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Dans deux mois et demi, les Israéliens décideront du maintien au pouvoir ou de la chute du gouvernement dirigé par le Premier ministre Benjamin Netanyahou, le plus à droite de l'histoire du pays. Le 18 juillet, la Knesset a adopté à 62 voix contre 0 sa propre dissolution en vue des élections législatives du 27 octobre, date limite de scrutin prévue par la loi israélienne. Donnés perdants par les sondages, qui estiment à 22 sièges le poids de son parti Likoud et 50 à celui son bloc de droite (contre 60 pour l'opposition), le Premier ministre et ses alliés se débattent au détriment des principes démocratiques du pays.
En juillet, le "Bibi" club a passé au forceps une série de lois controversées sur la liberté d'informer des médias ou l'égalité des citoyens devant la conscription. Il flatte aujourd'hui l'aile la plus extrême de sa coalition grâce à une série de mesures en faveur de la colonisation en Cisjordanie. Dans le même temps, Israël continue de frapper les fronts consensuels de Gaza et du Liban, après une guerre avec l'Iran perçue en Israël comme une défaite : 93,1 % des électeurs du bloc de droite dirigé par Netanyahou estimaient en juin que l'Iran avait remporté cette dernière confrontation face à Téhéran.
Le camouflet de Benjamin Netanyahu met Donald Trump face à ses limites : "Il perd en crédibilité"Réforme des médias contre l'"État profond"
À la veille du marathon électoral des législatives, la Knesset a adopté à 53 voix contre 48 une loi visant à renforcer le contrôle gouvernemental sur le monde de l'information en Israël. "Après une lutte acharnée contre toutes les forces possibles de l'État profond, les magnats, les avocats, les fonctionnaires et les réseaux alarmistes, nous avons réussi à faire adopter la réforme des médias de droite", a déclaré à l'issue du vote le ministre des Communications Shlomo Karhi, porteur du projet. Celui-ci prévoit dans un premier temps de supprimer des organismes de réglementation éditoriaux pour les remplacer par une nouvelle entité, dont les membres seraient nommés par Shlomo Karhi. Elle modifierait par ailleurs de nombreux aspects du cadre marchand appliqué de longue date au secteur des médias, comme la séparation entre chaînes d'information et chaînes commerciales.
Enfin, il favoriserait deux chaînes de télévision acquises au gouvernement actuel : Channel 14, aux tendances nationalistes, se verrait exemptée d'une obligation de diffusion gratuite de contenus, cadeau d'une valeur financière estimée à 40 millions de shekels par an (soit plus de 11,5 millions d'euros) et i24News (détenue par le milliardaire franco-israélien Patrick Drahi, proche de Netanyahou) recevrait l'autorisation de diffuser ses programmes par câble et satellite. Déjà décriés par l'opposition qui accuse la coalition de vouloir réduire les médias à un "rôle de porte-parole du gouvernement", plusieurs aspects de la loi ont par la suite été invalidés par la Cour suprême. Les magistrats ont expliqué craindre, au-delà des risques d'ingérence politique et de "préjudice irréversible au marché des médias", qu'elle ne serve à influencer les élections législatives d'octobre.
En défiant la Cour Suprême, le gouvernement Netanyahou sape les bases de la démocratie israélienneFleur aux partis ultraorthodoxes
Fin juillet, Benjamin Netanyahou a également œuvré à contenter ses soutiens ultraorthodoxes (haredim) du Shas et du Parti unifié de la Torah. Parmi la série de loi passée avant la fermeture estivale de la Knesset, la "loi fondamentale sur l'étude de la Torah", telle que désignée par les médias israéliens, est sans doute la plus sensible. Utilisé comme levier de négociation de manière constante par les partis haredim de la coalition, le projet est discuté depuis des années mais n'a jamais passé les phases de débat et de vote en lectures, en raison de son caractère intrinsèquement discriminatoire. Son objectif: suspendre l'arrestation des réfractaires ultraorthodoxes au service militaire, une procédure en vigueur depuis la création de l'État d'Israël en 1948. En juillet 2025, l'armée israélienne a annoncé l'envoi de 54 000 ordres de conscription à des Juifs haredi (qui représentent 14 % de la population en Israël) pour pallier le manque de 12 000 soldats au sein des forces militaires.
