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Les efforts du gouvernement canadien pour réduire sa dépendance économique à l’égard de son turbulent voisin commencent à porter leurs fruits. Dans son énoncé économique du printemps, déposé mardi à la Chambre des communes, Ottawa révèle que les exportations canadiennes de biens et de services vers des marchés autres que les États-Unis ont progressé de 33 milliards de dollars en 2025 par rapport à 2024, soit une hausse de 36 %.
Il s’agit là des premiers signes d’une diversification commerciale qui « commence à apparaître » et d’une chaîne d’approvisionnement en pleine « restructuration », souligne le gouvernement dans le document de 192 pages.
Il estime ainsi être en bonne voie d’atteindre son objectif de doubler, d’ici dix ans, les exportations vers les marchés non américains. « Des progrès sont réalisés en ce sens, alors que la courbe de croissance des exportations outre-mer suit la trajectoire implicite requise pour atteindre cet objectif d’ici 2035 », peut-on lire dans l’énoncé intitulé Un Canada fort pour tous.
Selon l’analyse du ministère des Finances, cette évolution s’explique en grande partie par le fait que de nombreuses entreprises canadiennes ont commencé à s’approvisionner en intrants auprès de fournisseurs non américains afin d’éviter les droits de douane imposés par Washington, stimulant ainsi les échanges avec d’autres pays.
Il s’agit du premier portrait tangible de la nouvelle réalité commerciale dressé par le gouvernement de Mark Carney depuis son élection, il y a tout juste un an. Parmi les différentes régions du monde, c’est avec l’Amérique latine que les échanges ont le plus progressé, le Mexique s’imposant comme principal partenaire commercial du Canada dans la région.
La crise frappe encore les plus fragiles
Même si les exportations vers des marchés non américains ont progressé, cette diversification s’est surtout matérialisée dans des secteurs où le Canada était déjà compétitif à l’échelle internationale, comme les aliments transformés et le matériel de transport non automobile.
Elle demeure en revanche plus limitée dans les secteurs de l’économie les plus exposés aux droits de douane américains, notamment l’acier, le bois d’œuvre résineux et les véhicules. Ces industries restent, selon l’énoncé économique, « profondément ancrées » dans les réseaux de production nord-américains.
Les pressions tarifaires continuent d’ailleurs de se faire sentir : les exportations des secteurs touchés par les droits de douane américains ont reculé au quatrième trimestre de 2025, après s’être brièvement stabilisées au cours des mois précédents.
Globalement, les exportations réelles canadiennes ont diminué d’environ 2 % par rapport à 2024 en raison des droits de douane imposés par le gouvernement Trump.
Leur impact demeure toutefois « moins grave que prévu », selon le ministère des Finances, notamment parce que les entreprises ont eu recours aux exemptions prévues par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Cet accord de libre-échange protège environ 85 % des exportations de marchandises canadiennes contre les tarifs américains.
Nouveaux marchés pétroliers
Le Canada a également accru sa part d’exportations de pétrole brut vers des marchés autres que les États-Unis grâce à l’agrandissement de l’oléoduc Trans Mountain.
Avant la réalisation de ce projet, moins de 3 % des exportations canadiennes de pétrole brut étaient destinées à des marchés non américains. Cette proportion atteint désormais près de 10 %.
Le gouvernement omet toutefois de préciser que, malgré la diversification permise par l’oléoduc, le projet a surtout servi à alimenter le marché américain — le client dont le Canada cherchait justement à s’émanciper. En effet, au cours des 19 premiers mois de service, les États-Unis ont capté en moyenne 60 % de la nouvelle capacité d’exportation.
Fort d’une majorité, récemment consolidée par la défection de cinq députés de l’opposition, la mise à jour économique devrait être adoptée rapidement dans les prochaines semaines. Les libéraux n’ont donc plus à devoir trouver un partenaire de l’opposition, comme ça a été le cas par le passé, pour faire adopter leurs projets de loi.


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