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Le Conseil national des musulmans canadiens (CNMC) veut discuter avec le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, de ses propos sur le « frérisme » au Canada. Ouvert à « une rencontre éventuelle », ce dernier estime toutefois avoir des positions « irréconciliables » avec l’organisation de défense des musulmans.
Le président-directeur général du CNMC, Stephen Brown, a été choqué d’entendre Paul St-Pierre Plamondon aborder la question du « frérisme », il y a une dizaine de jours, à une assemblée publique du Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA).
Répondant à une question d’un représentant du groupe Québec fier, Léo Dupire, au sujet des musulmans immigrant au Québec, le chef du Parti québécois (PQ) a alors discuté de « l’enjeu du frérisme », cette idéologie véhiculée par les Frères musulmans, un groupe islamiste considéré comme terroriste par plusieurs pays à travers le monde.
« Le frérisme est une réalité documentée dans plusieurs pays d’Europe, et la seule raison pourquoi on ne documente pas au Canada, c’est que c’est ça, l’agenda du gouvernement en place », a-t-il lancé à la salle. « Je suis désolé, mais c’est ça. »
Pour Stephen Brown, du CNMC, le chef péquiste véhicule là des « théories du complot qui sèment la méfiance envers les Québécois de confession musulmane ».
« Il n’y en a pas, de grande mouvance organisée qui cherche à islamiser le gouvernement ou la société québécoise », a-t-il répondu en entrevue avec Le Devoir, vendredi.
Peu de données disponibles
En réponse à la question posée en assemblée publique, Paul St-Pierre Plamondon a tenu à apporter « la nuance suivante » : « Je n’irais pas à dire “l’immigration musulmane”, parce que j’ai eu plusieurs discussions avec des gens qui ont fui des régimes : iraniens, saoudiens, afghans. Des gens qui disent : “Moi, j’ai vu comment une société peut virer et je suis conscient du totalitarisme religieux, donc j’ai choisi le Québec pour ne pas vivre là-dedans”. »
Mais selon Stephen Brown, le chef du PQ doit, comme prétendant au poste de premier ministre, « être capable d’affirmer clairement que les Québécois de confession musulmane ne sont pas plus suspects que les autres ».
D’après lui, il n’existe aucune preuve que le frérisme s’est installé au Québec ou au Canada.
Contacté vendredi, le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (CPRMV) a indiqué au Devoir ne tenir aucune vigie sur l’influence du frérisme en territoire québécois. Le Service canadien du renseignement de sécurité ne peut « ni confirmer ni infirmer aucun détail d’enquête ou de sécurité concernant ces groupes », étant donné « la nécessité de protéger [ses] sources, [ses] techniques et [ses] méthodes ».
En entrevue, le directeur stratégique et scientifique du CPRMV, Dave Poitras, observe qu’il y « a de l’influence islamiste au Québec ». « Ce qu’on a, ce sont des personnes qui s’inquiètent de leurs proches, qui viennent nous voir pour nous parler d’une certaine forme de radicalisation liée à l’islamisme », a-t-il affirmé vendredi.
« Mais on ne peut pas nécessairement mettre le doigt […] sur le frérisme en soi », précise M. Poitras. « Ça serait excessif de dire qu’il existe aucune influence [islamiste] au Québec, mais ce serait tout autant excessif d’affirmer, sans données solides, qu’il y a une implantation quelconque frériste au Québec et au Canada. »
Relancé par Le Devoir cette semaine, le Parti québécois a appuyé les dires de son chef en référant à divers rapports et articles sur l’influence du mouvement frériste en Europe et aux États-Unis.
Parmi ceux-ci, un rapport du gouvernement français intitulé Frères musulmans et islamisme politique en France, ainsi qu’un document signé par l’Institute for the Study of Global Antisemitism and Policy qui aborde l’« entrisme stratégique » des Frères musulmans aux États-Unis.
Lors d’un point de presse mardi, Paul St-Pierre Plamondon a également clarifié ses propos sur l’« agenda » du gouvernement fédéral en la matière. « L’agenda, c’est le multiculturalisme et l’aveuglement devant l’ingérence étrangère », a-t-il dit.
Dans son rapport final rendu l’an dernier, la Commission Hogue sur l’ingérence étrangère n’aborde pas la question de l’islamisme.
En entrevue vendredi, le p.-d.g. du Conseil national des musulmans canadiens a dit « ouvrir [sa] porte » à Paul St-Pierre Plamondon « pour discuter, pour organiser des rencontres avec des Québécois musulmans ». « Ce qu’on veut, c’est l’aider à se doter des moyens nécessaires pour réellement créer des politiques qui vont avoir un effet positif, tangible, sur la paix sociale. »
En réponse à cette offre, le PQ a réitéré qu’il présenterait « plusieurs candidatures musulmanes qui prônent la laïcité » aux prochaines élections générales.
Dans une déclaration écrite, la formation politique a reproché au CNMC de « milite[r] activement contre la laïcité du Québec à même des fonds publics du gouvernement du Canada et de l’Ontario ». « Il va donc de soi que nos positions sont irréconciliables. Nous ne fermons pas pour autant la porte pour une rencontre éventuelle. »


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