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Le conseil général du Rhône a dépensé 314 millions d’euros pour le Musée des Confluences avant son transfert à la Métropole

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Trois cent quatorze millions d’euros. C’est la somme que le conseil général du Rhône a engloutie dans la construction du Musée des Confluences avant de céder les clés du bâtiment à la toute jeune Métropole de Lyon, en 2015. Un chiffre confirmé noir sur blanc par la chambre régionale des comptes Auvergne-Rhône-Alpes dans un rapport publié en octobre 2024, qui a passé au crible la gestion de cet établissement culturel devenu, malgré lui, un symbole de dérive budgétaire.

Le bâtiment a été construit par le conseil général du Rhône pour un coût de 314 M€ et est devenu propriété de la métropole de Lyon en 2015 lors de la création de cette dernière. Un transfert de propriété qui s’est joué en coulisses, quelques semaines à peine après l’inauguration du musée. Au terme d’un projet initié dans les années 1990, le musée, fermé depuis 2007, a rouvert ses portes en décembre 2014 dans le nouveau bâtiment qui lui était destiné.

À retenir

  • Pourquoi un bâtiment estimé à 61 millions d’euros a-t-il finalement coûté plus de 314 millions ?
  • Comment le conseil général du Rhône a-t-il réussi à transférer cet énorme fardeau à la jeune Métropole de Lyon ?
  • Un musée mondialement reconnu peut-il continuer à survivre sans soutien de l’État ?

Sommaire

  1. Un chantier qui a dérapé pendant treize ans
  2. Un héritage transmis à la Métropole, sans concertation
  3. Onze ans après, la facture pèse toujours

Un chantier qui a dérapé pendant treize ans

Retour en arrière. Le projet remonte à 1999, sous l’impulsion de Michel Mercier, alors président du conseil général du Rhône. À l’époque, les premières estimations tiennent encore en francs : 400 millions, soit environ 61 millions d’euros. Un chiffre qui paraît aujourd’hui presque comique tant l’addition finale l’a pulvérisé.

La facture réelle a été révélée fin 2015, lorsque la Métropole de Lyon a voté une délibération actualisant la rémunération de la Société d’équipement du Rhône et de Lyon, mandataire des travaux. 256 845 189,50 euros hors taxes, soit quelque 306 980 575,20 euros TTC, selon la délibération votée lundi, qui actualise la rémunération de la Société d’Equipement du Rhône et de Lyon (SERL) en charge des travaux. L’association de contribuables Canol, elle, est allée plus loin en intégrant le foncier et les aménagements annexes, avançant un total grimpant jusqu’à 328 millions d’euros. Au bout du compte, le musée a coûté 411 % de plus que ce qu’il était estimé initialement. Un ratio qui ferait pâlir n’importe quel directeur financier, et qui a fait du Musée des Confluences un cas d’école cité dans les débats sur la maîtrise des grands projets publics.

Le bâtiment lui-même n’y est pas pour rien. Conçu par le cabinet autrichien Coop Himmelb(l)au, ce « nuage de cristal » posé au confluent du Rhône et de la Saône a multiplié les complications techniques. Une saga de treize ans, beaucoup plus longue que prévu et peuplée de vicissitudes, avec l’arrêt et la reprise du chantier par Vinci, l’entreprise finalement chargée de venir à bout de cette structure d’une complexité inédite. Difficile de ne pas y voir un symptôme récurrent des grands équipements culturels français : l’audace architecturale se paie souvent au prix fort, et le contribuable local en fait rarement l’économie.

Un héritage transmis à la Métropole, sans concertation

Le calendrier est éloquent. Le Conseil général du Rhône, qui portait le projet depuis 1999, a transféré la propriété du musée à la nouvelle Métropole de Lyon dès sa création début 2015, quelques semaines après l’ouverture. Le département construit, dépense, s’endette, puis passe le relais au moment précis où la nouvelle collectivité voit le jour. Un timing qui n’a rien d’un hasard administratif.

Ce transfert n’a pas seulement concerné les murs. Cette passation a laissé à la nouvelle collectivité la charge de solder l’ardoise, mais aussi celle du fonctionnement courant, avec des prévisions oscillant alors entre 16 et 18,5 millions d’euros annuels, quand certaines associations redoutaient de voir grimper la facture jusqu’à 30 millions. La Métropole héritait donc d’un double fardeau : les emprunts contractés pour la construction, et une charge de fonctionnement dont personne ne connaissait vraiment l’ampleur réelle. Une situation que d’anciens observateurs du dossier ont qualifiée, sans détour, de cadeau empoisonné.

Onze ans après, la facture pèse toujours

Le rapport de la chambre régionale des comptes ne se contente pas de solder les comptes du passé. Il pointe une anomalie persistante : la Métropole de Lyon reste, aujourd’hui encore, seule à financer l’établissement. Cette situation très particulière dont la métropole a hérité du conseil départemental du Rhône fait du musée des Confluences un établissement sans coopération effective avec la ville de Lyon et d’autres collectivités locales, ni même avec l’État, qui devrait y participer eu égard à son rayonnement régional et national.

Concrètement, en 2022, le musée disposait d’un budget de fonctionnement de 19,9 millions d’euros dont 14,4 millions, ramenés à 13,4 millions en 2024, de subventions versées par la métropole de Lyon, seul et unique contributeur public. Une dépendance totale qui inquiète les magistrats financiers, même si le tableau n’est pas uniquement noir. L’examen de gestion a mis en évidence une situation financière saine de l’établissement, tout en soulignant l’excellente fréquentation du lieu. Il abrite plus de trois millions d’objets et a accueilli depuis sa réouverture plus six millions de visiteurs à ce jour, soit environ 630 000 visiteurs par an, ce qui en fait, hors Paris, l’un des musées les plus visités de France.

Reste une question que la chambre régionale des comptes laisse en suspens : pourquoi un équipement d’une telle envergure nationale ne bénéficie-t-il d’aucun soutien financier de l’État ni d’aucune autre collectivité que la Métropole ? Le rapport recommande une clarification des statuts de l’établissement pour ouvrir la porte à de nouveaux financeurs, région comme État. Une piste qui, dix ans après la fin du chantier, montre que le dossier du Musée des Confluences n’a toujours pas fini d’alimenter les débats budgétaires lyonnais.

Sources : lyonmag.com | lyon-entreprises.com

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