Le porte-parole de l'armée Eyal Zamir, habituellement soumis à un devoir de réserve, a lui-même publiquement dénoncé ce projet de loi. Malgré l'opposition de l'armée, entité centrale en Israël, la loi a été adoptée le 14 juillet dernier par 58 voix contre 54. Sur le papier, elle doit geler les arrestations, enquêtes ou procédure d'exécution des étudiants de yeshiva (écoles religieuses pour hommes non-mariés) jusqu'au 30 novembre 2026. Fin juillet, la Cour suprême israélienne a cependant émis une injonction provisoire contre cette loi, désapprouvée par une large majorité d'Israéliens dans un contexte de guerre multifronts post-7 octobre.
Le plan de Donald Trump pour Gaza bute sur le refus tactique de Benjamin NetanyahouSurvie politique contre gardiens démocratiques
"Dans ses derniers jours, le gouvernement adopte des lois absurdes et dangereuses dont le seul but est d'assurer sa propre survie politique", a jugé Naftali Bennett, opposant à Netanyahou en vue des législatives, à l'issue du vote de la loi sur les médias. D'anciens juges de la Cour suprême ont de leur côté qualifié, dans un communiqué commun, ladite loi de "dernier clou dans le cercueil de la démocratie" israélienne. Pour la première fois de l'histoire, en effet, un projet de loi a été voté en dépit de l'opposition de la Cour suprême, qui avait émis en juin dernier un avis défavorable sur l'un de ses aspects.
Outre ses attaques envers les juges de la Haute Cour, le gouvernement s'est attaqué aux fonctions du procureur général d'Israël, considéré comme l'un des principaux contre-pouvoirs du pays. Après plusieurs heures de débat, une loi pour affaiblir ce poste clé a été adoptée le 15 juillet dernier. Elle restreint les pouvoirs du procureur et annule l'aspect contraignant des avis juridiques émis par son bureau. Le tout encourageant, selon le procureur général adjoint Gil Limon, des "violations systématiques de la loi". La veille du vote, le député démocrate Gilad Kariv avait annoncé avoir déposé un recours devant la Haute Cour de justice pour contester la loi, aux côtés de plusieurs associations et organismes de défense des droits démocratiques en Israël.
Comment Israël veut éviter que ses expatriés rentrent voter en masseBlanc-seing aux colons de Cisjordanie
Benjamin Netanyahou a doublé ce marathon législatif d'une série de mesures en faveur de l'accélération de l'annexion de la Cisjordanie. Les Palestiniens du territoire occupé par Israël depuis 1967 font face à une violence toujours plus accrue des colons et de l'armée depuis la mort de deux Israéliens le 25 juillet dans le village de Tell, aux côtés de quatre Palestiniens. À la suite de cet affrontement survenu alors que des habitants d'une implantation israélienne voisine ont pénétré illégalement les terres de Tell, le Premier ministre avait ordonné à son armée d'effectuer des raids dans plusieurs localités palestiniennes, et annoncé la construction de plusieurs nouveaux postes de colonisation. Au total, selon la radio de l'armée, treize avant-postes (illégaux au regard du droit international) ont été établis après l'attaque de Tell ; deux d'entre eux ont été évacués par les soldats quelques jours plus tard.
Mardi 11 août, le coordinateur spécial adjoint pour le processus de paix au Moyen-Orient des Nations unies, Ramiz Alakbarov, a tiré la sonnette d'alarme lors d'une réunion d'information du Conseil de sécurité : "Alors que le fragile cessez-le-feu à Gaza et les tensions régionales accaparent une grande partie de l'attention de la communauté internationale, la Cisjordanie est au bord du gouffre." La semaine dernière, le ministre et colon d'extrême droite Bezalel Smotrich a annoncé sur son compte Twitter l'allocation de 113 millions de shekels (soit plus de 32 millions d'euros) au "développement de plus de 70 sites patrimoniaux en Judée-Samarie" (nom biblique donné en Israël à la Cisjordanie occupée). Concrètement, ce budget servira à poursuivre l'annexion de parcelles du territoire occupé, y compris dans des zones (A et B) supposément contrôlées par l'Autorité palestinienne.
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