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Le financement public du pipeline albertain ne passe pas chez l’opposition

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Alors qu’il répétait que tout pipeline albertain devrait être financé exclusivement par le secteur privé, Mark Carney a finalement fait volte-face en acceptant l’injection de fonds publics. Un revirement qui ne passe pas auprès des partis d’opposition.

« C’est une grande victoire de la part des pétrolières et de l’Alberta, qui ont fait plier le gouvernement. Il trahit lui-même sa parole devant les électeurs, à qui il avait promis qu’il n’allait pas financer un nouveau projet de pipeline », dénonce le porte-parole du Bloc québécois en matière d’Environnement, Patrick Bonin, au bout du fil avec Le Devoir.

De passage à Calgary, jeudi soir, le premier ministre canadien a annoncé que le fédéral prendrait en charge une partie des coûts d’un nouvel oléoduc menant vers la côte sud de la Colombie-Britannique.

Ce n’était pourtant pas le plan présenté au départ. Le protocole d’entente entre le fédéral et le gouvernement albertain, signé l’automne dernier, prévoyait « la construction d’un ou plusieurs oléoducs financés et construits par le secteur privé ».

Mark Carney soutient désormais que ce partenariat public-privé est nécessaire pour offrir « la certitude de pouvoir se développer » aux entreprises privées.

Ni Mark Carney ni la première ministre albertaine Danielle Smith n’ont voulu préciser le montant des fonds publics qui seraient investis dans le projet. Selon la proposition soumise par le gouvernement albertain au Bureau des grands projets, le coût du projet serait compris entre 35 et 43 milliards de dollars.

Le député bloquiste Patrick Bonin prévient toutefois que le coût réel risque d’être bien plus élevé. Il rappelle que celui du projet d’expansion de l’oléoduc Trans Mountain a largement dépassé les estimations initiales, passant de 4,5 milliards de dollars lors de son rachat par Ottawa en 2018 à plus de 30 milliards de dollars quelques années plus tard.

Le chef parlementaire du Nouveau Parti démocratique (NPD), Don Davies, dénonce un « virage à 180 degrés » de la part du premier ministre sur le financement du projet. « À mon avis, on n’a pas fait la preuve qu’un second pipeline est justifié », souligne-t-il en entretien téléphonique au Devoir.

Le Parti conservateur a indiqué qu’aucun de ses députés n’était disponible pour une entrevue visant à clarifier sa position sur le financement public du projet.

Un tracé sud qui divise

Le chef conservateur, Pierre Poilievre, va sans surprise dans le sens inverse des autres partis d’opposition. Jeudi, il a qualifié de « ridicule » le maintien de l’interdiction des pétroliers au nord de la Colombie-Britannique. C’est précisément cette restriction qui a poussé l’Alberta et Ottawa à privilégier un tracé vers le sud.

Bien que cette route soit moins controversée sur le plan politique, le Bloc québécois et le NPD estiment qu’elle ne constitue pas une meilleure solution pour autant. « Les risques environnementaux sont tout aussi importants pour la côte sud », rappelle Patrick Bonin, soulignant que les populations et les écosystèmes marins seraient tout autant exposés aux risques de déversements.

Le projet d’oléoduc vise également à apaiser les tensions séparatistes en Alberta, où les électeurs se prononceront en octobre sur la tenue d’un référendum sur la sécession du Canada. Le député néodémocrate Don Davies juge toutefois qu’un projet aux implications environnementales aussi lourdes ne devrait pas être piloté à des fins purement politiques.

L’ire des partis d’opposition ne suffira pas à faire dérailler les plans de Mark Carney, dont le gouvernement jouit d’une majorité parlementaire depuis ce printemps. L’Alberta a officiellement soumis sa proposition au Bureau des grands projets, et le gouvernement s’est engagé à le définir comme projet d’intérêt national d’ici octobre.

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