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Au cours du congrès annuel qu’elle a tenu à Moncton du 23 au 24 mars, l’Union des pêcheurs des Maritimes s’est montrée relativement optimiste en dépit des changements dans la répartition territoriale des stocks de homard.
Martin Mallet, le directeur de l’Union des pêcheurs des Maritimes (UPM), pense qu'il faut réfléchir dès maintenant à l'avenir de cette industrie.
Sur la côte nord du Nouveau-Brunswick, on voit une augmentation de la ressource depuis quelques années. Dans certains cas [...] comme le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, on semble voir un déclin, explique-t-il.
C’est en travaillant un peu sur des projets socioéconomiques qu’on peut essayer de trouver des solutions pour accommoder des changements dans les stocks.
Pour M. Mallet, l’augmentation des stocks dans certaines régions peut créer de nouvelles possibilités d'affaires pour des pêcheurs alors qu’ailleurs, la baisse pourrait dévaster des communautés.

Martin Mallet est optimiste en dépit de tout.
Photo : Mathew Bellefleur
Névralgique
Cet avis est partagé par Dounia Daoud. Elle est la directrice du Réseau canadien de recherche sur le homard.
Si elle indique de prime abord ne pas être une spécialiste de la question des stocks, elle constate néanmoins une diminution de la ressource à certains endroits, comme dans le sud du golfe du Saint-Laurent et une augmentation dans le nord.
Il y a de plus en plus de homards sur le nord de l'aire de distribution des homards, donc le Québec, Terre-Neuve, et c'est en train de shifter vers le nord en fait, explique-t-elle.
On voit déjà l'impact des changements climatiques.

Pour Dounia Daoud, on ne mesure pas toujours pleinement l'importance structurelle de la pêche pour les communautés côtières du Canada atlantique.
Photo : Mathew Bellefleur
Mme Daoud ne pense pas que la situation puisse devenir critique dans les 5 ou 10 années à venir, mais travaille avec les pêcheurs afin qu’ils puissent parer à toutes éventualités.
On a introduit des recherches sur les sciences sociales, chose qui n'avait jamais été faite directement par l'industrie pour pouvoir justement leur donner les outils de pouvoir comprendre l'importance de la pêche pour les communautés côtières, explique-t-elle.
Pour Dounia Daoud, il est important de faire des projections, d’envisager des scénarios pour le futur. Des scénarios dont peuvent se servir les pêcheurs au cours de leurs discussions avec Pêches et Océans Canada et les autres niveaux de gouvernement ainsi qu’avec l’ensemble des acteurs de l’industrie de la pêche.
Ces scénarios devraient concrètement démontrer le caractère névralgique de la pêche, une industrie qui, dit Madame Daoud, est au centre de la survie de quasiment toutes les communautés côtières.
Présentement, [...] on sait à peu près c'est quoi la valeur de l'exportation du homard, mais on n'a aucune idée de comment un village peut être affecté réellement, indique-t-elle.
S'il y a des problèmes avec la pêche, on ne sait pas qu'est-ce qui revient au village du revenu des pêcheurs, qu'est-ce qui est réinvesti dans la communauté, qu'est-ce qui est investi à l'extérieur?
Pour Madame Daoud, les études socioéconomiques permettent d’établir de quelle manière la diminution des stocks peut toucher le pêcheur et, dans son sillage, les réparateurs de bateaux, les acheteurs, les gens qui vendent des appâts, etc.
Quand l'eau se réchauffe
Meghan Fraser est biologiste chez Homarus, la branche scientifique de l’UPM. Elle travaille sur un projet de marquage de homards qui permet d’analyser leur provenance et leur destination.

Meghan Fraser étiquette les homards pour comprendre leurs déplacements.
Photo : Mathew Bellefleur
Cela montre concrètement comment l'environnement a évolué depuis la dernière étude menée par le MPO il y a environ 30 ans, explique-t-elle.
Nous pouvons ainsi constater à quel point la situation a changé au fil du temps et comment le comportement et les déplacements des homards sont liés aux changements environnementaux.

Les prix offerts aux pêcheurs de homards du nord-est du Nouveau-Brunswick sont inférieurs à ceux d'autres régions et ils varient d'un quai à l'autre, déplore l'Union des pêcheurs des Maritimes.
Photo : Radio-Canada
Elle ne s’inquiète pas, en l’état actuel des choses, des stocks dans le sud du golfe du Saint-Laurent qui, dit-elle, sont bien plus importants aujourd’hui qu’ils ne l’étaient dans les années 90.
La situation est assez stable ici. Le stock global de homards dans la partie sud du golfe est plus important qu’il ne l’était dans les années 90, période à laquelle je compare mon étude de marquage, indique-t-elle.
Pour ce qui est de savoir pour quelle raison la dernière étude de marquage remonte à si longtemps, le MPO a précisé par courriel que puisque : des études de marquage approfondies menées par le passé ont démontré que les mouvements du homard étaient limités, et qu’il est probable que très peu de homards entrent ou sortent du [sud du golfe du Saint-Laurent], une nouvelle étude de marquage n’était pas une priorité d’un point de vue scientifique.
De son côté, Meghan Fraser reconnaît cependant que l’eau se réchauffe dans cette partie du golfe, ce qui a d’ordinaire pour conséquence la baisse des stocks. Elle estime par ailleurs que les pêcheurs font attention à la ressource qu’ils essaient de préserver pour le futur.
Parlant de futur, Martin Mallet se veut optimiste en dépit des vents contraires.
Dans les derniers 50 ans, on a vu toutes sortes de crises majeures dans l’industrie et on a toujours survécu. Oui, on est optimiste. Est-ce qu’il va y avoir des tempêtes? Oui, mais on va les affronter ensemble comme une organisation qui est forte, qui est unie, conclut-il.


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