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Le congé parental est de plus en plus masculin, mais reste largement féminin

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Les pères québécois sont plus nombreux que jamais à prolonger leur absence au travail pour s’occuper de leur nouveau-né depuis l’instauration, en 2021, d’un incitatif au partage des prestations parentales. Ils restent toutefois une minorité à le faire, le congé parental étant encore souvent perçu comme une extension du congé maternel.

« Sans ces quatre semaines supplémentaires, je n’aurais pas pris autant de congé. Financièrement, ça aurait été difficile : ça aurait fait trop de jours non payés pour ma compagne », raconte Diego-Alejandro Llanos, devenu père l’été dernier. Après ses cinq semaines de congé de paternité auprès de sa fille, il a vite constaté que ce serait « insuffisant ». Il a finalement pris huit semaines de congé parental, encouragé par l’incitatif prévu dans la réforme du Régime québécois d’assurance parentale (RQAP).

Depuis 2021, si les deux parents prennent chacun au moins huit semaines de prestations parentales — sur les 32 prévues dans le régime de base —, le couple reçoit quatre semaines additionnelles à utiliser librement.

Francis Vaillard et sa conjointe ont aussi voulu profiter de ce bonus à la naissance de leur deuxième fille en 2024. « Sans les quatre semaines additionnelles, je ne pense pas qu’on l’aurait fait. Enlever huit semaines à ma conjointe, ça aurait été trop », dit-il, soucieux de lui laisser le temps de récupérer. Avec du recul, il se réjouit de leur décision. « C’est le fun d’être plus présent dans les débuts de vie de son enfant, de participer davantage à son développement », dit-il.

Même constat pour Diego-Alejandro Llanos. Ces semaines additionnelles ont facilité son entrée dans son rôle de père, mais lui ont aussi permis de soutenir davantage sa conjointe dans les tâches quotidiennes. « Elle a porté le bébé pendant 9 mois, a accouché, se remet physiquement et émotionnellement, tout en allaitant, ce qui est difficile pour le corps », souligne-t-il.

Des pères plus présents

L’incitatif au partage a convaincu de nombreux parents de diviser plus équitablement leur congé parental. Selon les données du Conseil de gestion de l’assurance parentale (CGAP) obtenues par Le Devoir, 32 % des couples admissibles en 2023 répondaient aux critères pour obtenir ce bonus de quatre semaines. Ils n’étaient que 8 % à y prétendre en 2020, avant son entrée en vigueur.

« Les chiffres sont super encourageants. L’incitatif fonctionne et contribue à redéfinir les rôles parentaux. Ça vient démontrer que la parentalité est une responsabilité partagée », affirme Camille Tassé-Tétreault, conseillère en communication au CGAP. Les données préliminaires de 2024 et 2025 montrent d’ailleurs une hausse continue de l’utilisation du congé parental par les pères, indique-t-elle.

Des résultats qui étonnent Sophie Mathieu, professeure adjointe à l’Université de Sherbrooke et spécialiste des politiques familiales. Les recherches démontrent que deux facteurs sont cruciaux pour encourager l’égalité des genres dans la prise de congé à la naissance, dit-elle. « Il faut que ce soit payant, donc un taux de remplacement du salaire à plus de 75 %. Et il faut que le congé soit non transférable. […] L’incitatif au partage, c’est l’inverse, mais ça marche », souligne-t-elle avec étonnement, y voyant un réel désir d’implication des pères québécois.

Des progrès, mais un partage encore inégal

Malgré cette progression, la présence des pères demeure brève aux côtés des nouveau-nés. Ceux qui prennent des prestations utilisent en moyenne 10,3 semaines, une hausse modeste par rapport à une moyenne de 8,5 à 9 semaines observée entre 2006 et 2020. Les données du CGAP montrent qu’à l’inverse, les mères prennent en moyenne 45 semaines, et ce, depuis 2006.

« C’est un peu le drame du RQAP. On a créé une norme où les hommes prennent leur congé de paternité — et on a célébré ça. Mais dans les faits, ça reste hautement inégalitaire », constate Sophie Mathieu.

Selon elle, le congé parental continue d’être perçu comme une extension du congé de maternité, ce qui pose problème. « Les jeunes pères n’osent pas prendre congé au-delà des cinq semaines de paternité, car ils ont l’impression de voler du temps qui devrait revenir à la mère. » Cette perception persiste dans les discussions familiales, amicales ou professionnelles et freine leur implication. « Les employeurs ne s’attendent pas à ce que les pères prennent plusieurs mois de congé. Au-delà du congé de paternité, ça peut être mal vu. Alors, certains se retiennent », note la professeure.

Sans parler de l’écart salarial toujours important entre les hommes et les femmes. En 2023, le revenu hebdomadaire moyen des pères était 24 % plus élevé que celui des mères, selon le CGAP. Puisque la majorité des prestations parentales remplacent 55 % du revenu, certains hésitent à prolonger leur absence, craignant une baisse trop importante du revenu du couple.

« Pour diminuer ces inégalités, il faut encore plus encourager les pères à prendre congé. L’incitatif au partage n’est pas une mauvaise idée, mais ça ne va pas assez loin. Il faut donner plus de congés exclusifs aux pères, comme on l’a fait en créant le RQAP en 2006. Les effets seront bien plus grands et bénéfiques pour tous. »

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