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Après avoir annoncé son intention d’utiliser des fonds publics pour financer des projets majeurs de l’industrie des énergies fossiles dans l’Ouest canadien, le gouvernement de Mark Carney pourrait faire la même chose au Québec en offrant du financement pour le mégaprojet de 30 milliards de dollars de Marinvest Energy, qui veut passer par le Québec pour exporter du gaz exploité en Alberta.
L’entreprise norvégienne travaille depuis plus d’un an derrière des portes closes avec le gouvernement fédéral en vue d’obtenir les autorisations nécessaires et possiblement du financement pour construire son mégaprojet de production de gaz naturel liquéfié (GNL) à Baie-Comeau, sur la Côte-Nord.
Dans la foulée de ses démarches, mais sans jamais avoir présenté publiquement les détails du complexe gazier, Marinvest Energy a annoncé cette semaine qu’elle espère que le plus gros projet industriel de l’histoire du Québec sera piloté par « les Premières Nations ». Pour le moment, seule la Nation atikamekw a accepté d’y prendre part, même si le projet empiétait aussi sur les territoires des Anichinabés, des Cris et des Innus.
Cette nouvelle stratégie de développement pourrait lui ouvrir la porte à du financement du public pour la réalisation du projet, dont les coûts préliminaires sont désormais connus : 30 milliards de dollars. C’est ce qu’a expliqué mardi au Devoir le grand chef du Conseil de la Nation atikamekw, Constant Awashish, en évoquant des « programmes » fédéraux pour aller chercher une partie des milliards nécessaires.
Financement fédéral ?
Est-ce que le gouvernement fédéral est ouvert à financer un projet de GNL qui serait piloté par les Premières Nations ? « Par l’entremise de Ressources naturelles Canada et d’autres organisations fédérales, divers programmes de financement, de soutien financier et d’appui aux projets sont offerts pour faire progresser les grands projets dans les secteurs de l’énergie et des ressources naturelles au Canada, notamment les projets de GNL », explique le cabinet du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Tim Hodgson, dans une réponse écrite aux questions du Devoir.
« Nous accompagnons ces efforts avec un soutien accru à la participation financière des Autochtones dans les grands projets afin de faire progresser la réconciliation, de créer des débouchés économiques dans les régions et de favoriser le développement responsable des ressources », ajoute-t-on.
Le bureau du ministre Hodgson précise qu’il existe notamment un « programme de garantie de prêts pour les Autochtones », doté d’une enveloppe de 10 milliards de dollars, qui peut entre autres servir « pour faire progresser le développement responsable du GNL », une ressource fossile dont l’utilisation alimente la crise climatique.
Lobbying actif
La question du financement du projet de Marinvest Energy par l’entremise de fonds prévus pour l’implication des Premières Nations a été évoquée dès avril 2025, selon ce qu’on peut lire dans un nouveau document obtenu par Greenpeace grâce à la Loi d’accès à l’information.
Un responsable d’Investir au Canada écrit alors à deux personnes chez Ressources naturelles du Canada pour les informer que l’entreprise veut obtenir des informations concernant « des aides existantes destinées à soutenir les communautés autochtones afin qu’elles puissent éventuellement obtenir une participation au capital du projet de gazoduc ».
Trois mois plus tard, lorsque Le Devoir révèle l’existence du projet de Marinvest Energy, qui est très similaire à celui de GNL Québec, son directeur des opérations, Greg Cano, affirme que l’entreprise souhaite construire le gazoduc de 1000 km avec les Premières Nations. L’infrastructure transportant du gaz exploité principalement par fracturation, une industrie interdite au Québec, traversera en effet les territoires ancestraux de certaines d’entre elles.
Constant Awashish espère par ailleurs que tout le projet pourra être soumis au Bureau des grands projets créé par le gouvernement Carney. Cela garantirait l’autorisation, malgré les impacts environnementaux, et permettrait une approbation accélérée. Dans sa réponse écrite au Devoir, le bureau de Tim Hodgson mentionne ce Bureau des grands projets, conçu pour soutenir « l’efficacité et la prévisibilité réglementaires ».
En plus des rencontres mensuelles organisées par le gouvernement fédéral pour « fournir des conseils et un soutien afin de faciliter l’investissement » de Marinvest Energy, l’entreprise a eu plusieurs occasions de faire valoir son projet dans le cadre de démarches de lobbying.
Uniquement au mois de juillet, le président de Marinvest Energy Canada, Geir L. Kjersem, a eu l’occasion de rencontrer 14 représentants du gouvernement, dont 8 membres de Ressources naturelles Canada, incluant deux du bureau de Tim Hodgson.


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