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Culture 23/05/2026 23:24 Actualisé le 23/05/2026 23:26
La guerre au Liban, à Gaza, en Ukraine et les dérives autoritaires étaient sur toutes les lèvres à la cérémonie de clôture. De Virginie Efira à Andreï Zviaguintsev, les artistes ont appelé à résister.
Derrière le glamour et les paillettes, il flottait un air de résistance sur La Croisette ce samedi 23 mai. La 79e édition du Festival de Cannes s’est terminée avec sa traditionnelle cérémonie de clôture, pendant laquelle Cristian Mungiu a reçu la Palme d’or pour Fjord. Le réalisateur roumain a rappelé que « l’état du monde n’est pas le meilleur », appelant à plus de « tolérance, d’inclusion et d’empathie ».
Avant lui, plusieurs personnalités du cinéma, sur scène pour remettre ou recevoir une statuette, ont aussi évoqué l’actualité. Mais les discours ne se sont pas contentés de s’alarmer de la situation internationale : les artistes ont appelé à agir, résister, dénoncer. L’heure et demie de cérémonie, diffusée en direct sur France 2, était, une fois n’est pas coutume, très engagée.
« Dans un monde devenu plus violent, plus autoritaire […] ce festival vise plus haut. Il se présente comme un forum et un lieu d’inspiration, de célébration et de résistance unie », a clamé Tilda Swinton avant de présente la Palme d’or. En français, l’actrice américaine a lancé : « Vive la différence, vive le cinéma, vive la race humaine ».
L’art comme arme de résistance
Zoe Saldaña, qui présentait le Grand Prix, s’est réjoui que les artistes continuent, parfois contre toute attente, à créer, résister et inventer de nouvelles façons de témoigner du monde. « C’est à nous de préserver cela, de faire de notre art un refuge et un lieu de résistance », a-t-elle ajouté.
En recevant son prix d’interprétation féminine, Virginie Efira a admis que lors des discours, « on a parlé de choses difficiles ». Mais elle estime qu’il faut du courage pour réussir à penser ces deux choses contradictoires en même temps : que « la situation est, certes, désespérée, mais ne pas renoncer à la changer ».
Le réalisateur polonais Paweł Pawlikowski, sacré du prix de la mise en scène, a appelé à avoir le courage de résister « à la pression des pairs, aux algorithmes ». « Nous vivons dans un monde dans lequel de plus en plus de gens sont fermement convaincus qu’ils sont du bon côté et c’est absolument effrayant. Il faut que le cinéma résiste à cette tendance, le cinéma doit montrer que les choses ne sont pas aussi simples et manichéennes », a-t-il affirmé.

SAMEER AL-DOUMY / AFP
Lors de la cérémonie de clôture du Festival de Cannes 2026, les discours engagés se sont enchaînés.
Les guerres d’Israël sur toutes les lèvres
Dans les pays en guerre, le cinéma est une arme de résistance d’autant plus importante. Venue présenter le prix du scénario, la réalisatrice et scénariste libanaise Nadine Labaki a dit ne pas pouvoir s’empêcher de penser à son pays, le Liban, qui « semble condamné à vivre les pires scénarios » mais qui « continue obstinément à créer, à écrire, à chanter, à filmer, à aimer la vie, comme si l’art est devenu notre ultime acte de résistance ».
Avec son mari Khaled Mouzanar, membre du jury Un certain regard, ils se sont interrogés avant d’accepter l’invitation du festival de Cannes : « Est-ce qu’il est sage de quitter ses enfants et le Liban alors que notre pays traverse une guerre dévastatrice ? A-t-on le droit de célébrer la vie alors que la mort nous entoure ? ».
Autre pays dévasté par la guerre meurtrière menée par Israël, la Palestine n’a pas non plus été oubliée pendant la cérémonie de clôture. Avant de présenter le prix de la mise en scène, Xavier Dolan a lu un extrait de Sur cette terre, du poète palestinien Mahmoud Darwich. L’annonce de sa nationalité a déclenché une salve d’applaudissements spontanée dans la salle.
Message pour Vladimir Poutine
Si les noms de Donald Trump, Benjamin Nentayahu ou encore Vladimir Poutine n’ont pas directement été cités, certains discours y faisaient référence sans trop de doute. Emmanuel Marre, prix du scénario pour Notre Salut, a dénoncé « ces gens qui jouent aux petits chefs, aux patrons ou aux chefs de famille, et aujourd’hui quand ils sont chef d’un État ou d’une entreprise, ils excluent, ils bombardent et ils génocident ».
Après avoir reçu le Grand prix pour Minotaure, le réalisateur russe Andreï Zviaguintsev a adressé un message à Vladimir Poutine : « Il n’utilise pas de VPN pour suivre cette cérémonie en direct mais je suis certain qu’il a d’autres décisions à prendre bien plus importantes en ce moment », a-t-il ironisé, avant son plaidoyer pour la fin de la guerre en Ukraine.
« Des millions de gens de part et d’autre de la ligne de contact ne rêvent que d’une chose : que les massacres cessent enfin. Et la seule personne qui puisse mettre fin à cette boucherie et le président de la Fédération de Russie. Mettez fin à ce carnage, le monde entier attend cela », a demandé Andreï Zviaguintsev.
Avec ou sans VPN, pas sûr que Vladimir Poutine ne lui réponde. Mais le monde du cinéma, lui, l’a bien entendu. De son affiche à sa cérémonie de clôture, en passant par les conférences de presse parfois brûlantes, le Festival de Cannes 2026 aura décidément été une édition très politique.


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