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"Le gris absorbe l’énergie, c’est une couleur fatigante" : comment votre intérieur peut affecter votre bien-être

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Que l'environnement, le lieu, la maison, la chambre, ou le bureau dans lequel on se trouve a une influence sur notre bien-être, et donc aussi sur notre mal-être, semble une évidence. Certains intérieurs nous apaisent, d'autres nous dépriment… Cette influence est sans doute plus ou moins perceptible selon les individus. C'est dans cette logique que s'inscrit la neuro-architecture.

Architecte spécialisée dans le bien-être et auteure de La neuro-architecture, Comment optimiser votre santé et votre bien-être grâce à l'aménagement de votre espace (*), Fiona Beenkens a répondu à nos questions.

Fiona Beenkens, architecte spécialisée dans le bien-être, auteure de "La neuro architecture"Fiona Beenkens, architecte spécialisée dans le bien-être, auteure de "La neuro architecture" ©D.R.

Quelle est l'origine du concept de neuro-architecture ?

Pour la petite histoire, on fait souvent remonter la discipline à Jonas Salk, le chercheur du vaccin contre la polio : bloqué dans ses recherches, il voit ses idées se débloquer lors d'un séjour dans un monastère franciscain du XIIIe siècle à Assise, en Italie. Il restera convaincu que ce lieu calme a joué un rôle, au point de faire construire le Salk Institute avec l'architecte Louis Kahn. C'est dans cette lignée qu'est née en 2003 à San Diego l'Academy of Neuroscience for Architecture. Mais en réalité, la neuro-architecture est surtout née de la rencontre de deux disciplines. En tant qu'humains, et en tant qu'architectes, on a toujours senti que l'environnement influence notre ressenti. Ce qui a tout changé, c'est le développement des neurosciences : on a commencé à comprendre à quel point les espaces nous stimulent à travers nos cinq sens (la vue, l'ouïe, le toucher, l'odorat…), et à quel point des mécanismes comme les hormones de stress, la méditation ou l'hypnose sont directement liés à l'espace dans lequel on se trouve. De là sont nées énormément d'études et de recherches sur la façon dont le cerveau réagit à l'espace. Et il existe aujourd'hui plein de façons de travailler la neuro-architecture : personnellement, j'ai choisi de la travailler sous un angle plus psychologique.

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La neuro-architecture pour aller mieux : comment ça marche ?

L'idée de départ de la neuro-architecture, c'est que notre environnement a une influence directe sur la façon dont notre cerveau fonctionne. On va donc aménager notre intérieur pour que notre cerveau puisse littéralement s'y sentir en sécurité, et que notre corps s'y sente apaisé.

Ce qui est particulier dans cette approche, c'est qu'elle s'adresse surtout à notre cerveau inconscient. Parce qu'il y a une grande différence entre le cerveau conscient et le cerveau inconscient : le conscient, c'est celui qui rationalise, alors que l'inconscient, lui, est là pour nous protéger de tout danger, et il est en veille en permanence. Le problème, c'est qu'aujourd'hui énormément d'aménagements nous stressent sans qu'on s'en rende compte.

Un exemple tout simple : il suffit que, dans notre chambre, la porte se trouve derrière notre tête de lit, donc hors de notre champ de vision, pour que notre cerveau inconscient reste en vigilance toute la nuit. Parce que si quelqu'un entre, c'est lui qui doit nous protéger et déclencher le réflexe de survie. Consciemment, cela nous paraît absurde, évidemment : on sait très bien que la porte est fermée à clé. Mais l'inconscient, lui, ne raisonne pas comme cela. Donc l'idée de la neuro-architecture, c'est vraiment d'aménager notre intérieur pour que notre inconscient s'y sente en sécurité, et qu'on évite de produire des hormones de stress supplémentaires jour après jour.

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Pour quels types de maux est-ce réellement efficace ?

En réalité, la neuro-architecture n'est pas efficace pour tel ou tel mal en particulier. Un aménagement ne va jamais créer un problème à lui seul, et ce n'est pas lui non plus qui va nous guérir. Sa puissance, c'est de nous accompagner dans notre processus. Un exemple : quelqu'un en burn-out, dont tous les murs sont gris. Le gris va renforcer le burn-out, parce que c'est une couleur qui renforce le flou. C'est comme dans la nature : quand le ciel est gris, on est en plein doute, on ne sait pas si le bleu va se dégager ou si l'orage va nous tomber dessus. Le gris, dans notre inconscient, amène très fortement le doute. C'est une couleur qui absorbe l'énergie, qui est très fatigante, et qui est vraiment à éviter dans ce cas. Là, l'intérieur renforce le burn-out au lieu de le soutenir.

L'idée, c'est donc toujours que notre intérieur soutienne notre processus d'évolution. Mis en parallèle avec la thérapie que l'on suit et avec notre propre cheminement, il peut nous aider à traverser n'importe quel mal. Ça peut être très concret, comme des problèmes de sommeil liés simplement à la position des choses. Mais ça peut aussi concerner l'ensemble des maux et des maladies qu'on traverse : les couleurs qu'on choisit et la façon dont on aménage peuvent nous soutenir dans ce processus.

La neuro architecture, Fiona Beenkens, Ed. FirstLa neuro architecture, Fiona Beenkens, Ed. First ©D. R.

Pouvez-vous donner un exemple d'étude scientifique prouvant les vertus de la neuro-architecture ?

