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Le cinéaste Vincent Munier a grandi au cœur des forêts des Vosges, suivant à la trace son père Michel, lui-même ayant consacré sa vie à demeurer à l’affût de la vie sauvage dans les bois. C’est à ses côtés qu’il a appris l’art patient de la lecture des traces, de l’écoute des craquements, de la reconnaissance des cris, hurlements et chants qui permet d’entrevoir les animaux, et qui lui a servi à traquer, aux côtés de l’écrivain Sylvain Tesson, la panthère des neiges au cœur de son premier documentaire, dans les sommets des hauts plateaux tibétains.
Dans Le chant des forêts, Vincent Munier retourne à la maison pour transmettre à son tour ces enseignements à son fils Simon, et pour le faire marcher, aux côtés de son grand-père, dans les traces de son enfance, à guetter des nuits durant l’apparition de petits miracles et à se raconter des histoires auprès du feu.
Trois générations, trois regards émerveillés sur les chouettes, les grues, les cerfs, les lynx et les autres miracles de la nature. Au cœur de cette quête, apercevoir le Grand Tétras, oiseau légendaire disparu des Vosges, pour lequel le trio s’envolera vers la Norvège, où l’activité humaine n’aura pas été aussi vorace sur son habitat et ses habitudes reproductives.
Dans une approche immersive, Vincent Munier fait de sa caméra une présence presque animale, se fondant dans les bois comme lui-même et ses comparses doivent le faire pour que la magie daigne opérer.
Et magie il y aura dans ce film où chaque prise de vue est plus éblouissante que la précédente. Forêts embrumées, toiles d’araignées étincelantes de rosée, oisillons curieux, biches et faons traversant des étangs illuminés par la lune. Fruit de milliers d’heures de captation d’images, le montage fait la part belle aux textures, à la patience des cycles, à la beauté de l’infiniment petit et aux rencontres majestueuses qui coupent le souffle.
De la mise en scène à la conception sonore, tout concerte à laisser émerger la parole de la forêt. Car au creux des arbres, blottis contre la mousse, on entend la vie avant de la voir. Le cinéaste laisse le son esquisser les présences — craquements, bruissement d’ailes, souffles, hululement — mettant par le fait même le spectateur dans cette rare posture d’attention que demande l’émerveillement, et peut-être, l’engagement.
En choisissant une approche narrative qui oscille entre le conte — rendu encore plus prenant par l’attitude réceptive et curieuse du jeune Simon — et le documentaire, Vincent Munier trouve un ton qui laisse toute la place à la poésie de la nature, et à la révérence à laquelle elle devrait avoir droit.
À cette époque où chaque image défile à vitesse grand V — aperçue sur l’écran de notre téléphone ou par la fenêtre de voitures en perpétuel mouvement —, Le chant des forêts se savoure comme une douce inspiration, et rappelle que le rythme est d’abord une affaire de cœur.


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