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Des enseignants du Centre St-Michel à Sherbrooke sont inquiets. Ils viennent d'apprendre que le budget des classes de francisation pourrait être réduit de moitié à la rentrée prochaine. Le Centre de services scolaire de la Région-de-Sherbrooke (CSSRS) confirme que cette baisse d’environ 50 % correspond à l'allocation projetée. Toutefois, ces prévisions pourraient changer d'ici l'automne.
C’est lors d’une rencontre d’équipe avec la direction du Centre St-Michel que l’enseignant Vincent Vachon a appris cette réduction, qui s’expliquerait par une baisse de la demande.
Selon l’enseignant, des données provenant du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) feraient état de seulement une quinzaine de personnes en attente d'une place pour suivre un parcours en francisation au Centre St-Michel.

Vincent Vachon, enseignant en francisation (photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Alexandra Duchaine
Pour Vincent Vachon, ces chiffres ne tiennent pas la route. Il a d’ailleurs dénoncé la situation dans une publication sur les réseaux sociaux.
Je reçois beaucoup, beaucoup de messages d’élèves, de gens qui attendent depuis six mois, un an, au même moment où certaines de nos classes sont à moitié vides. Donc on voit vraiment l’incohérence, une gestion déficiente du MIFI, déplore-t-il.
Il souligne que si le gouvernement se base sur ces chiffres pour déterminer les budgets, il y aura un sérieux problème.

Le Centre St-Michel offre des cours de francisation.
Photo : Radio-Canada / Brigitte Marcoux
L'enseignant affirme que le système a complètement perdu le contrôle. Il cite l'exemple de l'an dernier où il a dû fournir lui-même une liste d'élèves à sa direction pour les aider à obtenir une référence. Ils étaient sur les listes d'attente, mais ne recevaient pas d'appel du MIFI pour leur permettre de recommencer les cours, précise-t-il.
On s’apprête encore une fois à démanteler notre équipe et à fermer la moitié de nos groupes. Qu’est-ce qui va se passer l’année prochaine, les élèves vont aller où?, poursuit M. Vachon.
Le même film que l'an dernier
Le milieu syndical partage cette inquiétude. Le Syndicat de l'enseignement de l'Estrie constate que d'autres centres de services au Québec subissent aussi des révisions budgétaires.
Le président du syndicat, David Raymond, craint de revivre la crise de l'an dernier. C’est clair que si on refait le même film cette année, on va perdre beaucoup de joueurs et, en bout de ligne, ce sont les élèves qui vont être perdants, prévient-il.

Le président du Syndicat de l’enseignement de l’Estrie, David Raymond (photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Alexandra Duchaine
M. Raymond attend des précisions quant à la nature des révisions budgétaires. Est-ce que c’est dû à une diminution de la clientèle parce qu’on sait que le gouvernement a souhaité diminuer le nombre d’immigrants? Est-ce que c’est dû à la même tentative que l’an dernier de diriger les gens vers un autre service pour avoir des gens qui coûtent moins cher que du personnel enseignant qualifié?, se demande-t-il.
Il rappelle que certains formateurs travaillant directement pour le MIFI dans les locaux du Cégep de Sherbrooke reçoivent un salaire moins élevé que les enseignants qualifiés.
Pour le syndicat, il est primordial de maintenir l'expertise dans les centres de services scolaires. Ces cours servent souvent de tremplin pour diriger les immigrants vers la formation professionnelle.
Pas de commentaire du CSSRS
Le CSSRS préfère ne pas commenter davantage le dossier pour l’instant.
C’est le MIFI qui reçoit les demandes, qualifie les bénéficiaires et établit les listes de candidats à la formation. C’est aussi le MIFI qui répartit les groupes de formation aux différents organismes prestataires, dont le Centre Saint-Michel du CSSRS, explique le secrétaire général et directeur des services du secrétariat général et des communications, Donald Landry, dans un courriel.
Ce sont eux qui ont une vue globale de l’offre de services en francisation pour les plus de 16 ans à Sherbrooke. [...] Le MIFI financera des groupes supplémentaires selon les besoins, ajoute M. Landry.
Le nouveau ministre de l’Immigration, François Bonnardel, n'a pas encore répondu à la demande d'entrevue de Radio-Canada.
Vincent Vachon demande au ministre de maintenir les financements actuels. Je pense qu’il y a encore une demande assez importante pour la francisation, conclut-il.


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