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La maîtrise du français est un « atout » reconnu par plusieurs acteurs économiques du Manitoba. Pourtant, un fossé demeure entre la valeur accordée au bilinguisme et son utilisation réelle sur le marché du travail dans la province.
Pour de nombreux travailleurs manitobains, la langue de Molière ouvre des portes. Éric Chaput, conseiller en commerce au World Trade Centre de Winnipeg, estime que le bilinguisme a joué un rôle déterminant à son embauche il y a quatre ans.
Si tu mets sur ton CV que tu es bilingue, c'est déjà un ajout, affirme-t-il.
André Brin, patron du WTC Winnipeg, estime que le bilinguisme est un atout économique. Il affirme que le WTC Winnipeg va jusqu'à financer des cours de français pour les membres de son personnel.

La gestionnaire des ressources humaines des Jardins St-Léon, Janelle Robillard, indique que, bien que cette politique leur complique parfois la tâche, son entreprise recrute du personnel bilingue dans la grande majorité.
Photo : Radio-Canada / Raoul Junior Lorfils
Janelle Rémillard, copropriétaire et gestionnaire des ressources humaines des Jardins St-Léon, indique que son entreprise recrute du personnel bilingue dans la grande majorité des cas, pour offrir un service unique.
André Brin et Janelle Rémillard reconnaissent toutefois que cette politique complique parfois le recrutement en raison d'une pénurie de main-d'œuvre dans certains domaines.
Une forte demande pour les travailleurs bilingues se fait sentir à l'échelle provinciale, remarque Gerrit Olivier Tcheunou Tchanko, agent de liaison chez Pluri-elles. Cet organisme offre, entre autres, des services d'intégration professionnelle au Manitoba.
Parler français est un avantage à l'embauche, mais aussi pour la progression vers des postes de direction, assure-t-il.
Le paradoxe des chiffres
En dépit de l'enthousiasme d'embaucher des travailleurs bilingues, les chiffres brossent un portrait plus nuancé.
En 2021,16 395 résidents du Manitoba, soit 2,6 % de la main-d'œuvre provinciale, affirmaient utiliser le français au moins régulièrement au travail, selon Statistique Canada (nouvelle fenêtre).
Parmi eux, 75,1 % se trouvaient dans la région métropolitaine de Winnipeg et œuvraient principalement dans l'enseignement (32,2 %), les soins de santé et l'assistance sociale (14,4 %), ainsi que l'administration publique (13,2 %).
Pour expliquer ce décalage, M. Tchanko rappelle le contexte démographique minoritaire et le fait que la demande pour le bilinguisme reste concentrée dans des secteurs précis (bancaire, touristique et du service à la clientèle).
Dans la réalité, de nombreux employés bilingues utilisent l’anglais majoritairement dans leur environnement professionnel, dit-il.

Derrek Bentley est le président de la Société de la francophonie manitobaine. (Photo d,archives)
Photo : Radio-Canada / André Boisjoli
Le français demeure sous-utilisé comme atout économique dans la province, affirme Derrek Bentley, président de la Société de la francophonie manitobaine (SFM). Trop souvent, même des postes désignés bilingues se trouvent dans des environnements où le français est peu utilisé ou encouragé au quotidien.
On sait que le français est un atout pour la province, mais on ne l'utilise pas assez pour recruter et retenir des gens qui ont les deux langues officielles.
Julie Bélanger, experte en ressources humaines, abonde dans le même sens. Selon ses observations, le français devient souvent une compétence utilisée à l'occasion plutôt qu'une véritable langue de travail dans certains espaces.
James Townsend, professeur agrégé d'économie à l'Université de Winnipeg, reconnaît que le bilinguisme offre un certain avantage à des employeurs et employés dans le secteur de l'administration publique ou dans toute entreprise qui travaille avec le public.
En dehors de certaines régions du Canada, bien que nous soyons un pays bilingue, le français finit par être utilisé relativement rarement dans la vie de tous les jours, remarque-t-il cependant. Pour la plupart des gens, on peut fonctionner sans [le français].
James Townsend souligne que, dans certains milieux de travail strictement anglophones, l'usage de la deuxième langue n'est pas toujours une nécessité.
Pour renverser la tendance, Mme Bélanger recommande aux organisations de reconnaître le bilinguisme comme un investissement, en adoptant une véritable stratégie organisationnelle, qui offre des outils de travail en français et valorise le travail linguistique de leur personnel.
Derrek Bentley affirme que la solution passe aussi par la création de passerelles vers le marché afin d'encourager les individus et les employeurs à offrir des services en français dans tous les secteurs.
Le secteur public et le bilinguisme
Le gouvernement du Manitoba affirme déployer des efforts à l'interne en matière de bilinguisme.
En 2024-2025, la province comptait 668 employés qui s'identifiaient comme étant bilingues, soit 5 % de l'ensemble de ses effectifs, indique un porte-parole du gouvernement provincial.
En plus de financer l'apprentissage du français pour quelque 300 fonctionnaires, la province indique que, depuis mars 2026, les employés provinciaux occupant des postes désignés bilingues reçoivent une prime à chaque période de paie.
Des mesures incitatives sont importantes, reconnaît André Brin du WTC Winnipeg. Il souligne toutefois que, par manque de moyens, cette voie est difficile pour les PME et les organismes à but non lucratif.
Le gouvernement manitobain prévoit 138 400 postes (nouvelle fenêtre) à pourvoir entre 2025 et 2029.
Les gouvernements fédéral et provincial ont récemment multiplié les investissements, dont plus de 1,3 million (nouvelle fenêtre) $ pour renforcer les capacités des employeurs et faciliter l’intégration des nouveaux arrivants francophones.


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