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Enceinte de son deuxième enfant, l’élue dénonce « des institutions archaïques », qui l’empêchent d’être remplacée le temps de son absence.

BASTIEN OHIER / Hans Lucas via AFP
Sarah Legrain en juin 2025 à l’Assemblée nationale.
En 2026, les femmes élues à l’Assemblée nationale doivent encore choisir entre leur mandat et le fait d’avoir un enfant. Si elles partent en congé maternité, elles ne seront pas remplacées dans l’hémicycle. Une situation anachronique, à rebours des avancées obtenues dans le monde du travail ces dernières années.
Enceinte de son deuxième enfant, la députée de La France insoumise Sarah Legrain annonce « mettre en pause » son activité pendant trois ou quatre mois, « le temps d’accueillir » son bébé, précise-t-elle sur les réseaux sociaux. Mais son suppléant, Roland Timsit, ne pourra pas siéger à sa place. Le règlement de l’Assemblée est en effet très clair : la députée absente ne pourra que déléguer sa voix à un collègue, et pour certains votes seulement.
Sa mission parlementaire, ses votes en commission, ses interventions médiatiques... Tout un pan de son travail de députée sera donc suspendu. « Une preuve de plus qu’il faut revoir ces institutions archaïques, faites par des hommes pour des hommes », dénonce Sarah Legrain, qui rappelle que la même situation s’est produite il y a quelques semaines pour sa collègue Mathilde Hignet. Laquelle s’est filmée il y a quelques jours en train de signer une feuille de présence à l’Assemblée puis de repartir... car elle n’avait pas de mode de garde pour son enfant.
Ensemble, elles ont d’ailleurs déposé une proposition de loi visant à « autoriser le remplacement des parlementaires en cas d’accueil d’un enfant ou d’une longue maladie ». Le texte a été signé par de nombreux élus issus de toute la gauche, d’Arthur Delaporte (PS) à Marie-Charlotte Garin (Les Écologistes). Selon eux, le non-remplacement d’un député « peut dans certains cas modifier les équilibres politiques issus du vote démocratique ». Et c’est d’autant plus vrai dans une Assemblée où aucune majorité claire ne se dégage, et où les votes se jouent souvent à quelques voix près.
« Des élus à l’image du peuple »
« Les suppléants remplacent les députés devenant ministres, pourquoi ne remplaceraient-ils pas les députés devenant parents, le temps du congé ? », interroge Sarah Legrain, qui pointe les répercussions sur le débat démocratique puisque les électeurs pourraient « hésiter à voter pour un candidat susceptible d’avoir un enfant ». Ce qui pourrait, in fine, pénaliser les femmes, et donc les objectifs de parité que visent les responsables politiques. « Quel drôle de message si l’on veut des élus à l’image du peuple et dans la vie réelle ! », regrette-t-elle.
Malgré ce qu’elle appelle un « vide juridique », l’élue de La France insoumise met en avant le « dévouement » de son suppléant, par ailleurs candidat à la mairie du XIXe arrondissement de Paris, qui « prolongera autant que possible » ses travaux parlementaires. Jusqu’à ce que la loi se décide enfin à changer. Car au sein d’une Assemblée à la fois plus féminisée et plus jeune que par le passé, le cas devrait être amené à se répéter.


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