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Tandis que Montréal vibre au rythme des séries éliminatoires, impossible de ne pas se demander ce qu’en pense Pierre Houde, la grande voix qui constitue, pour bien des Québécois, la bande sonore attitrée du hockey. L’animateur vedette se trouve en Floride, à Tampa. Non pour courir les arénas, mais pour récupérer. « J’ai du sommeil à rattraper ! » lance-t-il.
Depuis 12 ans, Pierre Houde ne décrit plus les séries de la Coupe Stanley. Il regrette ce mandat. Les droits de diffusion ont changé de main. De temps en temps, il lui arrive d’aller voir un match de série, dans les estrades. « Autour de moi, forcément, il y a toujours des gens qui crient : “Pierre ! Pierre ! Décris-nous le match !” Les gens s’imaginent que dans ma tête défile en permanence une description de la partie… Je veux juste préciser que cela ne se passe pas du tout comme ça ! »
Il suit plutôt chaque match des séries sur le mode analytique. « J’ai probablement un sens un peu plus critique qu’un simple amateur. Parce que je connais toutes les petites habitudes de chaque joueur. »
Pierre Houde écoute-t-il fidèlement les matchs des séries ? « Fidèlement, c’est un grand mot ! Surtout en première ronde : il y a huit séries… Les matchs qui commencent tard, je laisse faire. »
Deux facteurs
Au temps des séries, note-t-il, tout est poussé plus loin. « Je reconnais le joueur qui est un peu plus agressif. L’autre qui est soudain plus talentueux. Puis, l’autre qui est encore plus arrogant que d’habitude ! Et les arbitres, eux, qui sont plus tolérants… En séries, tout est multiplié. » Ce qui explique en partie, selon lui, que les gens écoutent davantage le hockey à ce moment de l’année.
Quelle est la recette de cet intensificateur qui fait vibrer les cœurs ? « Si on prend spécifiquement le cas de Montréal, avec les Canadiens, je dirais qu’il y a deux facteurs. » Le premier, dit-il, est historique. Le second relève d’un contraste entre la mémoire des grandes années de l’équipe et la longue frustration accumulée depuis. « Tout est lié aux glorieuses conquêtes du passé. Évidemment, ça touche d’abord les plus vieux. Parce que nous, on a connu ces années. Bon, Maurice Richard, moi, je n’avais que 3 ans lorsqu’il a pris sa retraite ! Je ne l’ai pas vu ! Mais j’ai connu son frère Henri ! Et nous sommes plusieurs à avoir vécu la grande dynastie des années 1970. » Mais le hockey n’est-il pas d’abord et avant tout, avec son arsenal statistique et mémoriel, une formidable machine à mythifier le passé ?
Pour lui, la grande frustration qui va s’amplifiant depuis la dernière Coupe Stanley, gagnée en 1993, tient à la solidité du socle historique fondateur. « Ce sont des volets qui sont intimement liés pour expliquer la passion décuplée du hockey au printemps au Québec. Je pense que ce sera toujours dans notre sang, dans nos mœurs, dans notre cœur quand arrive le printemps. »
Le Canadien aujourd’hui, souligne Pierre Houde, paraît comme une équipe rebâtie ou en voie de l’être. Une équipe en tout cas capable de nous ramener là où nous sommes déjà allés. « Si ce n’est pas cette année, ce sera éventuellement. C’est tout de même une façon d’en revenir à la grande histoire qui est envisagée. »
Il reste du chemin à parcourir. L’équipe est encore jeune. « Si tu regardes l’âge moyen, si tu regardes l’âge des vedettes de l’équipe surtout, c’est clair. L’équipe a quand même des vétérans. Ils ont des rôles particuliers, des rôles importants à jouer dans le contexte des séries. Mais ce qui ressort soudain, c’est le talent exceptionnel des jeunes joueurs. Et ce n’est pas venu tout seul. » Et Pierre Houde de louanger l’entraîneur Martin St-Louis.
« Il n’y a pas de secret au hockey : avec un plafond salarial, pour rebâtir une franchise, il faut le faire avec des jeunes. Tu dois le faire en acceptant la médiocrité pour un certain nombre d’années. Ce qui va te donner de meilleurs choix au repêchage. Ensuite, il faut que tes éclaireurs fassent le bon travail pour repêcher le bon joueur. » L’équipe en est là, juge-t-il.
