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Le bilan en demi-teinte des sorties culturelles scolaires

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C’était une promesse électorale de François Legault, puis une fierté de la Coalition avenir Québec : sortir les élèves, du primaire au secondaire, deux fois par an. Que les jeunes prennent l’habitude d’aller au concert, dans les centres d’artistes, au cirque, sans frais supplémentaires pour les parents.

À son instauration en 2018-2019, 686 680 élèves sont sortis avec leur école, grâce à cette mesure. En 2021-2022, ils étaient 903 857. Une augmentation majeure. Depuis 2025, les tout-petits des CPE peuvent aussi en profiter.

C’est un solide tremplin — tout le milieu des arts le dit, comme de nombreux enseignants. Pour forger les spectateurs de demain. Pour les diffuseurs, qui créent un lien avec ce public futur. Pour les producteurs, leurs acteurs et collaborateurs, qui portent les œuvres et peuvent ainsi les présenter plus et être payés pour le faire.

Et les professeurs ? Ils ont là l’occasion d’enseigner hors les murs, au cœur de la culture d’ici. Et ils peuvent profiter des médiations qui accompagnent ces sorties.

Après sept ans de ces sorties scolaires, il reste ardu de comprendre leur portée réelle. Des zones d’ombre demeurent sur la manière dont elles sont utilisées. Le Devoir expose cinq questions sans réponses sur les sorties scolaires culturelles.

Quels arts les jeunes vont-ils voir ?

Les petits spectateurs découvrent-ils avec l’école autant les arts visuels et le conte que la danse ? Voient-ils plus du théâtre, avec les cours de français ? Ou un peu de tout, à petites bouchées, pour connaître au sortir du secondaire les différentes manières d’être avec les différents arts ?

Le ministère de l’Éducation du Québec (MEQ) ne sait pas ce que vont voir les élèves avec sa mesure.

Les enseignants choisissent, selon leur programme pédagogique, un diffuseur dans leur coin dans le Répertoire culture-éducation. Près de 1000 lieux potentiels, dans toute la province, y sont inscrits : bibliothèques, théâtres, salles de cinéma, salons du livre, etc.

La Société des musées du Québec et l’Association des bibliothèques publiques du Québec ne comptabilisent pas non plus les sorties scolaires.

L’équité territoriale

Il est plus difficile de faire des sorties scolaires culturelles au centre de services scolaire (CSS) de la Baie-James, par exemple, qui compte moins de diffuseurs sur son territoire, qu’à Montréal, à Québec ou à Trois-Rivières. Les trajets trop longs en autobus scolaire grèvent dans certains cas toute possibilité de sortie. Comment résoudre cette iniquité ?

Une subvention aux autobus jaunes ?

« Elles sont rares, les écoles qui peuvent faire deux sorties culturelles par an », indique Virginie L’Écuyer, de la SPEC du Haut-Richelieu. « J’en ai qui font une heure d’autobus pour venir. Juste ce trajet mange la moitié du budget des sorties pour toute l’année. Celles-là n’ont pas les moyens d’en faire une deuxième », indique la conseillère à la programmation jeunesse du diffuseur.

Alain Beauchesne, codirecteur de Théâtres unis enfance jeunesse, a entendu récemment de diffuseurs que le transport « représenterait généralement plus de la moitié des dépenses. La proportion diminuerait à un tiers là où les budgets sont centralisés et gérés par un agent de développement culturel, comme au CSS René-Lévesque », en Gaspésie, précise-t-il.

Le MEQ a répondu ne pas pouvoir dire quelle part de la mesure gobent les transports. L’enveloppe totale pour 2025-2026 est de 38,2 millions de dollars.

Deux sorties par années… à 10 $ le billet

« Combien ça coûte, deux sorties culturelles par enfant [par an] ? » demandait François Legault en 2018. « Trente millions au total, y compris le transport », répondait-il, calculant des billets à 10 $ chacun.

« Mon billet scolaire est passé de 10 $ à 12,50 $ depuis 2019 », indique Marie-Eve Dumas, directrice générale d’Ovascène, en Beauce. « Plusieurs écoles ne peuvent pas faire deux sorties : 24 $ de billets, par an [et par enfant], ça ne marche pas dans le budget. »

Les écoles ne peuvent payer plus. Mais le billet vaudrait plus cher. À Ovascène, les spectacles pour enfants « pas scolaires », comme les contes de Renée Robitaille, tournent autour de 18 $ ; et les billets adultes oscillent entre 26 $ (rarement) et 68 $ (Éric Lapointe).

« Avec la mesure de sorties scolaires, on est déficitaire de 5 $ par élève », chiffre à son tour Virginie L’Écuyer. C’est uniquement grâce à une autre subvention, celle du Conseil des arts et des lettres du Québec pour le soutien aux sorties scolaires et éducatives en milieu culturel, une enveloppe fournie par le ministère de la Culture, que la SPEC peut recevoir des élèves, en arrivant à peu près à égalité avec les dépenses. « On le fait pour la mission. On y croit. Mais ça nous demande beaucoup de ressources. »

Bilan et stabilité

De 2018 à 2022, le MEQ produisait un bilan annuel de l’utilisation du programme, aux informations fluctuantes, mais riches — nombre d’élèves, de sorties, par niveau scolaire, par région. Depuis, certaines de ces informations, compilées de manière désordonnée par chacun des CSS, ne peuvent être obtenues que par la Loi sur l’accès à l’information.

Pour la directrice de RIDEAU, Julie-Anne Richard, la mesure des sorties scolaires culturelles a changé beaucoup de choses pour la fréquentation des spectacles. « Mais on peut faire encore mieux si l’application est mieux encadrée. »

« Depuis son instauration, la mesure a été affectée par les moyens de pression lors de grèves des profs », comme en 2023. Le milieu culturel est solidaire, précise Mme Richard, mais a subi les impacts. « Et il y a eu la pandémie, qui a tout arrêté. Maintenant, on parle de compressions du MEQ… »

Depuis le début de 2025, la mesure est grevée par les restrictions budgétaires imposées aux CSS par le MEQ. Et le MEQ a l’intention de réduire le financement alloué à l’accès à la culture à l’école de plus de moitié sur trois ans à partir de 2027-2028.

« Il faudrait de la stabilité. Et plus clarté dans les directives aux directeurs et aux professeurs, pour que les sorties se déploient à leur plein potentiel », croit Mme Richard.

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