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Le directeur général de la Ville de Belle-Baie, dans le nord du Nouveau-Brunswick, poursuit une résidente en diffamation pour des commentaires publiés sur Facebook l’automne dernier. Il l’accuse d’avoir lancé une « campagne de dénigrement » et demande entre autres une compensation financière.
Le 2 septembre 2025, cette municipalité de la région Chaleur a publié une vidéo afin de dénoncer les insultes, les menaces et les propos intimidants reçus par des membres de son personnel.
On y voit des employés lire des propos particulièrement vulgaires qui leur auraient été criés dans la rue ou envoyés sur les réseaux sociaux. À la toute fin, on voit le directeur général de Belle-Baie, Paolo Fongemie, lancer un message à la population.

Cette image est tirée de la vidéo de Belle-Baie, dans laquelle la Municipalité dénonce les propos injurieux envers ses employés.
Photo : Facebook/Paolo Fongemie
Une municipalité, c’est pas juste de la brique, du mortier et de l’asphalte. C’est des humains. Ce sont nos employés et ils méritent de travailler dans un environnement qui est respectueux. Alors, les propos d’incivilité; ça cesse maintenant, dit-il d’un air sévère et avec les bras croisés.
Cette vidéo a été visionnée 109 000 fois et partagée par des centaines de personnes. Mais elle n’a pas plu à tout le monde. Certains, comme Claudine Roy, n’ont pas apprécié le ton de Paolo Fongemie et ne se sont pas gênés pour le faire savoir.
Cette coiffeuse du secteur Petit-Rocher a publié des commentaires sur sa propre page Facebook dans lesquels elle a demandé la démission du directeur général de la municipalité et allégué qu’il avait été mis à la porte par la Ville de Bathurst – où il a été maire de 2016 à 2020 – avant de venir travailler à Belle-Baie.
Paolo Fongemie lui a d'abord envoyé une mise en demeure. Le 28 octobre 2025, il est passé à la vitesse supérieure et a intenté une poursuite en diffamation contre elle en Cour du Banc du Roi à Bathurst.
Des propos « dans le but de dénigrer et de mépriser »
Dans son avis de poursuite, Paolo Fongemie allègue que Claudine Roy a porté atteinte à sa réputation en faisant ces allégations sur son parcours professionnel. Il précise qu’il a quitté ses fonctions volontairement à la Ville de Bathurst.

Paolo Fongemie a déposé son avis de poursuite en Cour du Banc du Roi à Bathurst. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue
Il accuse Claudine Roy d’avoir laissé entendre que Belle-Baie a retenu les services d’un incompétent ou d’une personne inapte à remplir ses fonctions.
Cette affirmation est fausse et a été faite par la défenderesse dans le but de dénigrer et de mépriser le demandeur dans l’opinion publique, lit-on dans le document.
Paolo Fongemie allègue que ces publications ont eu des conséquences sur sa santé physique et mentale. Elles auraient aussi profondément bouleversé sa famille immédiate et ses parents.
Il demande au tribunal d’ordonner à Claudine Roy de s’abstenir de tenir des propos diffamatoires à son égard et d’alléguer à nouveau qu’il a été mis à la porte par la Ville de Bathurst. Il réclame aussi des excuses publiques et des dommages et intérêts.
Paolo Fongemie et son avocat, Basile Chiasson, ont décliné notre demande d’entrevue.
« J'ai été bouleversée »
Dans son exposé de la défense, déposé le 1er décembre 2025, Claudine Roy reconnaît avoir publié des commentaires publics sur Facebook. Mais elle nie catégoriquement avoir voulu diffamer Paolo Fongemie.
Elle argumente qu’elle a simplement exprimé une opinion personnelle dans un contexte de débat public et qu’elle n’a pas présenté ses allégations comme des faits vérifiés. Elle affirme qu’elle n’a pas été la seule à exprimer du mécontentement et que le climat de tensions existait déjà.

Claudine Roy est coiffeuse dans le secteur de Petit-Rocher, dans la Ville de Belle-Baie. Elle est poursuivie en diffamation par le directeur général de la Municipalité, Paolo Fongemie.
Photo : Radio-Canada / Capture d'écran: Zoom
Claudine Roy note – captures d’écran à l’appui – que Paolo Fongemie a lui-même tenu des propos à caractère méprisant à l’endroit de citoyens, ce qui a contribué à l’amplification de la controverse.
Elle invoque notamment la liberté d’expression garantie par la Charte canadienne des droits et libertés et avance que le public a le droit de critiquer les administrateurs municipaux. Elle demande au tribunal de rejeter la demande.
En entrevue avec Radio-Canada Acadie, elle raconte qu’elle a été prise de court par le dépôt de cette poursuite civile.
J’ai été bouleversée. J’aurais cru qu’on aurait pu discuter, que j’aurais pu m’expliquer. Et lui aussi. Ensemble. C’est ça, j’ai été surprise, dit-elle.

Belle-Baie se trouve dans la région Chaleur. Elle regroupe les anciennes municipalités de Pointe-Verte, Petit-Rocher, Nigadoo et Beresford (ainsi que d'anciens districts de services locaux).
Photo : Radio-Canada / Charles-Étienne Drouin
Claudine Roy rappelle le contexte dans lequel elle a critiqué Paolo Fongemie.
À l’époque, elle était mécontente de certaines conséquences de la fusion des municipalités de Petit-Rocher, de Nigadoo, de Pointe-Verte, de Beresford et de districts de services locaux avoisinants pour créer la nouvelle ville de Belle-Baie.
Le ton de Paolo Fongemie dans la vidéo publiée le 2 septembre 2025 et ses propos sur Facebook en réponse à certaines critiques ont fait déborder le vase, selon elle.
Comme citoyens, nous avons le droit de demander une démission d’un élu ou d’une personnalité publique qui travaille pour nous, les citoyens [...] Ce n’était pas pour faire une attaque, c’était avec aucune intention malsaine envers lui, dit-elle.
La cause n'a pas encore été entendue par la Cour du Banc du Roi à Bathurst. De telles poursuites civiles peuvent durer des années, si elles ne sont pas réglées à l'amiable ou retirées avant la tenue d'un procès.


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