Sur cette question, je dois être honnête : dans ma pratique, aujourd'hui, ce que je fais n'est plus fondé sur des études scientifiques. Cela dit, il existe de nombreux travaux sur le sujet, notamment autour du design biophilique (NdlR : approche qui intègre des éléments naturels dans les espaces bâtis), de l'impact de la nature sur le stress ou encore de l'impact des couleurs sur le stress.

Quelles sont les limites de cette thérapie/discipline ?

Pour moi, les limites sont surtout créées par nous-mêmes. Si vous réalisez un changement chez vous parce qu'on vous a dit de le faire, mais que vous ne comprenez pas pourquoi vous le faites, cela ne sert à rien. C'est un peu comme le feng shui, cette discipline où les gens vont poser des objets chez eux pour guérir quelque chose ou pour attirer une situation dans leur vie. Si on ne comprend pas pourquoi on fait les choses, il n'y a pas de sens. Et c'est justement ça que la neuro-architecture apporte : cette vision du "OK, mais de quoi ai-je besoin, et pourquoi ?". L'intention que l'on met dans nos aménagements est extrêmement importante. C'est pour cela qu'il est essentiel de comprendre ce qui se passe dans le cerveau. Parce que lorsqu'on comprend pourquoi on déplace son lit, on ne déplace pas juste un meuble, on envoie une information à son cerveau. Le geste devient conscient, on sait ce que l'on est en train de sécuriser, et notre inconscient reçoit un message cohérent. Le conscient et l'inconscient disent enfin la même chose. Alors que si on applique une règle sans la comprendre, il ne se passe rien : l'objet est là, mais il ne veut rien dire pour nous. L'autre limite, c'est celle que je pose moi-même : un aménagement n'est pas un traitement. Il ne remplace ni une thérapie ni un suivi médical. Il accompagne, il soutient, il rend le chemin plus facile, mais il ne fait pas le travail à notre place.

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Quelle est précisément la différence avec le feng shui ?

Le feng shui est basé sur les énergies, sur quelque chose de très ancestral, alors que nous vivons dans un monde moderne : il ne prend pas assez les neurosciences en compte. Un exemple concret : le feng shui définit une orientation "parfaite" du lit en fonction de la date de naissance, ce qui peut amener deux personnes d'un même couple à devoir dormir dans des sens opposés. La neuro-architecture, elle, aménage l'espace par rapport à un sens de survie neurologique : notre inconscient est là pour nous protéger de tout danger, et si on ne voit pas la porte d'entrée quand on dort, on est en état de survie. Bonne orientation ou pas, on dormira mal. L'autre limite du feng shui, c'est qu'il ne cherche pas assez le pourquoi on se sent bien ou pas dans un environnement : c'est une formule toute faite, la même pour tout le monde. La neuro-architecture permet au contraire de comprendre, par rapport à notre propre histoire, souvent entre nos 0 et 7 ans, quels traumas on porte, ce qu'on a vécu, et pourquoi certaines choses fonctionnent pour certains et pas pour d'autres.

Donnez-nous un exemple concret pour illustrer le pouvoir de la neuro-architecture.

Je prendrai un exemple raconté dans mon livre ; celui d'une jeune fille anorexique, dont le cas m'avait été envoyé par sa psychologue. Quand on regardait sa chambre, on avait vraiment l'impression d'être dans la chambre d'une petite fille de sept ans. Des roses très bébé, très enfant. Énormément de photos d'elle toute seule, et d'elle petite. Un lit simple, là encore un lit d'enfant. Or si on se met à la place d'une jeune fille en anorexie, c'est notamment un corps qui ne veut pas prendre ses formes de femme. Le stress principal, c'est un stress de grandir. Et toute sa chambre reflétait exactement cette problématique : un petit corps de femme qui ne voulait pas devenir une femme, dans une chambre qui la maintenait petite fille. Sans oublier les photos d'elle toute seule, alors que l'anorexie est justement une problématique où on se sent très seul. C'est typiquement l'exemple où la chambre renforce le ressenti de la patiente. Dans ce cas-là, ce qui est intéressant, c'est de faire évoluer la chambre : un lit double, des couleurs plus adultes, des photos d'elle à l'âge qu'elle a aujourd'hui et pas seulement des photos d'elle enfant. Pour qu'on l'autorise à grandir, en parallèle de son processus psychologique, dans sa chambre, qui est son territoire, et donc un endroit super important.

(*) La neuro architecture, Comment optimiser votre santé et votre bien-être grâce à l'aménagement de votre espace, Fiona Beenkens, First Editions, 19,95 €

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"Quelques clés pour plus de sérénité"

Dans un contexte ambiant souvent anxiogène, pourquoi ne pas tenter des thérapies douces pour diminuer son stress et tendre vers un mieux-être ? Des auteurs nous livrent leur approche particulière pour gagner en sérénité.

Jeudi : Philippe J. Dubois, écologue et ornithologue, et Elise Rousseau, naturaliste et ornithologue, auteurs de "Ornithérapie. Et si les oiseaux nous aidaient à aller mieux ?", Ed. Albin Michel.

Vendredi : Danielle Roux-Sitruk, docteure en pharmacie, auteur de "Mieux vivre grâce aux plantes après 50 ans", Ed. Odile Jacob.

Aujourd'hui : Fiona Beenkens, architecte spécialisée dans le bien-être, auteur de "La neuro architecture. Comment optimiser votre santé et votre bien-être grâce à l'aménagement de votre espace", First Editions.

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