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Si on vous dit « histoires de Noël », vous penserez sûrement à des contes enfantins et à des légendes. Mais plusieurs événements historiques se sont aussi déroulés autour d’un 25 décembre. Dans ce texte : la démission de Mikhaïl Gorbatchev et la fin de l’Union soviétique (URSS).
« En raison de la situation qui s’est créée avec la formation de la Communauté des États indépendants, je mets fin à mes fonctions de président de l’URSS. » Il y a 34 ans, le 25 décembre 1991, le dirigeant démissionnaire Mikhaïl Gorbatchev s’adressait publiquement à ce qui était encore jusque-là l’Union soviétique pour annoncer sa dissolution. Ce soir-là, le drapeau de l’URSS fut abaissé pour la dernière fois sur le Kremlin. Quelques heures plus tard, c’est le drapeau blanc bleu et rouge de la Russie qui prit sa place, marquant d’une image décisive la fin d’une époque pour l’Europe et le monde.
Cette allocution télévisée est survenue au terme d’une crise durant laquelle le pouvoir soviétique s’est vu fortement fragilisé, au point de mener à la disparition de l’URSS et à la création de la Communauté des États indépendants (CEI), qui fut fondée par la Russie, la Biélorussie et l’Ukraine en 1991.
Cependant, avant l’effondrement, il y a eu des symptômes et d’importants changements au sein du pouvoir soviétique. Deux personnages y sont centraux : Mikhaïl Gorbatchev, dernier dirigeant de l’URSS, et Boris Eltsine, président de la Fédération de Russie et chef d’orchestre de la CEI.
Réformes contradictoires
En 1985, Mikhaïl Gorbatchev devient secrétaire général du Parti communiste. D’emblée, le politicien lance deux réformes, une politique et une économique, qui seront finalement fatales à l’URSS, note Michel Roche, professeur de science politique à l’Université du Québec à Chicoutimi.
Il y a d’abord eu la perestroïka (la « reconstruction »), qui « voulait remplacer le régime basé sur la planification centralisée par ce qu’ils appelaient un “socialisme de marché” », explique celui qui est expert en histoire de l’Union soviétique. « Un socialisme de marché va développer les rapports marchands, mais encore avec l’existence d’une propriété d’État qui, elle, est basée sur des monopoles. Alors on introduit les rapports marchands, mais dans une économie de monopoles », poursuit M. Roche.
Résultat : ces entreprises d’État pouvant désormais « faire du profit » vont le faire en augmentant leurs prix, contribuant ainsi à une importante inflation. « Si Gorbatchev a été nommé comme secrétaire général, c’était précisément pour résoudre l’un des plus graves problèmes : les pénuries. Au bout du compte, les prix ont augmenté, mais ça n’a pas réglé le problème des pénuries, ce qui fait que la crise économique s’est aggravée », détaille Michel Roche, qui souligne que l’alors secrétaire général était devenu « de plus en plus impopulaire dans la population ».
En parallèle, afin de mener ses réformes que le professeur qualifie d’« audacieuse », Mikhaïl Gorbatchev cherchait à diminuer l’emprise du parti afin d’éviter d’être démis de ses fonctions. Pour ce faire, le secrétaire général a procédé à une « démocratisation partielle » afin que son pouvoir ne repose plus seulement sur le parti, mais aussi sur l’État.
Dans cette démarche, Mikhaïl Gorbatchev tente de s’aider avec une autre réforme, la glasnost (la « transparence »). « Il y a de nouvelles forces politiques qui émergent, il y a des élections semi-libres qui sont tenues, et pour être sûr de bien mobiliser la population pour lui faire comprendre que les réformes étaient réelles et que la bureaucratie, c’est un obstacle, on permettait la critique pleine et entière dans les médias », explique Michel Roche.
Cette politique de transparence fut finalement une lame à double tranchant : elle a permis aux républiques de l’Union soviétique de réviser l’histoire par l’entremise de la critique des politiques soviétiques. Par exemple, les pays baltes ont « découvert la preuve que les trois républiques baltes n’avaient pas adhéré librement à l’URSS au début de la Deuxième Guerre mondiale, mais avaient été carrément annexées. De ce point de vue là, ils pouvaient réclamer leur indépendance », rappelle l’expert.
Toutefois, par ces réformes contradictoires, Mikhaïl Gorbatchev n’avait pas en tête de démanteler l’URSS. Il voulait plutôt « transformer » l’Union en l’amenant dans une ère plus moderne, soutient Yakov Rabkin, professeur émérite au Département d’histoire à l’Université de Montréal. « La personne qui a vraiment agi pour démanteler l’URSS, c’est Boris Eltsine, affirme l’historien. Eltsine, d’une certaine façon, voulait priver Gorbatchev de son pays. Il a utilisé la faiblesse de Gorbatchev aux yeux du public comme une occasion pour démanteler l’URSS, mais il croyait lui aussi qu’il allait maintenir ça sous une autre forme. »
Bien que ces deux figures soient au centre de la chute de l’URSS, il est important, selon M. Rabkin, de noter qu’il y « avait toute une classe de hauts fonctionnaires soviétiques qui étaient jaloux de leurs homologues dans les pays occidentaux, parce qu’ils étaient plus riches ».
Des conséquences jusqu’à nos jours
En août 1991, un groupe du Parti communiste, jugeant que les réformes de Mikhaïl Gorbatchev sont allées trop loin, tente de le renverser dans un coup d’État qui échoue. L’événement contribue tout de même à discréditer le Parti communiste et aide à propulser Boris Eltsine comme figure de premier plan pour remplacer Gorbatchev, décortique Yakov Rabkin.
Puis, le 8 décembre 1991, la Russie, la Biélorussie et l’Ukraine signent l’accord de Minsk, qui entérine la dislocation de l’Union soviétique et met en place la CEI. Dès le 21 décembre, toutes les républiques, à l’exception des États baltes et de la Géorgie, avaient annoncé leur adhésion à la CEI. À noter que la Géorgie s’y est jointe en 1993, puis l’a quittée en 2009. Depuis, l’Ukraine (qui n’a jamais ratifié la charte de la CEI et n’en a donc pas été membre officiellement) et la Moldavie s’en sont retirées en 2018 et 2023 respectivement.
Le démantèlement de l’URSS a amené son lot de conséquences, notamment un appauvrissement de la population et l’émergence de conflits ethniques dans les régions qui étaient auparavant sous contrôle soviétique, soutient M. Rabkin.
Michel Roche souligne pour sa part certaines conséquences qui se font ressentir encore de nos jours, comme l’« effondrement du régime soviétique, qui a achevé l’idée même du socialisme comme solution alternative aux problèmes générés par le capitalisme », l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir dans un contexte de « mécontentement chez les Russes, qui ont été humiliés par les solutions occidentales à leurs problèmes », et même la guerre en Ukraine.
En prononçant son célèbre discours le 25 décembre, Mikhaïl Gorbatchev a ainsi mis fin à la « dégringolade » qui se concrétisait pour lui et l’URSS depuis août, dit Yakov Rabkin. Contrairement à l’Occident, le 25 décembre n’avait pas de connotation liée à la période des Fêtes, les orthodoxes ne fêtant Noël que 13 jours plus tard. « Le fait que ce soit le jour de Noël, ça n’a pas joué un rôle en Russie, note l’historien. Mais, disons que c’était un beau cadeau pour les États-Unis. »


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