La première scène de la série est une mammographie avec un vrai sein écrasé dans l’appareil. Ça ne fait pas du bien, et on le ressent. De telles scènes trouveront écho auprès des femmes qui passent de tels examens. Les seins sont présents dès le début et sans faux-fuyant. Tu es toute nue avec elle, reconnaît la productrice de la série Julie Snyder.

Le personnage de Marie-Ève Perron subit des examens de ses seins dans la série « Le gouffre lumineux ».Photo : Les productions J
Si la série aborde un sujet sérieux et lourd, l’humour y a sa place. On n’arrête pas d’en rire entre nous. Ça dédramatise ce qu’on vit. Tu as peur de mourir, mais tu as besoin de répit, dit Anick Lemay. C’est une série qui parle de maladie et de mort, mais qui est pleine de vie, ajoute la réalisatrice Myriam Verreault.
En plus du livre, Anick Lemay a réalisé le documentaire Mont Tétons : un guide de survie, en 2019, avec la complicité de la recherchiste Évelyne Morin-Uhl, décédée d’un cancer il y a quelques semaines. D’ailleurs, le premier épisode lui est dédié. Elle avait coanimé le balado La carte cancer.
Produit par les productions J, c’est Julie Snyder qui a eu l’idée de cette adaptation à la télévision. Anick Lemay et Marie-Ève Perron ont coécrit la série. Il n’y a pas deux cancers semblables, mais c’est vraiment le parcours médical d’Anick. On avait de véritables appareils médicaux et de vrais hôpitaux, précise Julie Snyder.
Myriam Verreault explique avoir pu tourner dans des lieux où aucune série n'avait pu le faire auparavant. On a été privilégié d’avoir ces accès, qui donnait une crédibilité à la série.
Le parcours médical d’Anick Lemay, pas sa vie personnelle
Si le documentaire est ce qu’Anick Lemay aurait voulu voir quand elle était malade, la série représente ce qu’elle avait dans sa tête. Tout est là. C’est de la magie. [...] Ce n’était pas évident, on ne veut pas faire peur, on ne veut pas tomber dans le pathos. Ça s’appelle le gouffre, mais il est lumineux. C’est un beau partage entre le drame et la lumière.

Dans une scène de la série « Le gouffre lumineux », Agathe, jouée par Marie-Ève Perron, va subir une chirurgie.Photo : Éva-Maude TC
La série s’inspire du parcours médical d’Anick Lemay, mais ce n’est pas son histoire personnelle. Je voulais faire une fiction pour toutes les femmes. Marie-Ève [Perron] m’a aidée pour sortir de mon vécu. C’est mon parcours, mais pas mes souvenirs, précise Anick Lemay.
« On a créé un personnage fictif qui s’appelle Agathe. Cette femme représente les 10 000 femmes qui ont un diagnostic [de cancer du sein] chaque année. »
L’histoire d’Agathe
Durant les dix épisodes, on suit l’animatrice et journaliste Agathe (Marie-Ève Perron), 44 ans, pendant les neuf mois de ses traitements pour traiter ses cancers aux deux seins, le droit et le gauche. On passe avec elle la mammographie, l'échographie, la biopsie, les scans, la chimiothérapie et la radiothérapie. Elle subit une mastectomie, et, comme si ce n’était pas suffisant, Samuel (Gabriel Lemire), son amoureux des cinq dernières années, la quitte.

Agathe (Marie-Ève Perron) et son conjoint Samuel (Gabriel Lemire) dans une scène de la série « Le gouffre lumineux »Photo : Éva-Maude TC
Il est démontré que les hommes quittent plus souvent lors d’un diagnostic de cancer, précise Anick Lemay. On a vérifié et si la relation dure depuis cinq ans et moins, 80 % des femmes se font laisser, ajoute Julie Snyder.
Agathe est séparée depuis sept ans d’Élizabeth (Amélie Dallaire) avec qui elle a eu sa fille, Charlotte (Agathe Ledoux), une préado de 11 ans. Ses parents, joués par Linda Sorgini et Marc Messier, sont séparés.
Représenter celles qui vivent le cancer
Anick Lemay voulait que la série montre la réalité des personnes qui traversent l’épreuve du cancer tant physiquement que psychologiquement, mais aussi les conséquences de la maladie sur l'entourage.
Elle explique aussi pourquoi, dans la série, on voit un trou dans le sol (le gouffre), une plongée dans l’eau, du vent, du tonnerre, une réelle tempête et même un personnage, le Gros Denis (Louis Champagne) qui incarne le déni. Je ne voulais pas qu’on voit juste des actes médicaux, mais qu’on imagine surtout comment la patiente se sent psychologiquement et émotivement, ajoute Anick Lemay.

