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Le gouvernement Carney a annoncé la création d’un fonds souverain, assorti d’un financement de départ de 25 milliards de dollars sur trois ans. Il souhaiterait aussi voir les Canadiens y contribuer directement pour financer de grands projets au pays, une particularité plutôt inusitée. Peut-on vraiment parler d’un fonds souverain ? Le Devoir fait le point.
Qu’est-ce qu’un fonds souverain ?
« C’est un fonds de placement qui est contrôlé et détenu par un gouvernement ou une entité gouvernementale », explique Patrick Leblond, professeur à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa. Le Fonds pour un Canada fort sera géré par une société d’État indépendante.
Souvent, ces fonds investissent les surplus de revenus engendrés par l’exploitation des ressources naturelles dans des produits financiers (actions, obligations, etc.) ou des actifs immobiliers. Ces fonds visent à générer des rendements à long terme grâce à un portefeuille diversifié et visent un niveau de risque « moyen », poursuit-il.
Certains fonds souverains investissent en grande partie à l’étranger afin de ne pas surstimuler l’économie locale et alimenter l’inflation. D’autres fonds visent plutôt à diversifier l’économie pour la rendre moins dépendante d’une industrie (le secteur pétrolier, par exemple).
Où trouve-t-on ce genre de fonds ?
Le cas de la Norvège a fait école. Son fonds souverain utilise les revenus de l’exploitation des énergies fossiles pour investir dans des actions et des obligations d’entreprises privées et de gouvernements étrangers. Alimenté depuis 1996, le fonds dépasse aujourd’hui les 3000 milliards de dollars canadiens.
Les pays du golfe Persique, dont l’économie repose sur le pétrole, ont aussi mis de côté des cagnottes imposantes. Ensemble, les fonds souverains des Émirats arabes unis, de l’Arabie saoudite, du Qatar et du Koweït dépassent les 7500 milliards, selon l’organisation Global SWF.
Au pays, l’Alberta a son Fonds du patrimoine depuis 1976. Sa valeur était de 31,9 milliards à la fin 2025. Au fil des ans, les gouvernements de la province n’ont pas tous fait preuve de la même discipline en matière de contribution, et certains ont pigé dans le pactole pour financer leurs dépenses.
D’ailleurs, « il y en a qui disent, par exemple, que La Caisse est un fonds souverain d’investissement. Parce que, justement, ça appartient à l’État », ajoute M. Leblond.
Le Fonds pour un Canada fort sera-t-il vraiment un fonds souverain ?
On ne connaît pas tous les détails entourant le fonds dit souverain présenté par Ottawa lundi, mais il devrait différer des fonds souverains existants à plusieurs égards. « L’idée, c’est d’investir à l’interne, ce n’est pas d’investir des surplus de revenus qui sont générés par des ressources naturelles, par exemple », note M. Leblond.
Le gouvernement Carney souhaite que les Canadiens investissent directement dans le fonds pour en retirer un rendement « comparable à ceux du marché », le « tout en sachant que leur capital initial est protégé ». Au lieu d’investir à l’étranger à des fins de diversification, le fonds servira à financer de grands projets au Canada.
Le fonds canadien sera donc bien différent des fonds souverains qui utilisent les revenus excédentaires des exportations de pétrole pour investir en grande partie à l’étranger, souligne Tyler Chamberlain, professeur à l’École de gestion Telfer. Selon lui, parler d’un fonds souverain, « c’est du marketing » avant tout.
Est-ce que c’est nécessaire ?
Il existe déjà des institutions qui peuvent financier les grands projets canadiens, comme la Banque de l’infrastructure du Canada et le Régime de pensions du Canada, note M. Chamberlain. Sans compter que les Canadiens profitent déjà des bénéfices de grands projets par l’entremise de l’impôt des sociétés.
La nature des investissements sera primordiale pour évaluer la pertinence du fonds, confirment les deux experts. Pour être utile, il devra être complémentaire au secteur privé et non tenter de s’y substituer.
Le secteur privé pourrait être frileux à l’idée de financer seul de grands projets très coûteux dont la construction prendra des années et dont les rendements sont incertains, explique Patrick Leblond. « C’est là où ce fonds, avec les autres instruments [en place], peut être utile. »


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