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« Le cas de Bogdan Syrotiuk montre que la guerre à l’étranger exige la répression à l’intérieur du pays »

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Un rassemblement a été organisé pour la libération de Bogdan Syrotiuk, un socialiste ukrainien de 27 ans et opposant à la guerre, qui a été condamné à 15 ans de prison le 10 août. Nous publions ici le discours de Johannes Stern, rédacteur en chef de la version allemande du World Socialist Web Site.

Le 6 septembre, le Parti de l’égalité socialiste (SGP en Allemagne) a organisé un rassemblement devant la Porte de Brandebourg sous le slogan « Halte à la guerre en Ukraine ! Liberté pour Bogdan Syrotiuk ! » Ce rassemblement s’inscrivait dans le cadre de la campagne du SGP pour les élections à la Chambre des représentants de Berlin.

Au cœur du rassemblement se trouvait la lutte pour la libération de Bogdan Syrotiuk, socialiste ukrainien de 27 ans et opposant à la guerre, qui a été condamné à 15 ans de prison le 10 août.

Nous publions ci-dessous le discours de Johannes Stern, rédacteur en chef du World Socialist Web Site en langue allemande. Le WSWS a déjà publié un compte rendu détaillé du rassemblement ainsi qu’une vidéo de l’allocution dans son intégralité.

Pour plus d’information sur le cas de Bogdan Syrotiuk et pour signer la pétition exigeant sa libération, visitez le site freebogdan.org

Chers camarades, amis et participants à ce rassemblement,

Nous sommes réunis aujourd’hui devant la Porte de Brandebourg pour unir deux revendications indissociables : « Halte à la guerre en Ukraine ! » et « Liberté pour Bogdan Syrotiuk ! »

Le 10 août, Bogdan Syrotiuk, socialiste ukrainien de 27 ans et opposant à la guerre, a été condamné à 15 ans de prison. Quinze ans ! Pour quoi ? Pas pour espionnage. Pas pour sabotage. Ni pour avoir divulgué des secrets militaires. Ni pour aucune collaboration avec le gouvernement russe.

Bogdan a été condamné pour six articles politiques publiés sur le World Socialist Web Site et pour sa correspondance avec les rédacteurs du WSWS. Dans ces articles, il s’oppose à la guerre. Il condamne l’invasion russe de l’Ukraine et le régime réactionnaire de Poutine. Parallèlement, il s’oppose à l’OTAN et aux puissances impérialistes qui utilisent l’Ukraine comme champ de bataille pour leur guerre contre la Russie.

Bogdan s’oppose au nationalisme et au fascisme ukrainiens, ainsi qu’à la glorification par l’État de Stepan Bandera, de l’Organisation des nationalistes ukrainiens et d’autres forces ayant collaboré avec les nazis pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Et surtout, Bogdan appelle les travailleurs ukrainiens et russes à ne pas s’entre-tuer, mais à s’unir sur la base d’une perspective socialiste internationale contre leurs oligarques et leurs gouvernements.

Voilà son véritable crime. Voilà la position que ce verdict vise à criminaliser.

Johannes Stern prenant la parole lors du rassemblement du SGP devant la Porte de Brandebourg le 6 septembre 2026

Une expertise indépendante réalisée par un criminologue ukrainien de renom a conclu que les écrits de Bogdan ne contiennent aucune propagande en faveur du gouvernement de Poutine. Au cours de plus de deux ans d’emprisonnement et de procédures judiciaires, l’accusation n’a pas été en mesure de présenter la moindre preuve que Bogdan est un agent du gouvernement russe.

Parce qu’il n’y a aucune preuve. Bogdan est un trotskyste et, à ce titre, un opposant aux impérialistes de l’OTAN, mais aussi au régime de Poutine. Pourtant, le tribunal l’a tout de même reconnu coupable de « haute trahison sous la loi martiale ».

Non seulement il l’a condamné à 15 ans de prison et ordonné la confiscation de ses biens, mais il a également ordonné la destruction du programme, des brochures et des tracts de son organisation de jeunesse socialiste, la Jeune Garde des bolcheviks-léninistes.

Nous devons saisir la portée de tout cela. Un tribunal ordonne la destruction de littérature socialiste. Il punit un jeune homme pour des articles politiques. Il déclare que l’opposition à la guerre et au nationalisme constitue une trahison. Ce n’est pas de la justice. C’est de la persécution politique.

