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Pendant que le gouvernement Carney mise plus que jamais sur la croissance de l’industrie des énergies fossiles, le plus récent bilan national des émissions de gaz à effet de serre (GES) démontre que le Canada accuse un sérieux retard dans ses engagements climatiques et que le secteur pétrolier et gazier augmente ses émissions.
Les données fédérales officielles indiquent que les émissions de GES atteignaient 685 millions de tonnes (Mt) en 2024, soit un recul de seulement 10 % par rapport à leur niveau de 2005. Or, la cible officielle du Canada pour 2030 impliquerait une baisse de 40 % à 45 % des émissions par rapport à leur niveau de 2005, ce qui signifierait de ramener le bilan national quelque part entre 417 Mt et 455 Mt.
Sans surprise, l’industrie des énergies représente un poids lourd du bilan des émissions de GES qui alimentent la crise climatique mondiale. En 2024, ce seul « secteur économique » a représenté plus de 30 % de toutes les émissions du pays, devançant le secteur des transports (22 %), lui-même alimenté essentiellement par des énergies fossiles.
L’exploitation pétrolière et gazière a produit un total de 207 Mt de GES en 2024, selon les données officielles. Ce bilan représente globalement une hausse par rapport aux deux années précédentes, soit 2022 (204 Mt) et 2023 (206 Mt). À l’inverse, les secteurs des transports, de l’« industrie lourde », des bâtiments et des déchets ont connu des baisses entre 2022 et 2024.
Sables bitumineux
Le bilan fédéral fait aussi le point sur la trajectoire des émissions de GES entre 1990 et 2024. On constate ainsi que le bilan des GES du secteur pétrolier et gazier a augmenté de 76 % entre 1990 et 2024. Au cours de cette période, les émissions de GES provenant de l’exploitation des sables bitumineux ont augmenté de 529 %.
« Au cours de la même période, les émissions de GES liées à la production de gaz naturel ont également augmenté de façon considérable [+36 %], principalement en raison de la croissance de la production », précise également le bilan fédéral. Celui-ci a d’abord été déposé aux Nations unies, afin de respecter les engagements du Canada dans le cadre de l’Accord de Paris. Il a été mis en ligne par l’ONU le 15 avril, mais il n’a pas fait l’objet d’une communication officielle du gouvernement.
Porte-parole du Bloc québécois en matière d’environnement et de changements climatiques, Patrick Bonin a affirmé jeudi qu’« il est plus évident que jamais que les pétrolières et les gazières tiennent la lutte climatique en otage au Canada et que le gouvernement est complice de cette industrie ».
« L’inventaire publié en catimini confirme que les émissions liées au secteur du pétrole et du gaz continuent d’augmenter sans gêne, et elles annulent essentiellement les réductions d’autres secteurs. À elles seules, les émissions de GES liées à la production des sables bitumineux sont plus élevées que toutes les émissions de GES du Québec », a-t-il ajouté, en dénonçant « l’abandon d’importantes mesures de réduction de la pollution depuis l’arrivée de Mark Carney ».
L’ancien ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault, a également déjà critiqué sans détour l’abandon des progrès climatiques durement acquis au seul profit de l’industrie des énergies fossiles. Résultat : il sera selon lui « impossible » de respecter nos engagements en matière de lutte contre la crise du climat, et l’objectif essentiel de la « carboneutralité » a tout simplement disparu.
L’actuelle ministre de l’Environnement, Julie Dabrusin, se veut pour sa part optimiste. « Ce rapport montre que les émissions du Canada ont diminué, alors même que notre économie et notre population continuent de croître, ce qui prouve que nous pouvons bâtir une économie plus forte tout en réduisant la pollution climatique », a indiqué son cabinet dans une réponse écrite. Ce dernier a ajouté qu’« il est évident que la lutte contre le changement climatique est essentielle à la compétitivité du Canada à long terme ».
Échec en vue
Même s’il répète qu’il met tout en œuvre pour lutter contre la crise climatique, le gouvernement fédéral est bien engagé sur la voie de l’échec pour au moins la prochaine décennie, selon ce qui se dégageait d’un rapport publié en douce en décembre par le ministère de l’Environnement.
La « trajectoire » détaillée dans le rapport indique que les émissions de GES du pays devraient atteindre entre 546 Mt et 600 Mt en 2030. Cela représente une diminution qui se situerait entre 21 % et 29 % par rapport à 2005, année de référence utilisée par Ottawa.
Ce rapport du fédéral évoquait en outre les « émissions liées aux exportations de pétrole et de gaz », mais sans préciser de chiffres. Environnement et Changement climatique Canada a toutefois déjà calculé que l’utilisation du pétrole et du gaz exportés avait généré plus de 10 milliards de tonnes de GES entre 2012 et 2023.
Le gouvernement Carney mise sur une hausse de la production et des exportations d’énergies fossiles au cours des prochaines années, notamment de la partie de l’industrie des sables bitumineux et des entreprises qui exploitent du gaz par fracturation.
Dans les deux cas, le fédéral souhaite autoriser la construction d’infrastructures pour faciliter cette croissance, dont au moins un nouveau pipeline vers la côte ouest et des terminaux de production et d’exportation de gaz naturel liquéfié. Ottawa travaille notamment depuis près d’un an avec l’entreprise Marinvest Energy en vue de la construction d’un tel complexe gazier au Québec, a déjà révélé Le Devoir.


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