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Le Brésil face à un autre Bolsonaro

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En lançant sa campagne électorale, il y a quelques jours, sur la plage de Copacabana, au sud de Rio, Flavio Bolsonaro n’a pas manqué de convoquer l’esprit, l’engagement politique et même la voix de son père, Jair Bolsonaro.

L’ex-président a été condamné l’an dernier à 27 ans et trois mois de prison pour tentative de coup d’État après sa défaite de 2022. Il purge sa peine chez lui pour des raisons de santé, avec interdiction de visites et, surtout, de toute manifestation politique jusqu’à la fin de la présidentielle, dont le premier tour va se tenir le 4 octobre prochain au Brésil.

Or, dans les haut-parleurs, celui qui a été baptisé le « Trump des Tropiques » s’est pourtant bien fait entendre, rapportait le réseau Globo. « Si vous saviez le pouvoir que vous avez, le pouvoir de changer le monde et de transformer notre Brésil », a-t-il laissé tomber par l’entremise d’un enregistrement dans lequel il a appelé les électeurs à concrétiser « son rêve » d’un Brésil façonné par l’« amour, le patriotisme et le dévouement », et ce, en passant désormais par son fils.

« Aujourd’hui, le président Bolsonaro ne peut pas être avec nous », s’est désolé Flavio Bolsonaro devant ses partisans, en parlant d’un « homme honnête » qui a fait de son mieux pour le Brésil. « Rendons-lui hommage en lui chantant : revient Bolsonaro », a-t-il ajouté.

Faire revenir Bolsonaro, mais surtout le bolsonarisme au sommet de l’État brésilien : c’est le pari que le clan du populiste déchu fait désormais dans ce pays d’Amérique latine qui, en cette année électorale, se retrouve une fois de plus à la croisée des chemins.

Face au « fils de », le président Luiz Inácio Lula da Silva, lui, espère décrocher bien plus qu’un quatrième mandat. L’ex-syndicaliste, figure historique de la gauche brésilienne et de la résistance à la dictature passée, a une mission en plus : conjurer le sort de la gauche et des progressistes en Amérique latine en bloquant la route à la droite et surtout à l’extrême droite, dans lesquelles tous ses voisins de la région ont basculé.

L’Argentine de Javier Milei en fait partie, tout comme l’Équateur de Daniel Noboa, la Bolivie de Rodrigo Paz Pereira (qui a mis fin l’an dernier à deux décennies d’hégémonie de la gauche et de son illustre Mouvement vers le socialisme), le Chili de José Antonio Kast, le Pérou de Keiko Fujimori…

« C’est l’avenir de la république brésilienne qui est en jeu », résume à l’autre bout de la vidéoconférence le sociologue Frédéric Vandenberghe, joint à l’Université fédérale de Rio de Janeiro dans les derniers jours. « Ces élections, ce sont les forces démocratiques face à une droite hors de contrôle et qui agite à nouveau le spectre de la dictature. »

Une course serrée

À 39 %, le plus récent coup de sonde Datafolha, mené les 18 et 19 août, au lancement de la campagne, accorde une avance de six points dans les intentions de vote à l’actuel président sur son opposant bolsonariste, sans promettre toutefois à Lula une victoire franche au premier tour du scrutin. D’autres sondages évoquent une probabilité élevée d’un duel incertain entre les deux hommes au deuxième tour, et ce, malgré un bilan économique et social pourtant favorable à l’actuel président.

« Le taux de chômage est au plus bas historiquement », à 5,3 % en juillet, contre 9,58 % en moyenne entre 2012 et 2026, résume en entrevue l’économiste brésilien Edmar Almeida, joint à Rio cette semaine. « Le Brésil, sous Lula, a enregistré une croissance économique positive pour la quatrième année consécutive en 2026, ce qui est plutôt inhabituel ici. Mais malgré cela, les Brésiliens ne ressentent pas les effets de ces améliorations dans leur vie quotidienne, en raison d’un problème de pouvoir d’achat et d’un endettement privé qui est en train de devenir un véritable problème économique et social. »

Le terreau est fertile pour le populisme de Flavio Bolsonaro, qui reprend le flambeau de l’agitation sociale et de la canalisation de la colère porté par son aïeul quelques années plus tôt, tout en cherchant malgré tout à se distinguer de son paternel. « Je sais que je lui ressemble. Mais il est difficile de comparer le fils de Pelé [le célèbre joueur de soccer brésilien] à Pelé », aime-t-il rappeler.

