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Une stratégie a été adoptée à l'unanimité, lundi au conseil municipal de Dieppe, afin de favoriser un environnement propice à la vitalité du français dans la communauté.
Cette stratégie survient en réponse au fait que le nombre de résidents qui ont le français comme langue maternelle est en diminution, selon les données de Statistique Canada.
La francophonie dans la ville de Dieppe
| Résidents ayant le français comme langue maternelle | 77 % | 68 % |
| Population ayant le français et l'anglais comme langues maternelles | 1,4 % | 3,5 % |
| Population connaissant le français | 86 % | 77 % |
Le déclin du français s’est accéléré au cours des cinq dernières années alors qu’entre cinq et six mille personnes ont emménagé dans la municipalité.
À mesure que la ville grandit, il y a des gens qui viennent de l'extérieur, notamment beaucoup d’unilingues anglophones qui viennent prendre leur retraite dans les provinces atlantiques. C’est un grand changement dans notre communauté, reconnaît Yvon Lapierre, maire de Dieppe.
Le service en français
Dieppe est reconnue comme une ville francophone. Mais plusieurs résidents constatent qu'ils peinent parfois à obtenir des services en français. C'est notamment le constat que fait Marie-Claire Bujold, résidente de Dieppe.
La majorité du temps, on est servis en français, mais, dans certains commerces, on est servis juste en anglais. On ne devrait pas, à chaque fois, demander pour être servis en français, déplore-t-elle.
Ce n’est vraiment pas gagné, le français par ici. Il faut souvent se battre pour se faire servir en français. Souvent, ils nous disent qu’il n'y a pas d’employés francophones, poursuit Bernice Boudreau, elle aussi résidente de Dieppe.

Abdel Anjorin, résident de Dieppe
Photo : Radio-Canada / Babatundé Lawani
Il est dit que le français est prioritaire, mais, franchement, il y a des endroits où tu es obligé de parler l’anglais, sinon on ne te comprend pas ou tu ne te fais pas servir comme tu veux, renchérit Abdel Anjorin.
Des pistes de solution
La Ville travaille à l'élaboration d’un plan d’action pour permettre le déploiement de cette stratégie sur une période de cinq ans.
Plusieurs pistes de solution ont été évoquées à la réunion du conseil municipal de lundi, notamment : la nécessité d’avoir plus d’écoles francophones, une offre suffisante de travailleurs francophones pour occuper certains emplois dans les services et avoir plus de français dans les installations de la ville.

Yvon Lapierre, maire de Dieppe
Photo : Radio-Canada / Babatundé Lawani
On sait que nos écoles sont pleines, mais on a besoin de mettre plus de pression encore sur le gouvernement provincial. Aussi, tous les restaurateurs se plaignent de ne pas pouvoir avoir des employés francophones. On espère créer un changement avec les employeurs, souligne Yvon Lapierre.
Tout le monde a besoin de faire sa part et nous, la Ville de Dieppe, on va faire la nôtre, ajoute Marc Melanson, directeur général de la Ville de Dieppe.
Inclusion, le maître mot
Cette stratégie est adoptée pour contrer le recul du français dans la municipalité, mais elle n'est pas pour exclure les gens qui ne parlent pas français, précise Marc Melanson.
Si on ne fait rien, on risque de perdre le français.
Selon lui, plusieurs résidents non francophones ont manifesté leur désir d’apprendre le français, mais déplorent qu'il ne leur est pas possible de le faire.
Cette stratégie vise donc aussi à soutenir cette volonté, sans enlever à la Ville l’obligation d'offrir les services dans les deux langues officielles, ajoute le directeur général de la Ville de Dieppe, Marc Melanson.
De son côté, Mathieu Wade, professeur de sociologie à l'Université de Moncton, voit d’un bon œil cette stratégie, mais note que cette ambition risque d'être freinée par certaines décisions de différents paliers gouvernementaux.

Mathieu Wade est professeur au département de sociologie et de criminologie à l'Université de Moncton.
Photo : Radio-Canada / Babatundé Lawani
Il y a par exemple la création d’une école intermédiaire secondaire anglophone et une demande pour la création d’une nouvelle école anglophone. Tout cela va attirer les anglophones qui se diront qu’il y a une école dans notre langue dans la communauté, affirme-t-il.
C’est un jeu dangereux de la province qui risque à moyen terme d’entraîner l'érosion du français.
Sans toutefois nier le droit de la communauté anglophone d'avoir une éducation, le professeur invite le gouvernement à se doter de stratégies, et insiste notamment sur l'importance d’avoir des écoles d’immersion dans une communauté acadienne comme Dieppe.
Là, on devient vraiment une communauté où on inclut et intègre les gens, conclut Mathieu Wade.
Appui de la SANB
Nicole Arseneau Sluyter, présidente de la SANB, applaudit cette démarche de la Ville de Dieppe.
C'est vraiment important pour une ville comme Dieppe, francophone, d'acquérir de nouvelles politiques, de travailler ensemble pour être certain de protéger et d’améliorer les services en français, considère-t-elle.

Nicole Arseneau-Sluyter, présidente de la Société de l'Acadie du Nouveau-Brunswick. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Chaque personne qui décide de parler français fait partie de notre grande famille de l’Acadie qui change constamment.
La stratégie sur la vitalité du français à Dieppe sera revue tous les ans.


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