Quand j’ai été élue à mon poste de maîtresse de conférences, en 2011, justement on ne disait pas «maîtresse de conférence». J’étais «maître de conférences», j’étais très fière et je ne voyais pas le problème du tout. Je souhaitais être présentée comme «auteur», ou peut-être auteure avec un «e» – j’essayais d’être sensible aux enjeux de la féminisation mais en réalité je résistais, je voulais qu’on entende encore «auteur», que ça change le moins possible… J’étais tout à fait convaincue par l’argument que j’entends encore aujourd’hui, que le masculin c’est le neutre. J’ai pu avoir un petit rictus devant «maîtresse»; la «maîtresse», d’école ou comme dans les rapports adultérins, cela ne me faisait pas envie. Ce qui montre à quel point on est toujours sensible aux usages majoritaires autour de nous, sans y avoir réfléchi…
A mesure que l’on m’interrogeait sur ces questions, je me suis rendu compte qu’il y avait des positions très, très dures parmi les gens autour de moi et dont je ne trouvais pas qu’elles étaient forcément argumentées. Le meilleur exemple c’était feu Hélène Carrère d'Encausse qui tenait absolument à être appelée «Le» secrétaire perpétuel de l’Académie française; ce que je trouvais tout de même un peu étrange… Les femmes en position de pouvoir elles-mêmes résistaient! Cela fait écho à tous ces cas d’appropriation d’un système sans compréhension de son historicité. J’en parle dans mon dernier livre*, de cette langue de première socialisation qui très vite devient réflexe inconscient; en réalité tous ces réflexes – comme dire qu’«autrice c’est moche, ça m’écorche les oreilles» – viennent tout simplement du fait qu’on n’en a pas l’habitude. Pourquoi autrice serait moche et pas actrice?


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