Et le cas de Bogdan Syrotiuk démolit toute la propagande qui a servi à justifier cette guerre depuis des années. On nous dit : l’OTAN défend la « liberté » et la « démocratie » en Ukraine. Mais de quel genre de démocratie s’agit-il?

Depuis le début de la guerre, aucune élection nationale n’a eu lieu. Tous les partis d’opposition de gauche ont été interdits. Les médias critiques ont été censurés. Le World Socialist Web Site a été bloqué en Ukraine quelques semaines seulement après l’arrestation de Bogdan. Des centaines de milliers de jeunes hommes sont mobilisés de force et envoyés au front. Et un socialiste écope de 15 ans de prison parce qu’il affirme que les travailleurs russes et ukrainiens n’ont aucun intérêt à s’entre-tuer.

Voilà la vérité sur la soi-disant guerre pour la démocratie. Et c’est précisément pour cette raison que les grands médias allemands gardent le silence sur l’affaire Bogdan.

Imaginez un instant ce qui se passerait si un tribunal russe condamnait un opposant à la guerre âgé de 27 ans à 15 ans de prison pour des articles à caractère politique. L’affaire ferait la une de tous les journaux. Il y aurait des émissions spéciales. Les porte-parole du gouvernement feraient des déclarations. Le chancelier Merz, le ministre des Affaires étrangères Wadephul et le ministre de la Défense Pistorius parleraient des droits de la personne afin de battre encore plus fort le tambour de guerre contre la Russie.

Mais pour Bogdan? Silence.

Et pourquoi ? La réponse est claire. Parce que rendre compte de son cas soulèverait immédiatement la question suivante : quel genre de régime le gouvernement allemand finance-t-il et arme-t-il réellement ? Et cette question mène directement à la véritable nature de la guerre en Ukraine.

Cette guerre n’est pas simplement un conflit entre la Russie et l’Ukraine que Moscou aurait déclenché sans crier gare. C’est le résultat d’une offensive impérialiste qui dure depuis des décennies, à la suite de la dissolution de l’Union soviétique. L’OTAN s’est étendue toujours plus vers l’est.

En 2014, les États-Unis et l’Allemagne ont soutenu le renversement du gouvernement à Kiev et se sont appuyés, ce faisant, sur des forces d’extrême droite et fascistes. Depuis lors, l’Ukraine a été systématiquement armée et transformée en avant-poste militaire contre la Russie.

L’invasion réactionnaire de Poutine en février 2022 a ensuite fourni à l’OTAN le prétexte pour transformer ce conflit en une guerre par procuration ouverte contre la Russie. Et à l’heure actuelle, la situation évolue de plus en plus vers une guerre directe entre l’OTAN et la Russie – entre deux puissances dotées de l’arme nucléaire.

Ces derniers jours, le gouvernement allemand a porté cette escalade à un nouveau sommet. Il affirme que la Russie est responsable d’une attaque par drone déjouée à l’aéroport de Leipzig et a réagi en imposant de nouvelles mesures punitives contre la Russie. Le ministre des Affaires étrangères Wadephul et le ministre de l’Intérieur Dobrindt n’ont présenté aucune preuve vérifiable publiquement de la responsabilité présumée de la Russie. Néanmoins, le chancelier Merz a menacé que la Russie « paierait » pour cela.

Des institutions russes sont fermées, les relations diplomatiques et culturelles sont encore davantage rompues, et de nouvelles sanctions ainsi que des opérations militaires contre des navires russes sont en cours de préparation.

Il est significatif que le gouvernement allemand ait annoncé cette escalade précisément le 1er septembre : le jour même où Hitler a déclenché la Seconde Guerre mondiale. Les nazis avaient alors mis en scène une fausse attaque contre la station de radio de Gleiwitz pour justifier l’invasion de la Pologne par la Wehrmacht.

Aujourd’hui, le gouvernement allemand recourt une fois de plus aux mêmes méthodes alors qu’il s’apprête à franchir le seuil menant d’une guerre par procuration à une guerre ouverte contre la Russie. C’est exactement ce que Dobrindt voulait dire lorsqu’il a déclaré : « Nous ne sommes pas en guerre, mais nous sommes quotidiennement la cible d’une guerre hybride. »

Pas à pas, le gouvernement allemand crée une situation dans laquelle toute provocation, toute erreur de calcul ou tout incident peut déclencher une confrontation militaire directe.

Il faut souligner avec une clarté absolue la sombre continuité historique dans laquelle s’inscrit cette situation, surtout ici, au cœur de Berlin. Pour la troisième fois dans l’histoire moderne, l’impérialisme allemand dirige sa campagne de guerre contre la Russie.

