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Le double risque que prend Emmanuel Macron avec cette proposition pour la Banque de France

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Le chef de l’État entend nommer Emmanuel Moulin, son ex-secrétaire général de l’Élysée, à la tête de la Banque de France. Non sans prêter le flanc aux critiques en copinage.

Emmanuel Macron et Emmanuel Moulin en juillet 2025 à l’Élysée.

LUDOVIC MARIN / AFP

Emmanuel Macron et Emmanuel Moulin en juillet 2025 à l’Élysée.

Nouvelle étape dans l’opération recasage ? Après avoir envoyé Richard Ferrand à la présidence du Conseil constitutionnel et Amélie de Montchalin à celle de la Cour des comptes, voici que le président de la République entend propulser Emmanuel Moulin à la tête de la Banque de France.

Pas complètement illogique vu le parcours de son ancien secrétaire général de l’Élysée, qui a notamment dirigé la Banque mondiale à New York, puis le Trésor, et qui a ensuite accompagné Bruno Le Maire à Bercy. Mais en soumettant ce nom, mardi 5 mai, Emmanuel Macron prend le risque de voir réactiver le procès en copinage et en verrouillage des institutions, à un an de son départ de l’Élysée.

« La Banque de France est une institution dont l’un des piliers principaux est l’indépendance. Le parcours récent d’Emmanuel Moulin garantit presque l’inverse, à savoir une dépendance au pouvoir exécutif actuel et des risques évidents en termes de neutralité », dénonce Éric Coquerel, le président LFI de la commission des Finances de l’Assemblée. Selon lui, « une politisation excessive » de l’institution « porterait un coup extrêmement dur à la fiabilité de la statistique publique ». De fait, jusque-là, les gouverneurs étaient plutôt des hauts fonctionnaires dépourvus d’attache partisane.

« La valse des copains continue », regrette aussi François Ruffin, candidat à l’élection présidentielle sous la bannière de son petit parti, Debout. Pour l’ancien reporter, « notre pays a besoin de dirigeants courageux et compétents, pas de courtisans ». Une critique également formulée à l’extrême droite, où le député RN Jean-Philippe Tanguy estime que le chef de l’État « veut verrouiller la Banque de France avec son âme damnée, Emmanuel Moulin ». « Ce triste sire est responsable du naufrage budgétaire avec une erreur de 60 milliards d’euros en 2023 », ajoute le bras droit de Marine Le Pen.

Le risque d’un désaveu au Parlement

Même l’actuel gouverneur de l’institution a cru bon d’adresser un message plein de sous-entendus à son successeur présumé. « Je lui dirais d’être évidemment très, très sensible à l’indépendance », a ainsi expliqué François Villeroy de Galhau sur BFMTV lundi. Ajoutant : « La Banque de France regarde les faits et essaie d’apporter un constat avec lucidité. Nous ne roulons pour personne ».

Autre risque que prend Emmanuel Macron en poussant la candidature de son protégé, celui-là plus tangible : être désavoué par le Parlement. Car la Constitution prévoit que la candidature d’Emmanuel Moulin doit être examinée par la commission des Finances de l’Assemblée, puis par celle du Sénat. Députés et sénateurs ont donc le pouvoir de bloquer son aventure en exerçant leur droit de veto à une majorité des trois cinquièmes.

« Le Parlement doit bloquer cette nomination », juge Jean-Philippe Tanguy. « Je voterai contre », annonce aussi Éric Coquerel, qui espère que ses collègues feront majoritairement « obstacle » à un homme qui a commencé sa carrière politique auprès de Nicolas Sarkozy et de Christine Lagarde. La séance a lieu le mercredi 20 mai dans la matinée. En revanche, si sa candidature est validée, Emmanuel Moulin pourra rester en poste sur toute la durée du prochain quinquennat, à savoir jusqu’en juin 2032.

Conscient des embûches qui attendent son candidat (Richard Ferrand avait été validé à une voix près pour le Conseil constitutionnel), le président de la République aurait scellé un accord avec le Sénat, selon Les Échos. L’idée : échanger le vote positif de la Haute assemblée (dominée par la droite et le centre), contre la nomination prochaine du sénateur LR François-Noël Buffet comme Défenseur des droits.

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