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Le Festival du Livre 2026 s’ouvre en grande pompe à Paris, mais non sans agitation

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Culture 16/04/2026 18:30 Actualisé le 17/04/2026 08:53

Crise avec Amazon, présence limitée du groupe Hachette… Alors que la billetterie affiche quasi-complet, le salon international dédié à la littérature s’est heurté à un début d’année des plus compliqués.

Le Festival du Livre, ici lors de son édition 2025, s’ouvre au Grand Palais, à Paris.

XAVIER GALIANA / AFP

Le Festival du Livre, ici lors de son édition 2025, s’ouvre au Grand Palais, à Paris.

EN BREF Le Festival du Livre de Paris 2026 ouvre au Grand Palais du 17 au 19 avril, dans une atmosphère tendue.
En cause notamment, l’absence de grosses maisons du groupe Hachette, alors que plus d’une centaine d’auteurs ont annoncé quitter Grasset suite au licenciement de son patron.
Le festival a également perdu un lourd financement avec le départ d’Amazon suite à la contestation des libraires indépendants.

Laurent Mauvignier, Raphaël Quenard, mais aussi Vanessa Springora et Fatima Daas… Entre ce vendredi 17 et dimanche 19 avril, le gratin des librairies donne rendez-vous aux lecteurs au Grand Palais à l’occasion du Festival du Livre de Paris, qui pour son édition 2026 a fait le choix d’une autre invitée d’honneur d’actualité : la BD.

La décision a été prise dans la foulée de l’annulation du Festival d’Angoulême, en décembre, « en soutien aux auteurs et aux éditeurs de ce genre », comme l’a annoncé à la presse le patron des festivités, Pierre-Yves Bérenguer. L’idée ? « Rebondir sur le fait d’écrire un voyage (le thème de cette édition, ndlr) plus appuyé avec plusieurs invités spéciaux ».

Rebondir à quoi ? La défection de l’invitée initiale, la Corée du Sud. Sans donner plus de détails, celle-ci a décliné en fin d’année la proposition, sorte de statut à part permettant notamment plusieurs avantages en visibilité pour la manifestation parisienne, dont un ticket d’entrée multiplié par dix.

Un mauvais coup du sort, mais pas une raison de baisser les bras. « Nous allons produire de très belles expositions avec des planches originales. Il y aura sans doute deux expositions : voyage intérieur et extérieur, et la romance à l’intérieur de l’histoire de l’art du neuvième art », s’est emballé l’organisateur dans les colonnes du Figaro.

C’était sans compter sur la suite des événements. Le premier dans la liste : l’annonce médiatisée du retrait d’une partie des maisons d’édition du groupe Hachette, en janvier. Fayard, JC Lattès et Stock ne tiendront pas de stand, cette année. Grasset, non plus. La nouvelle avait été donnée bien avant le licenciement polémique d’Olivier Nora.

À quelques jours de l’ouverture du salon, plus d’une centaine d’auteurs (dont BHL, Virginie Despentes et Frédéric Beigbeder) ont claqué la porte de l’illustre maison pour alerter sur le limogeage de son PDG, nouvelle initiative de Vincent Bolloré, selon eux, dans une « guerre idéologique visant à imposer l’autoritarisme partout dans la culture et les médias ».

« Trop de rumeurs infondées »

Son ombre plane-t-elle, ici aussi ? « Trop de rumeurs infondées circulent », répond Pierre-Yves Bérenguer à Livres Hebdo. Quatre autres maisons dans le giron du milliardaire ont, elles, répondu à l’appel : Le Livre de Poche, Calmann-Lévy, BMR et Audiolib. Cette réduction serait en réalité liée au développement d’un événement d’ampleur pour les 200 ans à venir du groupe.

« Ce sont des investissements non négligeables, qu’il est difficile chaque année de rentabiliser, même si les éditions sont formidablement organisées et qu’il y a de l’affluence », reconnaît pour sa part la directrice de JC Lattès, Véronique Cardi, au Figaro.

Si sa décision, comme celle de ses confrères, ne concerne pour le moment que 2026, il est difficile de ne pas se souvenir du sort réservé aux équipes de Fayard, lors de la précédente édition. Des manifestants étaient venus leur jeter des peluches ensanglantées pour protester contre l’ancrage à droite de l’éditeur de Bardella, de Villiers et Sarkozy.

Plus récemment encore, le Festival du Livre a perdu son principal sponsor, le terrible Amazon. Piqûre de rappel : le géant de l’e-commerce est accusé par les libraires indépendants de concurrence déloyale en raison (notamment) du potentiel détournement des 3 euros minimums de frais de livraison des livres, par le biais de ses casiers.

Amazon se retire

Dans un contexte de baisse des ventes accrues en 2025, le Syndicat de la librairie française a décidé en mars se retirer de l’événement pour dénoncer le partenariat. « Amazon n’est pas un ami du livre », a déclaré dans un communiqué l’organisation, selon qui « il constitue, par sa puissance et ses visées prédatrices et hégémoniques, un risque majeur » pour le secteur.

L’organisme, qui regroupe près de 850 librairies en France, ne s’est pas arrêté là, et a incité « tous les libraires, professionnels du livre et lecteurs sensibles à la préservation du livre et de son économie à en faire de même ». Comme chaque année, les centaines de maisons d’édition confient aux libraires de leur choix la tenue de leur stand pendant les trois jours.

« Mauvais procès », pour reprendre les mots du Syndicat de l’édition (dont l’une des filières est responsable de l’organisation du festival) chez nos confrères d’Actualitté, la décision n’est pas sans avoir surpris Pierre-Yves Bérenguer, le SLF n’étant « pas partie prenante » de la manifestation, apprend-on chez Télérama.

Il n’empêche. L’effet d’annonce a vite été suivi de conséquences. Muet depuis le début de la polémique, Amazon a choisi dans la foulée de se retirer à son tour « pour éviter de contribuer à cette polémique absurde », d’après un porte-parole dans une déclaration transmise à l’AFP. Nouveau coup dur. L’arrêt du partenariat est acté.

800 000 euros de perte

Comment désormais garantir le bon déroulement des festivités, l’accueil des 120 000 visiteurs attendus et des 450 exposants ? « Le festival en a payé le prix financier, concède son directeur, toujours chez Livres Hebdo. Ce que je veux éviter à tout prix, c’est que nous devenions un dommage collatéral des luttes partisanes de l’interprofession. »

En l’espace de ces sept mois de crise, ils ont perdu 800 000 euros de ressource, sur un budget global de cinq millions d’euros. « C’est le coût d’exploitation du Grand Palais », ajoute Pierre-Yves Bérenguer, qui assure aujourd’hui être presque à l’équilibre grâce aux nouveaux partenariats privés et la billetterie, qui affichait quasi complète pour le week-end une semaine plus tôt.

Histoire close ? Pas vraiment. Si l’agitation est révélatrice des tensions qui divisent le monde du livre, l’enquête d’Actualitté parle, elle, de relations houleuses au sein de l’organisation. En cause, des échanges difficiles, notamment pour les petites maisons en mal de considération, d’après le média spécialisé. En ce « Jour J », le ciel est gris au-dessus du Grand Palais.

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