Pendant la Première Guerre mondiale, l’Empire allemand a cherché à placer l’Europe de l’Est et de vastes parties de l’Empire russe de l’époque sous son contrôle. La deuxième tentative a été la guerre d’extermination menée par Hitler contre l’Union soviétique.

Le 22 juin 1941, la Wehrmacht a envahi l’Union soviétique. Cette guerre visait la conquête de vastes territoires, le contrôle des matières premières, ainsi que l’asservissement et l’extermination de sa population. Elle a culminé avec l’Holocauste, et avec la mort d’au moins 27 millions de citoyens soviétiques.

Aujourd’hui, des chars et des soldats allemands sont de nouveau stationnés aux frontières de la Russie. En Lituanie, l’Allemagne déploie de façon permanente une formation de combat lourde à l’étranger pour la première fois depuis la Deuxième Guerre mondiale. Elle fabrique des armes à longue portée pour l’Ukraine. Elle se réarme à une échelle qui, il y a quelques années à peine, aurait été considérée comme tout à fait impensable. La conscription est réintroduite afin de générer ici aussi la chair à canon nécessaire.

L’économie est de plus en plus réorientée vers la production de guerre. Des emplois sont supprimés, les dépenses sociales sont réduites, les écoles et les hôpitaux tombent en ruines et, parallèlement, des sommes toujours plus importantes sont consacrées à la production de chars, de missiles et de munitions. Le réarmement et les compressions sociales sont les deux faces d’une même politique.

La classe ouvrière est censée payer deux fois pour la guerre : d’abord par la baisse des salaires, les suppressions d’emplois et la destruction des infrastructures sociales – et ensuite avec sa vie.

Et c’est précisément pour cela que le cas de Bogdan est si important. Parce que la guerre à l’étranger exige la répression à l’intérieur du pays. Les classes dirigeantes savent très bien que l’écrasante majorité de la population n’est pas prête, de son plein gré, à sacrifier son niveau de vie et à envoyer ses enfants dans une guerre contre une puissance nucléaire.

C’est pourquoi l’évolution vers l’autoritarisme, la répression d’État et le fascisme ne cesse de s’amplifier partout.

Bogdan nous montre où mène cette évolution, mais son cas met également en lumière autre chose. Il démontre la puissance d’une campagne internationale. Depuis le verdict, des lettres de protestation provenant de plus de 30 pays ont été envoyées aux tribunaux ukrainiens. Des historiens, des artistes, des universitaires, des travailleurs et des étudiants réclament la libération de Bogdan.

Les travailleurs commencent également à faire de la défense de Bogdan leur propre cause. Il y a à peine quelques jours, les travailleurs de Volkswagen ont publié une résolution exigeant sa libération – alors qu’ils sont eux-mêmes confrontés à des fermetures d’usines et à la perte de dizaines de milliers d’emplois, tandis que des milliards d’euros sont simultanément injectés dans le réarmement.

La campagne commence manifestement à exercer une pression sur les autorités ukrainiennes. La Cour d’appel de Mykolaïv a réagi à l’afflux de lettres de protestation internationales en déclarant que celles-ci devaient être rédigées en ukrainien. C’est notable.

Pendant des mois, le système judiciaire ukrainien a pu persécuter Bogdan pratiquement sans aucun regard de l’opinion publique internationale. Aujourd’hui, le tribunal reçoit tellement de lettres de protestation qu’il se sent obligé de réagir.

Et comment réagit-il ? Non pas en abordant les arguments de manière substantielle. Au contraire, il tente d’étouffer la protestation en imposant une exigence linguistique bureaucratique.

Mais cette tentative échouera. Les protestations se poursuivront, et nous devons nous battre pour qu’elles prennent une ampleur bien plus grande encore. Car pour Bogdan, c’est une question de vie ou de mort. Il souffrait déjà de graves problèmes de santé au moment de son arrestation. Pendant longtemps, on lui a refusé les soins médicaux nécessaires. Dans les conditions catastrophiques du système carcéral ukrainien, une peine de 15 ans d’emprisonnement peut en réalité équivaloir à une condamnation à mort.

C’est pourquoi nous disons : Liberté pour Bogdan ! Le verdict doit être annulé !