En juillet dernier, Javier Milei, président argentin et trublion de l’internationale populiste, était l’invité d’honneur de la convention politique officialisant la candidature de Flavio Bolsonaro à la présidentielle d’octobre. L’intervention de ce chef d’État en exercice, politicien provocateur de l’extrême droite argentine, dans une campagne électorale brésilienne a été remarquée. Elle a été l’occasion pour le candidat à la présidence de se poser, au contact de cet « ami », en grand transformateur promettant une réduction drastique de la taille de l’État brésilien, des coupes dans tous les sièges du pouvoir, des privatisations et des restructurations de services publics. Seule différence : là où Milei sortait la tronçonneuse pour illustrer son programme, Flavio Bolsonaro, lui, préfère le tesouraço — le ciseau —, dont il parle en exposant parfois une version démesurée de l’objet sur scène.

Il promet aussi des baisses d’impôt, la diminution des prix à la consommation et la renégociation des dettes pour 100 millions de Brésiliens.

Le spectre de Trump

« Le modèle que cherche à suivre ce Bolsonaro, c’est celui de Nayib Bukele, le président du Salvador », dit Frédéric Vandenberghe. Bukele, un proche de Donald Trump, s’est ironiquement autoproclamé le « dictateur le plus cool de la planète » en réponse à des accusations d’autoritarisme. « Mais sa campagne risque aussi d’être hantée par la présence du président américain, ce qui n’est pas forcément un avantage pour lui. »

L’imposition de tarifs commerciaux à Brasília par Washington et la riposte ferme servie par Lula a galvanisé un sentiment nationaliste qui n’est pas l’apanage ni la chasse gardée de la droite au Brésil. D’autant que ces tarifs ont été guidés non seulement par les guerres commerciales lancées à travers le monde par le président américain, mais aussi en représailles à la décision de la justice brésilienne de condamner l’ex-président Bolsonaro. Pire, la salve tarifaire a en partie été animée publiquement par Edouardo Bolsonaro, frère du candidat, un avocat vivant aux États-Unis et gravitant dans les cercles du mouvement MAGA.

« Dans les premières interviews à la télévision, Flavio Bolsonaro a déclaré que son frère Edouardo avait fait une erreur politique et il a essayé de se distancier de lui, relate Edmar Almeida. Mais dans la foulée, il dit aussi qu’il veut négocier avec les États-Unis et estime être le mieux placé pour le faire, et ce, parce que son programme et son idéologie sont complètement alignés sur le trumpisme. »

S’il est élu, Flavio Bolsonaro a promis d’amnistier son père et toutes les personnes condamnées dans la foulée du coup d’État manqué de 2022. Il a aussi indiqué ne pas vouloir occuper le siège de la présidence pendant plus d’un mandat, ce qui pourrait préparer le terrain à un retour au pouvoir de son père. La condamnation de Jair Bolsonaro le rend inéligible jusqu’en 2030.

Fatigue électorale

« Les sondages d’opinion sont serrés, mais les choses peuvent encore évoluer, les campagnes électorales ayant toujours une influence au Brésil », dit Edmar Almeida. « Le taux de participation va être décisif. »

Au Brésil, le vote est obligatoire jusqu’à l’âge de 70 ans. Les personnes de 70 ans et plus, souvent des femmes, constituent un électorat généralement plus enclin à soutenir Lula. « Or, on ressent une fatigue chez les électeurs âgés autant face à Bolsonaro (et sa guerre culturelle) qu’à Lula, qui est présent sur la scène politique depuis 1989 et les premières élections démocratiques après la dictature », ajoute-t-il.

Ce sentiment est répandu et bien saisi par les sondages. À la mi-août, 54 % des répondants à un coup de sonde de Quaest ont indiqué connaître Flavio Bolsonaro et en aucun cas ne vouloir voter pour lui ; 52 % disent la même chose à propos de Lula.

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