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Le homard, prochaine cible des propriétaires d’usines

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Les joueurs les plus importants de l'industrie des pêches se disent prêts à transformer plus de homard et à s'adapter aux débarquements records. Ils sont réunis toute la semaine à Québec pour le 47e colloque de l'Association québécoise de l'industrie de la pêche.

Et d’excellentes saisons sont encore à prévoir avec une ressource qui est abondante et en santé dans toutes les régions du Québec Maritime et à Anticosti, où le traitement des captures, transportées et transformées en Gaspésie, ne dérougit pas.

Robert Nicolas du Pêches Impact.

Robert Nicolas, le rédacteur en chef de la publication Pêches Impact, s'intéresse aux enjeux du monde des pêches depuis plus de 30 ans.

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

Le homard est devenu, ces dernières années, l’espèce la plus importante en termes de volume et en termes de retombées économiques. C’est une industrie qui frôle les 300 millions de dollars, juste au débarquement.

Pour répondre à cette demande, Unipêche MDM a investi, avec l'aide du gouvernement du Québec, plus de 24 millions de dollars dans ses sept usines, dont Cusimer à Mont-Louis et l'usine Poséidon de Longue-Pointe-de-Mingan, pour accélérer la cadence de production et transformer plus de homard.

Seulement pour l’usine de Mont-Louis, il s’agit d’un investissement de près de 8 millions de dollars. Malgré des problèmes de rodage de ses viviers l’été dernier, qui l’ont obligée à jeter du homard, l’usine sera notamment positionnée pour transformer les débarquements supplémentaires générés par les permis exploratoires.

Des travailleurs s'affairent sur une chaîne de transformation du homard.

Le nombre d'employés chez Cusimer est passé de 22 à 38 pour répondre à la demande grandissante pour le homard.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes

En raison de la crise dans l'industrie de la crevette, E. Gagnon et fils transformera, lui aussi, davantage de homard le printemps prochain à son usine Marinard à Rivière-au-Renard, après un investissement d'un million de dollars.

Des tests ont été réalisés en 2025 avec la transformation de petites quantités, mais l'usine prend la tangente du multiespèces, avec du homard transformé au printemps et de la crevette locale, à la fin de l’été et à l’automne.

La raison : son usine de Sainte-Thérèse-de-Gaspé et ses viviers sont saturés et ne peuvent plus répondre à une demande supplémentaire.

On a essayé depuis les deux dernières saisons en transformant de la crevette scandinave, notamment de la Norvège. Ça n’a pas été un grand succès et là, on a des employés à qualifier à l’assurance-emploi et une usine à garder en vie. Et la ressource qui est de plus en plus débarquée au quai de Rivière-au-Renard, c’est le homard.

L'extérieur de l'usine de transformation Marinard. Des bateaux se trouvent à quai devant.

L'usine de transformation de crevette Marinard a été rachetée par les frères Bill et Georges Sheehan en octobre 2023, redevenant une entreprise québécoise. Elle appartenait à Daley Seafood de Terre-Neuve.

Photo : Radio-Canada / Luc Manuel Soares

De plus petits joueurs, comme Menu-Mer à Rivière-au-Renard, agissent aussi comme acheteurs de homard lorsque les viviers des usines de transformation débordent et ont atteint leur pleine capacité.

L'entreprise achète et distribue plusieurs espèces comme le flétan, mais aussi le homard.

On fait affaire avec toutes les usines de la Gaspésie. Souvent, ça les aide. Ça permet d’écouler les stocks, c’est gagnant-gagnant, explique son directeur général, Stéphane Morissette.

Stéphane Morissette, directeur général, Menu-Mer

Stéphane Morissette explique que Menu-Mer transforme et distribue plusieurs espèces – dont l'omble chevalier, le flétan et le homard – et emballe des produits destinés aux restaurateurs.

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

L’entreprise a investi dans des équipements pour transformer le homard, mais n’a pas l’intention d’aller plus loin en ayant un permis d’achat direct des pêcheurs.

Le gros du homard qu’on traite, il est vivant, mais on s’est installés, il y a deux ans, une petite ligne de cuisson qui nous permet d’en transformer un peu et on fait beaucoup de portionnage pour les restaurants qui ne veulent pas nécessairement de grandes quantités, ajoute M. Morissette.

La pression sur la pêche pourrait être plus importante avec l’ajout de permis exploratoires dès 2026.

C’est une décision qui est très attendue, au cours des prochaines semaines, de la ministre des Pêches fédérale, Joanne Thompson, à savoir si elle va aller de l’avant avec la phase 2 qui prévoit l’ajout de 17 nouveaux permis, dont 12 à des pêcheurs en difficulté comme des crevettiers et des turbotiers, rappelle le rédacteur en chef de Pêches Impact, Robert Nicolas.

Et la demande pour le homard québécois risque encore d'être importante en 2026 aux États-Unis, à moins de l’imposition de tarifs douaniers américains sur les poissons et fruits de mer canadiens, jusqu’ici épargnés par le protectionnisme économique du président Donald Trump.

Toutefois, le spécialiste Robert Nicolas explique que l’administration américaine serait mal vue d'imposer des tarifs douaniers aux poissons et fruits de mer canadiens, surtout au homard.

Bon an mal an, on consomme 300 millions de livres de homard qui transigent par Boston et l’industrie du Maine, la principale aux États-Unis, peine à fournir maintenant quelques 100 millions de livres. Pour une chaîne de restaurants comme Red Lobster, présente partout au pays, imaginez si du jour au lendemain il fallait enlever le homard du menu... Ça ne tient pas la route, croit-il.

Même s’il n’y a pas eu de tarifs douaniers américains sur le homard et le crabe de neiges canadiens, cette imprévisibilité a quand même eu des conséquences sur le transformateur E. Gagnon et fils et sa principale usine à Sainte-Thérèse-de-Gaspé, qui transforment ces deux espèces.

On n’a pas eu de tarifs, mais on a pris des décisions, à l’usine, qui nous ont coûté des sous. Par exemple, d’entreposer en juillet du homard à Boston en raison de possibles tarifs douaniers au lieu de le garder dans nos entrepôts, nuance Bill Sheehan.

Bill Sheehan, homme d'affaires gaspésien

Bill Sheehan a été aussi président de l'Association québécoise de l'industrie de la pêche de 2020 à 2025, avant de céder sa place au copropriétaire des Pêcheries gaspésiennes, Olivier Dupuis.

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

Ce dernier espère aussi que la demande de lever les tarifs douaniers chinois sur les produits marins canadiens sera abordée par le premier ministre Mark Carney cette semaine lorsqu’il rencontrera le président Xi Jinping et le premier ministre Li Qiang.

Le 47e Colloque de l'industrie des pêches québécoises se poursuit jusqu'à jeudi à Québec. 250 participants sont présents.

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