Il va de soi que nous n’accordons aucune confiance aux tribunaux ukrainiens, au gouvernement allemand ni à aucun autre gouvernement impérialiste. La libération de Bogdan, au bout du compte, ne sera pas obtenue en faisant appel à ceux qui mènent cette guerre. C’est à la classe ouvrière internationale qu’il revient de remporter cette victoire. Telle est la perspective décisive.

Bogdan n’a jamais prétendu que l’alternative à la guerre de l’OTAN consistait à soutenir Poutine. Au contraire. Il s’oppose aux deux camps dans une perspective socialiste et internationaliste.

Il dit aux travailleurs russes : « Votre ennemi n’est pas le travailleur ukrainien. Vos ennemis sont les impérialistes de l’OTAN, l’oligarchie russe et le régime de Poutine. » Et il dit aux travailleurs ukrainiens : « Votre ennemi n’est pas le travailleur russe. Vous n’avez rien à gagner à mourir pour Zelensky, les oligarques ukrainiens, l’OTAN ou les grandes entreprises allemandes et américaines. »

Ici, en Allemagne, nous affirmons : notre ennemi n’est pas à Moscou. Les travailleurs allemands n’ont aucun intérêt à tuer des travailleurs russes. Ils n’ont aucun intérêt à ce que des milliards d’euros soient consacrés à l’armement alors que leurs usines ferment et que leurs salaires et leurs pensions sont menacés. Ils n’ont aucun intérêt à soutenir une troisième guerre de l’Allemagne contre la Russie.

Les alliés des travailleurs allemands sont les travailleurs de Russie, d’Ukraine et du monde entier. C’est pourquoi la tâche centrale consiste à construire un mouvement socialiste international anti-guerre de la classe ouvrière. Non pas lancer des appels au gouvernement allemand, ou nourrir l’illusion qu’une grande puissance capitaliste puisse apporter la paix. Mais lutter pour la mobilisation indépendante de la classe ouvrière contre le système capitaliste qui engendre la guerre, le nationalisme et le fascisme.

C’est également là toute la portée de notre campagne pour les élections à la Chambre des représentants de Berlin. Le Parti de l’égalité socialiste SGP se présente à cette élection afin de s’opposer, avec une perspective socialiste, à la coalition multipartite en faveur du réarmement, de la guerre et des compressions sociales.

Nous disons : « Le socialisme plutôt que la guerre ! »

Et ce slogan n’est pas simplement un slogan électoral. Il exprime l’alternative fondamentale à laquelle nous sommes confrontés. Soit la crise capitaliste accentue de plus en plus la tendance au militarisme, au fascisme et à la guerre mondiale, soit la classe ouvrière internationale intervient dans le cours des événements et réorganise la société sur une base socialiste.

C’est pourquoi nous vous lançons aujourd’hui cet appel : Signez la pétition pour la libération de Bogdan ! Diffusez-la ! Écrivez à la Cour d’appel : en allemand, en français, en anglais, en ukrainien ou dans la langue de votre choix ! Parlez de son cas dans vos lieux de travail, vos écoles et vos universités ! Appelez les syndicats, les comités d’entreprise, les artistes, les universitaires et les organisations à publier des déclarations publiques !

Diffusez le livre Der Ukrainekrieg und der Kampf für Sozialismus. Der Fall Bogdan Syrotjuk (La guerre en Ukraine et la lutte pour le socialisme : le cas de Bogdan Syrotiuk), qui documente le contexte politique de ce procès-spectacle.

Et surtout : reliez la lutte pour la libération de Bogdan à la lutte contre la guerre ! Bogdan est en prison parce qu’il lutte pour l’unité de la classe ouvrière internationale.

Faisons en sorte que cette perspective touche des millions de personnes ! La réponse à la persécution d’un socialiste doit être la construction d’un puissant mouvement socialiste. La réponse au nationalisme doit être l’unité internationale de la classe ouvrière. La réponse au réarmement doit être la lutte de classe contre la politique de guerre. Et la réponse au danger d’une troisième guerre mondiale doit être la lutte pour le socialisme international.

Halte à la guerre en Ukraine !
Arrêtez l’escalade de la guerre de l’OTAN contre la Russie !
Contre le réarmement, le nationalisme et le fascisme !
Pour l’unité de la classe ouvrière ukrainienne, russe, allemande et internationale !
Joignez-vous à nous pour bâtir un puissant mouvement socialiste contre la guerre !
Appuyez la campagne électorale du Parti de l’égalité socialiste !

Et surtout :

Liberté pour Bogdan Syrotiuk !

(Article paru en anglais le 7 septembre 2026)

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