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L'idée de Donald Trump et de son entourage de prendre le Groenland, cette immense île arctique qui appartient au royaume du Danemark, un pays membre de l'Union européenne et de l'Otan, est passée au premier plan. Mardi 6 janvier, le président américain a précisé : "Parlons du Groenland d'ici vingt jours. (…) Nous avons besoin du Groenland. C'est tellement stratégique. Et le Danemark ne peut pas s'en occuper, je vous le dis."
On a tellement l'habitude de sourire des saillies de Donald Trump que, lorsqu'il énonce une évidence, on peine à le prendre au sérieux. Pourtant, pour les États-Unis, le Groenland est en effet vital. Il suffit de regarder une carte pour comprendre que la position de cette île, proche du pôle Nord, permet d'une part de lancer rapidement des missiles ou d'autres armes vers la Russie ou la Chine, et à l'inverse pourrait servir de site d'interception en cas d'attaque contre les États-Unis.
Le Groenland occupait déjà cette position stratégique pendant la guerre froide. À mi-chemin entre Moscou et New York, le territoire est indispensable pour les patrouilles de l'aviation stratégique américaine, alors armée de charges nucléaires. Au cœur de ce dispositif se trouvait la base américaine de Thulé — aujourd'hui appelée Pituffik Space Base — construite en un seul été, à toute vitesse, dans le nord du Groenland, à environ 1 500 kilomètres du pôle Nord. Sa mise en place fut menée dans le plus grand secret, puis accompagnée d'une intense propagande, en 1952. Pour les stratèges américains, disposer de bases sur ce territoire ne suffit pas. Il faut en obtenir la souveraineté, et ils n'ont jamais cessé d'y penser.
Dès 1946, dans le plus grand secret, les Américains proposent un rachat. Refus des Danois, pour lesquels ce territoire est profondément intégré à leur identité nationale. Car les Danois se perçoivent comme les héritiers d'Érik le Rouge, le célèbre Viking qui vécut autour de l'an 1 000 et fut le découvreur du Groenland — c'est même lui qui lui donna ce nom, "terre verte", pour attirer des colons. Impossible, donc, de se séparer de cette terre qui fait leur fierté. D'où le refus, poli mais ferme, réitéré aux Américains en 1955, en 1975, puis en 2019, lorsque des intermédiaires du président d'alors, un certain Donald Trump, relancent l'idée.
Mais les États-Unis y reviennent d'autant plus que, selon eux, le Groenland appartient au continent américain. Et un épisode souvent oublié le montre. En 1867, lorsque les États-Unis achètent l'Alaska à la Russie, ils envisagent également un plan d'achat du Groenland et de l'Islande. C'est le secrétaire d'État William Henry Seward qui avait négocié avec les Russes et souhaitait recommencer avec le Danemark. Dans son esprit, le Groenland était une terre encore peu exploitée, riche en poissons et en minerais.
Mais il avait aussi une arrière-pensée : il estimait que si le Groenland devenait américain, la pression s'exercerait sur le Canada, qui finirait par rejoindre l'Union, tout juste sortie de la guerre de Sécession. Et Donald Trump a récemment exprimé le même désir de voir le Canada devenir un État américain.
Comme quoi, ces déclarations s'inscrivent dans de très vieilles constantes de la politique américaine. D'ailleurs, le Danemark a bien vendu aux États-Unis certaines de ses colonies, notamment les îles Vierges devenues américaines en 1917.


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