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L’Unité permanente anticorruption (UPAC) a rendu visite à plusieurs anciens étudiants et membres de l’administration du Collège supérieur de Montréal, un établissement privé subventionné qu’auraient fréquenté des étudiants ayant effectué de faux stages, a appris Le Devoir.
Ayant reçu la visite des enquêteurs au cours des dernières semaines, ces étudiants et administrateurs disent tous avoir été interrogés sur cette affaire à titre de témoins.
« [Les enquêteurs] m’ont dit : “Nous, on mène une enquête sur le Collège supérieur de Montréal. On a entendu qu’il y a eu des cas de fraude” », a confié Emy (nom fictif). La jeune femme fait partie des 18 ex-étudiants de ce collège privé subventionné par Québec que Le Devoir a interviewés. Certains d’entre eux ont réclamé l’usage d’un nom d’emprunt par crainte de subir des représailles dans le traitement de leur demande de résidence permanente.
Emy, diplômée en 2022 en secrétariat médical, a été questionnée en janvier sur ses stages menés dans une agence de placement et le réseau hospitalier montréalais. « Ils m’ont dit : “Est-ce que vous, vous connaissez des personnes qui ont fraudé pour avoir le diplôme ?” » L’Algérienne d’origine s’est également fait demander si elle connaissait des personnes qui « vendent des diplômes » ou qui ont commis des fraudes au sein de l’administration du collège, qui demande actuellement environ 30 000 $ pour des diplômes relevant de la formation professionnelle. Emy a dit n’avoir rien remarqué.
En 2023, Radio-Canada révélait que des étudiants fréquentant le Collège supérieur de Montréal (CSM) — dont le modèle d’affaires dépend de formations courtes offertes à des milliers d’étudiants internationaux — avaient rempli de faux rapports de stage, dans un hôpital qui n’existait même pas, selon ce qu’avaient constaté des inspecteurs du ministère de la Santé et des Services sociaux qui étaient allés sur place.
Sofia (nom fictif) a elle aussi été contactée par l’UPAC le 5 février dernier. « Ils nous contactent en tant que témoins. C’est ce qu’ils m’ont expliqué », affirme la jeune femme, dont les propos sont corroborés par d’autres étudiants ayant été rencontrés par les enquêteurs ces dernières semaines.
D’après les questions qu’on lui a posées, l’UPAC chercherait à vérifier « si les diplômes sont conformes, si les étudiants font réellement leurs études et les stages aussi ». Elle a répondu n’avoir été témoin d’aucune anomalie.
« La direction du Collège a effectivement rencontré des agents de l’UPAC à titre de témoin », a déclaré Salim Idrissi, porte-parole pour le CSM. « Le Collège n’est au fait d’aucune enquête le visant. » Le collège a « pleinement collaboré » en répondant aux questions et en fournissant la documentation demandée concernant les « individus visés », assure M. Idrissi.
Quant aux stages, l’établissement affirme avoir procédé à des « vérifications rigoureuses » qui ont permis de déjouer certaines tentatives de fraudes, dont les auteurs ont fait l’objet de sanctions, précise-t-il.
Pour Hicham El Masfioui, si son dossier de résidence permanente est bloqué depuis un an et demi, c’est en raison des enquêtes sur le CSM au sujet de la fraude alléguée concernant les stages. « Mais moi, je ne suis pas concerné. » L’ex-étudiant assure qu’il est « réglo à 100 % » et qu’il serait facile de vérifier qu’il a bien fait ses stages, dans son cas dans une pharmacie et une bibliothèque de l’île de Montréal. « S’ils veulent faire des enquêtes, ils doivent le faire avec les nouveaux étudiants, pas nous ! »
Doutes et vérifications
En analysant les lieux de stages d’une quinzaine d’anciens étudiants du CSM, Le Devoir a constaté que la plupart d’entre eux se sont tenus dans des entreprises légitimes, dont quelques agences de placement.
L’une d’entre elles a toutefois plusieurs taches à son dossier. Il s’agit de M.I.S Ressources, qui a accueilli au moins un stagiaire au printemps 2024, a appris Le Devoir. Cette entreprise agissait alors comme agence de placement sans détenir un permis valide de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST). Elle était par ailleurs détenue à l’époque par Fadi Khoury, qui a été épinglée pour évasion fiscale à plusieurs reprises dans les années précédant la tenue de ce stage.
« Il ne relève pas du Collège de vérifier la conformité des entreprises aux obligations de la CNESST, ni la situation fiscale de leurs dirigeants », indique par courriel Salim Idrissi, au nom du CSM. Ce n’est pas le collège, mais bien les étudiants qui ont trouvé leurs stages à cet endroit, a-t-il ajouté. Au moins deux des anciens étudiants avec lesquels Le Devoir s’est entretenu ont par ailleurs réalisé un stage non rémunéré au sein même du CSM. C’est le cas de El Hayani Nezar, diplômé en secrétariat en 2024.
« On me proposait de faire mon stage dans l’administration de l’école, alors je l’ai fait là-bas », souligne M. Nezar, qui assure avoir effectué son stage dans les règles de l’art. « Mais j’ai entendu dire qu’il y a eu des problèmes, qu’il y a certains élèves qui ont falsifié leur stage ou je sais pas quoi », ce qui aurait nui au traitement de la demande de résidence permanente de plusieurs autres étudiants, dont lui. « Je trouve ça un peu injuste de subir ça. »
Le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) a aussi eu des doutes concernant la véracité des diplômes de certains élèves. À l’été pour la plupart, 93 anciens étudiants du CSM ont été convoqués en entrevue par le MIFI pour une « deuxième analyse ». Ces diplômés étaient soupçonnés d’avoir transmis une information fausse ou trompeuse au moment de demander leur certificat de sélection du Québec (CSQ). Plus précisément, « des déclarations relatives au parcours d’études et au stage étaient examinées », affirme un porte-parole du MIFI. Moins de cinq diplômés se sont fait retirer leur CSQ.
Le Devoir a parlé à trois personnes qui disent avoir subi un interrogatoire du MIFI.
« C’était censé durer une heure, mais ça a duré presque deux heures », raconte Emy, au sujet de son entrevue au MIFI, dont elle garde un mauvais souvenir. On lui aurait demandé les noms des enseignants qui l’avaient formée quatre ans plus tôt et des détails très précis sur son lieu de stage, jusqu’à la couleur des murs. « Vraiment, c’étaient des questions un peu bizarres », se rappelle l’ancienne étudiante.
Ce n’est pas la première fois que le CSM est dans la mire de Québec. À plusieurs reprises, dans les dernières années, la Commission consultative de l’enseignement privé s’est dite préoccupée par le manque d’enseignants qualifiés dans ce collège, dont le nombre d’étudiants internationaux a explosé.
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