Dans une scène de la série, Agathe (Marie-Ève Perron) est avec ses parents joués par Marc Messier et Linda Sorgini.Photo : Éva-Maude TC
L’équipe espère pouvoir aider autant les femmes qui ont vécu un cancer que leur entourage. Myriam Verreault raconte que sa conjointe a aussi vécu l’épreuve du cancer et que la série lui a fait du bien. C’est important pour les femmes. Ça prend beaucoup de place dans leur vie et c’est une validation de ce qu’elles ont vécu.
Anick Lemay précise que le coût financier du cancer est aussi un enjeu important et dont il faut parler. Un cancer te coûte 33 000 $ de ta poche.
Un tournage éprouvant
Lors du deuxième jour de tournage (qui a été fait dans le désordre et n’a pas suivi le narratif de la série), Marie-Ève Perron s’est vraiment rasé la tête. Elle a donc porté une perruque dans certaines scènes. Elle a aussi dû porter des prothèses pour masquer sa propre poitrine après la mastectomie de son personnage. Elle a eu mal à cause des prothèses, mais elle a continué, raconte Myriam Verreault.

Agathe, le personnage joué par Marie-Ève Perron, vient de subir une mastectomie.Photo : Les productions J
Marie-Ève Perron tourne aussi nue dans cette série où les seins sont montrés dans toute leur réalité. J’y suis allée totalement. Je le savais, on avait développé cette série depuis quatre ans.
Une série de femmes
Des productrices, aux scénaristes, à la réalisatrice et aux nombreuses comédiennes qui font partie de la distribution, Le gouffre lumineux est une série de femmes.
« C’était mon but. J’étais entourée de femmes [durant ma maladie] et je voulais faire travailler mes amies. »
Anick Lemay précise que les hommes ont des caractères avec plusieurs couches dans la série. Ce ne sont pas juste des pas bons. Il y a des fins, des troublés et des impuissants. Souvent, on catégorise les gens. Dans la série, on a tenté de mettre des multicouches à tout le monde.

Agathe (Marie-Ève Perron) entourée de ses amies jouées par les comédiennes Marie-Laurence Moreau, Ariane Castellanos, Sophie Desmarais et Kathleen Fortin.Photo : Éva-Maude TC
La dernière série de Marc Messier
Le comédien Marc Messier, dont la mort a été annoncée la veille du visionnement de presse de la série, joue le père d’Agathe dans Le gouffre lumineux. On le voit pour la première fois dans une courte scène de funérailles dans le deuxième épisode.
Anick Lemay explique qu’à pareille date l’an passé, elle allait dîner avec Marc Messier pour lui proposer le rôle. J’étais nerveuse. Il a accepté de jouer Claude.

Sylvie Léonard et Marc Messier dans une scène de la série « Le gouffre lumineux ». Photo : Éva-Maude TC
La réalisatrice raconte que le comédien a souvent improvisé comme il en avait l’habitude. Il était tout le temps sur la limite, mais il allait tout le temps vers le génie. Elle ajoute que des scènes touchantes de Marc Messier sont présentes dans la série.
Et non, Anick Lemay n’a pas voulu jouer le rôle d’Agathe et ses amies ne voulaient pas jouer leur rôle. Mais certaines ont un rôle, comme Marie-Chantale Perron, qui joue une docteure.
La distribution comprend aussi Kathleen Fortin, Julie Roussel, Ariane Castellanos, Marie-Laurence Moreau et Sophie Desmarais, Linda Sorgini, Sylvie Léonard, Steve Laplante, Rémi-Pierre Paquin, Dominique Pétin, Phara Thibault, Madeleine Sarr, Brigitte Poupart et Sasha Samar, entre autres.


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