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Le culotton, ce régionalisme expliqué

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Les mots et les expressions façonnent la langue dans chaque région. Nombreuses sont les expressions qui se perdent peu à peu, mais d'autres, comme le terme culotton, traversent les générations, et deviennent des régionalismes bien enracinés. Un expert en linguistique nous explique.

Si on recule au début du 20e siècle, le mot culotton se retrouve dans un glossaire publié à Saint-Denis de La Bouteillerie, indique d'emblée le professeur en linguistique à l'Université du Québec à Rimouski, Hugo Saint-Amant Lamy.

À cette époque, le terme culotton est déjà largement utilisé dans la région pour désigner les culottes — les pantalons — d'un jeune garçon. Bébés et bambins portent une robe jusqu'à l'âge de 3 ou 4 ans. Les garçons, de leur côté, commencent ensuite à porter le pantalon, un culotton, en l'occurrence.

Le terme peut même être employé pour désigner l'enfant qui commence à porter des pantalons.

Un extrait d'un dictionnaire des années 1908.

Extrait d'un glossaire de 1908

Photo : Le parler populaire des Canadiens français / Université Laval

Quelques décennies plus tard, au milieu du 20e siècle, la signification tend à changer. On retrouve alors, pour la première fois dans un dictionnaire, le mot culotton. Il fait référence à un habit de neige une pièce, spécifiquement porté par des enfants.

Dans les années 1970, le culotton prend sa forme contemporaine, peut-être parce que la mode a changé, avance M. Saint-Amant Lamy. L'habit une pièce n'est plus dans les tendances.

Ce serait une innovation locale. On ne la trouve pas vraiment ailleurs.

Des enfants habillés de vêtements d'hiver colorés.

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Culotton, bas de soute, pantalon de neige… Ce vêtement d’hiver porte toutes sortes d’appellations, selon les régions du Québec.

Photo : Radio-Canada

Pourquoi est-il passé dans l'usage courant? Le professeur en linguistique de l'Université du Québec à Rimouski est d'avis que le terme crée rapidement une image. On peut facilement comprendre la référence aux culottes. Comme saucisse, saucisson, ou corde, cordon. […] En plus, c'est vraiment élégant, ajoute-t-il.

Les Bas-Laurentiens s'en sont emparés et c'est devenu une espèce de signe de fierté, un symbole identitaire, soutient Hugo Saint-Amant Lamy.

Pourquoi autant de variations?

Le français québécois est somme toute relativement homogène, met de l'avant le professeur. Néanmoins, les variations régionales pourraient être classées selon deux zones. On note d'importantes différences entre l'est et l'ouest de la province, Trois-Rivières étant la frontière.

Dans l'est, le français parlé est issu de ce qui était parlé à Québec. Charlevoix et Saguenay–Lac-Saint-Jean forment un ensemble distinct. L'influence acadienne est particulièrement marquée du côté de la Baie-des-Chaleurs, de la Basse-Côte-Nord et des Îles-de-la-Madeleine.

Les vêtements sont les mots qui vont le plus varier de région en région, selon Hugo Saint-Amant Lamy. Probablement parce que ce sont des mots du quotidien par excellence, souligne-t-il.

Hugo Saint-Amant Lamy.

Les différents accents ainsi que les variations de langage employés aux quatre coins du Québec passionnent le professeur en linguistique Hugo Saint-Amant Lamy.

Photo : Radio-Canada / Pier-Olivier Busque

À l'époque, les régions étaient plus isolées. Comme on discute peu souvent de nos vêtements dans un contexte formel, comme à la radio ou à la télé, les mots employés n'ont pas subi d'influence extérieure. Les termes employés avec l'entourage sont ainsi passés à l'usage courant, de manière locale.

Ensuite, parce que la frontière entre les définitions de certains morceaux de vêtement est souvent floue. Il n'est pas rare qu'on mélange le chandail ou le gilet, par exemple. Ça fait en sorte qu'il peut y avoir des espèces de glissements de sens, explique le professeur de l'UQAR.

Avec les multiples modes de communication, l'éducation obligatoire et les mélanges interrégionaux, on assiste aujourd'hui à une uniformisation de la langue. C'est difficile de lutter contre ça, conclut Hugo Saint-Amant Lamy. Mais il pourrait y avoir d'autres changements. La langue n'est pas prévisible!

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