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Blessing Dugbeh, le Sherbrookois qui a été incarcéré pour avoir commis plusieurs crimes sexuels sur des mineures alors qu’il se savait atteint du VIH, devra bientôt quitter le sol canadien. Alors qu’il purge actuellement les derniers mois de sa peine en liberté conditionnelle, celui-ci sera pris en charge par l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) de façon prioritaire afin qu’il s’envole vers la Côte d’Ivoire, son pays d’origine, dès la fin de sa sentence.
Sa plus récente peine de quatre ans et demi, prononcée en décembre 2021, doit se terminer le 21 juin prochain. S’étant vu retirer sa résidence permanente canadienne en raison de ses crimes, Dugbeh devra ainsi être renvoyé en Côte d’Ivoire, comme en témoigne son dossier de libération conditionnelle.
Pour son dossier d’immigration, Dugbeh est représenté par Me Emmanuel Kamonyo. Il n’a pas été possible de savoir si des recours sont envisagés pour surseoir son renvoi.
Entre 2016 et 2017, Dugbeh, qui a aujourd’hui 28 ans, a perpétré des agressions sexuelles graves mettant la vie de quatre mineures en danger alors qu’il se savait atteint du VIH. Dans ce dossier,il avait été condamné à cinq ans de prison, moins la détention provisoire, en décembre 2021. Avant cette peine, il avait aussi été reconnu coupable d’agression sexuelle en groupe sur une adolescente dans un autre dossier.
La porte-parole de l’ASFC, Karine Martel, confirme qu’afin de renvoyer le plus rapidement possible les personnes notamment liées à des causes criminelles, celle-ci entame les procédures avant même la fin d’une peine. Dès cette dernière purgée, et une fois que tous les recours juridiques pouvant retarder un renvoi sont épuisés, le gouvernement se montre ainsi prêt à exécuter les mesures de renvoi de manière imminente.
L'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a pour mandat de renvoyer les personnes interdites de territoire du Canada le plus rapidement possible, et elle accorde la priorité aux cas liés à la sécurité nationale, au crime organisé, aux crimes contre l'humanité et à la criminalité.
Le dossier de Dugbeh du côté des agents de l’immmigration demeure toutefois confidentiel. Impossible d’avoir un délai précis pour son expulsion, ni un portrait de sa collaboration potentielle ou non avec les autorités.
Magouille institutionnelle et sécurité augmentée
Dugbeh se retrouve en libération conditionnelle de manière ininterrompue depuis juin 2025. Celui-ci avait préalablement été libéré le 10 mai 2024 sous plusieurs conditions, dont une assignation à résidence dans un centre correctionnel communautaire. Il est cependant retourné derrière les barreaux en mars 2025, après s’être battu avec un autre résident du centre.
Depuis sa nouvelle libération, en plus de respecter certaines conditions comme de ne pas avoir de contacts avec ses victimes ou avec tout enfant, Dugbeh doit aussi maintenir un suivi psychologique.
Lors de sa dernière audience à la Commission des libérations conditionnelles, cette dernière a soulevé un comportement par moments problématique de la part de Dugbeh en prison. Le criminel a notamment dû être transféré dans un établissement à sécurité maximum en janvier 2023 après avoir été impliqué dans l’agression d’un codétenu. Une amélioration de son comportement a été notée par la suite, quelques mois avant sa libération.
Dans les quatre dernières années, celui-ci a également cumulé plusieurs rapports d’infraction à sa fiche disciplinaire, en plus d’un rapport de renseignements sécuritaires indiquant qu’il était impliqué dans la magouille institutionnelle .
Dugbeh a immigré au Canada en 2015 à l’âge de 18 ans.
L’interdiction de territoire expliquée
Qu’implique un renvoi du pays?
Hélène Mayrand, professeure à la faculté de droit à l'Université de Sherbrooke et experte en droit de l’immigration, explique qu’une personne ayant perdu son statut au Canada à la suite d’un verdict de culpabilité sur le plan criminel devient interdite de territoire.
L’idée, la logique dans la Loi, c’est que ces personnes, on les renvoie dès que possible. Il y a plusieurs outils à la disposition de l’Agence des services frontaliers du Canada pour effectuer ce type de renvoi, avance-t-elle.
L’individu pourrait par exemple décider de quitter par lui-même et convenir d’une date avec l’Agence, tout en assumant les coûts de transport. Dans le cas où il faudrait faire un renvoi forcé, faute de coopération de l’individu, l’ASFC a aussi le pouvoir d’agir.
L'agent va s'assurer de prendre la personne, de la mettre dans un avion et d’acheter lui-même le billet d’avion, explique la Pre Mayrand. Si la personne ne veut jamais revenir, c’est un coût pour le Canada. Mais si elle revient au Canada, elle devra rembourser le coût de ce renvoi-là. Et c'est beaucoup plus cher que de juste prendre soi-même un billet d'avion.
Plus le crime est grave, plus la personne va être interdite longtemps de venir au Canada. Ça peut être pendant cinq ans ou toute sa vie.
- Hélène Mayrand
Qu’est-ce qui peut retarder ou compliquer un renvoi?
Un personne ciblée par l’ASFC pourrait par exemple lui faire une demande de sursis de renvoi si elle risque, dans son pays d'origine, d’être soumise à de la torture ou de la persécution, répond Hélène Mayrand. Mais en matière criminelle, les possibilités de rester légalement au Canada sont quand même limitées. Plus le crime est grave, plus on va soupeser dans l’analyse du suris. Par exemple, dès que la situation se régularise dans le pays d'origine, ou dès qu'on a des assurances que la personne ne sera pas torturée, on va la renvoyer.
Il peut aussi arriver que le pays d’origine de l’individu donne du fil à retordre au gouvernement canadien, dont l'intention demeure toujours d’expulser le plus rapidement possible
Il faut que la personne ait ses papiers et documents de voyage. Il faut aussi une collaboration du pays d'origine, et c'est là où on voit parfois des enjeux. On avait une personne qui a commis des crimes au Canada, mais son pays d’origine, soit ne la reconnaissait pas, soit ne voulait pas coopérer avec le Canada pour qu’elle soit renvoyée. Et là aussi, ça peut créer des délais.
Que peut faire l’ASFC si elle craint la fuite d’un individu avant son renvoi?
Si on a peur par exemple, que cette personne se sauve, qu'elle disparaisse dans la nature, on va pouvoir la détenir en matière d'immigration jusqu'à temps qu'elle prenne l'avion, répond Hélène Mayrand.
Existe-t-il un moyen de revenir au pays légalement pour ces personnes?
Une personne peut faire face à trois types de sanctions en fonction du type et du niveau de gravité de crime commis.
L’interdiction de séjour, qui est réservée aux infractions mineures, ordonne de quitter en 30 jours et permet de revenir au Canada selon certaines conditions.
L’exclusion prévoit un départ imminent et un retour possible après un an.
L’expulsion prévoit quant à elle un départ imminent, et un retour au Canada uniquement avec un accord spécial des autorités, pour des situations particulières ou à la suite d’un accord de pardon.
Ça veut dire qu’à chaque fois qu’elle veut venir au Canada, la personne ne va pas juste demander des papiers ordinaires comme nous on fait quand on visite un autre pays, remarque Hélène Mayrand. Elle va avoir à dire pourquoi elle devrait venir et une décision discrétionnaire sera rendue. Il peut y avoir des cas particuliers pour des raisons humanitaires, par exemple pour le décès d’un proche.


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