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Tribune
Evens Salies
Economiste
Le modèle chinois en matière de dépenses de recherche et développement repose notamment sur le poids de l’industrie manufacturière et sur la coordination par l’Etat des grandes orientations stratégiques, décrit l’économiste Evens Salies, dans une tribune au « Monde ».
Publié aujourd’hui à 10h00 Temps de Lecture 3 min.
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Avec plus de 1 000 milliards de dollars [860 milliards d’euros] dépensés en 2024, la Chine est devenue le premier pays au monde par l’ampleur de la recherche et développement (R&D) mesurée en parité de pouvoir d’achat (PPA). Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, un pays devance les Etats‑Unis. Ce basculement, à la portée symbolique forte, a été masqué par un tropisme nord-américain pour la recherche et l’innovation dans les débats. La présentation systématique, dans des rapports, de l’effort de R&D en points de produit intérieur brut plutôt qu’en volume (3,6 % aux Etats-Unis, contre 2,6 % en Chine en 2024) contribue à sous-estimer la performance chinoise.
Le dépassement est le produit d’une trajectoire longue, étroitement liée à la structure de l’économie chinoise et à la manière dont l’innovation y est organisée. Depuis 2020, les dépenses chinoises de R&D s’élevaient à environ 600 milliards de dollars avant de dépasser la barre des 1 000 milliards, quand, sur la même période, les Etats‑Unis ont progressé à un rythme plus modéré (de 730 milliards à 1 000 milliards). Entre 2020 et 2023, la hausse du nombre de chercheurs américains (en équivalent temps plein) est, elle aussi, moins dynamique : + 13,3 %, contre + 30,5 % pour la Chine.
La première explication réside dans le poids de l’industrie manufacturière qui est, par nature, fortement consommatrice de R&D. La Chine demeure la première puissance industrielle mondiale, plus particulièrement dans les véhicules électriques et dans les produits numériques, avec des groupes tels que BYD, CATL, Huawei, Lenovo et Xiaomi. Innovation de procédés, ingénierie, science des matériaux et amélioration continue des produits mobilisent des efforts de recherche considérables, même s’ils relèvent davantage de l’innovation incrémentale que de la rupture scientifique spectaculaire.
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