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Porter sur scène l’œuvre titanesque d’Alexandre Dumas représentait un ambitieux pari et, dans l’ensemble, il s’avère réussi. L’ample spectacle populaire dirigé par Serge Denoncourt affiche une facture classique et une indéniable efficacité, le tout mené tambour battant malgré ses trois heures. On aurait peut-être pu souhaiter plus d’originalité ou d’audace, mais, outre quelques scènes lyriques, sa transposition s’attache surtout à (bien) raconter l’histoire lisiblement. Ce qui n’est déjà pas une mince entreprise.
Rappelons que l’épique feuilleton raconte la saga d’un jeune marin trahi et injustement condamné en 1815. Après s’être évadé et avoir acquis une prodigieuse fortune, grâce aux révélations d’un autre prisonnier (attachant Luc Bourgeois), Edmond Dantès met en place une machine vengeresse de longue haleine contre les responsables de son calvaire (solides Maxime Denommée, Maxime de Cotret et Kevin Houle).
Le comte de Monte-Cristo donne à voir un monde corrompu, mené par le pouvoir de l’argent — élément dont le justicier se sert lui-même sans vergogne —, où tout s’achète. Mais c’est d’abord le simple plaisir d’un récit qu’on y savoure. Et franchement, il y a de tout dans cette histoire rocambolesque, même une scène quasi gothique de (faux) fantôme. La totale. L’adaptation de Denoncourt est claire, bien découpée, restituant les atmosphères propres à chaque tableau. Et tout roule rondement dans cette production richement pourvue, qui nous transporte fluidement dans une multitude de lieux grâce aux somptueuses projections de toiles peintes, éclairées par Martin Labrecque, et à des éléments de décor sur chariots roulants. Surtout, les 15 ans d’emprisonnement filent à toute allure.
La deuxième partie consacre la transformation de Dantès — qui, en un sens, est vraiment mort en prison — en comte de Monte-Cristo. Un être vide, ultimement, sauf de rancœur. Dans le rôle-titre, Mikhaïl Ahooja mène le jeu avec prestance et conviction. Et en impitoyable comte, il se fait plutôt sardonique. Mais ici, la mécanique du récit prend le pas sur l’exploration psychologique. Le foisonnement de trames et de personnages fait qu’on a peu accès à son intériorité, finalement. On le voit à la fin souvent assis à l’écart, comme en retrait de la machination qu’il a mise en branle. Symbole de sa distance émotionnelle ?
La réunion finale avec son amour Mercédès permet à Mélissa Désormeaux-Poulin, dans son premier rôle théâtral, de déployer une émouvante dignité. Le spectacle est porté par une distribution cohésive, sans maillon faible, enveloppée d’une pléiade de costumes signés Pierre-Guy Lapointe. Impossible de nommer les 17 interprètes. Mentionnons Paul Doucet, le sympathique Maxime-Olivier Potvin, l’intense Lou-Pascal Tremblay. Et le très savoureux Caderousse composé par Benoit Drouin-Germain, qui livre avec Kim Despatis une scène comique.
La production d’Agents doubles a le luxe de s’offrir d’excellents interprètes jusque dans les petits rôles, comme Madeleine Sarr en Haydée ou Marie-Pier Labrecque en empoisonneuse. Plusieurs théâtres aimeraient pouvoir en dire autant…


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