Le hockey, au-delà du présent
À ses yeux, le Canadien récolte les fruits de sa patience. Pierre Houde pointe le premier trio, composé de Nick Suzuki, Cole Caufield et Juraj Slafkovský. Il le compare à celui formé jadis par Jacques Lemaire, Steve Shutt et Guy Lafleur. « On a un trio quasiment aussi prolifique ! »
Cet essor de l’équipe contribue à nourrir l’enthousiasme. Mais Pierre Houde voit aussi dans la passion des séries l’effet d’un déterminant plus brutal : « Les séries, tu gagnes ou tu perds. La première équipe qui remporte quatre matchs passe. L’autre, c’est terminé. Bonsoir ! Il y a quelque chose là-dedans qui tient du pari, mais aussi presque de la religion. »
Le hockey nous ramène-t-il à une nouvelle forme de religion par la bande ? « J’ai toujours un peu de difficulté à aller sur ce terrain-là, de la “religion”. C’est une notion qui a beaucoup évolué. » Il préfère parler de « culte ». « Le Canadien a toujours réussi à générer un culte dans son environnement particulier du Québec, mais au-delà aussi. Tu vois des partisans du Canadien partout. »
Pour illustrer son idée, il invoque ces équipes mythiques qui dépassent leur sport : les Yankees à New York, les Red Sox à Boston, les Celtics, les Lakers ou encore les Packers de Green Bay. Des franchises chargées d’histoire, qui attirent même ceux qui ne les suivent pas au quotidien. « Au hockey, le Canadien jouit de cet attrait-là. » À preuve, le rayonnement des Canadiens ne s’arrête pas de ce côté de l’Atlantique, dit-il. « Je reviens de Milan, des Jeux olympiques. Et je peux dire que c’est tout simplement incroyable comment le Canadien jouit d’un suivi même à travers l’Europe. »
Rassembler
Le hockey des séries constitue peut-être l’un des derniers grands moments rassembleurs que nous vivons encore collectivement, avance Pierre Houde. À la suite de sa description du 50e but de Cole Caufield, il y a quelques semaines, la réaction populaire l’a frappé. « Ce qu’on me dit beaucoup, c’est que ce sont des moments rassembleurs. Des moments rares. »
Cette ferveur surgit, selon lui, en partie en raison d’un effet de contraste avec un climat social lourd. « On est dans une phase où c’est dur d’avoir des repères. » L’époque est marquée par la morosité. Il devient difficile de trouver du réconfort dans le quotidien. « Il est difficile de trouver quelque chose d’enthousiasmant dans l’actualité… Même le comportement général des gens, que ce soit au resto comme dans la rue, n’est pas enthousiasmant. »
Les points de convergence se font rares. Les séries en offrent un. « C’est rassembleur d’abord pour les gens d’ici. Particulièrement pour ceux de ma génération, qui ont connu de tels élans autour du hockey. » Mais pas seulement, ajoute-t-il. Pierre Houde observe aussi que l’écho atteint les plus jeunes et traverse les barrières sociales.
Le hockey, précise-t-il, a aussi changé de visage. « Ce ne sont plus juste les gars qui sont passionnés. Les filles aussi. Et les nouveaux arrivants aussi ! » Pierre Houde affirme entendre souvent des immigrants lui dire que leur premier lien avec le Québec est passé par ce sport. « Ils ont commencé à m’écouter décrire des matchs et je les ai aidés, sans le vouloir, à approfondir leur français, me disent-ils. Ça me surprend toujours. »
Le hockey comme manière de faire société : voilà, selon lui, une autre façon d’expliquer le succès des séries. Cette quête de liens, dit-il, « je pense que c’est une façon de faire société qu’on ne trouve plus ailleurs ».
Comment voit-il la série après deux affrontements ? Pierre Houde n’hésite pas : « Moi, j’ai annoncé le Canadien en sept matchs ! Le premier match m’a donné beaucoup d’espoir. Et que le Canadien ait réussi à partager les deux premiers matchs de la série sur ce terrain hostile à Tampa m’encourage encore davantage ! »
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