ce psychologue.
Le mandat de M. Kurti depuis 2021 a été rythmé par des mesures, souvent unilatérales, prises pour contrer l’influence de Belgrade au Kosovo.
Les tensions qui en ont découlé ont valu au Kosovo des sanctions de l’Union européenne — dont une partie pourrait être levée en janvier — et des reproches de Washington, qui a accusé le gouvernement Kurti de créer de l’instabilité.
Mais pour ses électeurs, ces mesures représentent une victoire majeure, souligne la politologue Fatime Hajdari.
Même ses plus farouches opposants ne s’attaquent pas à cette partie de son bilan. Sauf les candidats serbes — 10 sièges leur sont réservés au Parlement — qui l’accusent régulièrement de mettre en place un « nettoyage ethnique ».
« Dégâts colossaux »
Faute de parlement, des accords internationaux clés n’ont pas été ratifiés, mettant en péril des centaines de millions d’euros d’aides.
Deux scrutins nationaux et une élection locale ont coûté à l’un des pays les plus pauvres d’Europe au moins 30 millions d’euros (35 millions de dollars) cette année.
Plus d’une douzaine d’institutions et d’agences publiques sont également sans direction, leurs mandats ayant expiré sans possibilité de nommer de nouveaux responsables.
La crise politique a fait subir au Kosovo « dégâts colossaux », avance M. Gjeta, qui accuse les députés d’avoir « plongé le Kosovo dans l’anarchie ».


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