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En regardant dans leur rétroviseur, il y a quelques jours, les organisateurs du Grand Prix automobile IndyCar qui s’est tenu le 23 août dans les rues de Washington, dans le cadre des festivités du 250e anniversaire de naissance des États-Unis, ont dressé un bilan plus que positif.
« La retransmission par le réseau de télévision Fox de cette course historique dans la capitale américaine a attiré la plus grande audience, hors des 500 Miles d’Indianapolis, de toutes les courses de la série IndyCar depuis près de 20 ans », ont-ils claironné, en soulignant un auditoire de 3,2 millions de téléspectateurs qui ont suivi la compétition automobile devant leur écran, « le plus élevé depuis 1995 ».
Au même moment, des documents publics du gouvernement américain révélaient l’octroi d’un contrat de 2,7 millions de dollars à l’entreprise American Ag Energy pour tenter de régler le problème d’algues vertes apparu à la veille du 4 juillet dernier, jour de la fête nationale, dans le miroir d’eau du mémorial de Lincoln, au cœur de la capitale américaine.
Des rénovations bâclées, lancées en grande pompe par le président américain dans le cadre des 250 ans du pays, ont déclenché une séquence d’événements gênants touchant ce célèbre reflecting pool : décollement du revêtement censé lui donner une couleur « bleu américain », turbidité de l’eau, arrestation de badauds soupçonnés à tort de vandalisme et, surtout, une facture initiale de 1,8 million annoncée avec fierté par le populiste, génie autoproclamé de la négociation, depuis multipliée par 10.
De la course automobile au fiasco de la mise en beauté du bassin d’eau, du spectacle d’arts martiaux mixtes de l’Ultimate Fighting Championship (UFC) présenté dans l’enceinte de la Maison-Blanche au feu d’artifice du 4 juillet perturbé par la violence d’un orage, en passant par un musée mobile réduit autant en espace qu’en profondeur historique et la Grande Foire américaine, organisée pour ce 250e anniversaire sur le National Mall, que le mensuel Washingtonian a qualifié de « peu fréquentée » et d’« ennuyeuse » : les célébrations du 250e qui arrivent doucement à leur fin en ce week-end de la fête du Travail ont finalement donné des résultats mitigés et propices à la division.
Seule constante : le climat politique et social morose qui les a accompagnées, et que l’esprit de la fête n’a pas vraiment réussi à apaiser.
« America 250 [nom donné par le gouvernement aux célébrations du 250e] aurait pu et dû nous rapprocher, autour des aspirations de l’Amérique et même de ses faiblesses », a résumé en entrevue au Devoir l’historien Harold Holzer, directeur de l’institut de politique publique Roosevelt House du Hunter College de New York et ex-président de la Commission du bicentenaire d’Abraham Lincoln. « Mais à la place, nous nous sommes enfermés dans une version simpliste et politisée de notre histoire » dans laquelle les Américains semblent avoir eu un peu de difficulté à se reconnaître.
Une fierté en berne
Quand ils regardent derrière eux, à peine 19 % des Américains estiment que les Pères fondateurs, ces dirigeants politiques, militaires et intellectuels qui ont mené la révolution américaine contre l’Empire britannique, signé la Déclaration d’indépendance de 1776 et rédigé la Constitution des États-Unis, auraient des raisons d’être satisfaits de la façon dont le pays a évolué.
Le niveau d’optimisme envers l’histoire et les racines du pays est en constante baisse depuis 2001, année où une majorité d’Américains — 54 % — étaient fiers de cette évolution, selon les données d’un récent sondage Gallup.
Cet état d’esprit transcende même les fractures politiques : 13 % des démocrates, 25 % des républicains et 21 % des indépendants se disent fiers du présent construit sur les bases politiques et sociales posées il y a 250 ans. En 2003, alors qu’un autre républicain, George W. Bush, était au pouvoir et que la guerre contre le terrorisme faisait rage dans la foulée des attentats du 11 septembre, ils étaient respectivement 49 %, 57 % et 46 % à partager cet avis.
Dans un contexte où les États-Unis sont en guerre, autant contre l’Iran que contre ses alliés historiques, où l’actualité révèle quotidiennement une violence d’État contre les immigrants et les attaques constantes du président américain contre le système démocratique du pays, 83 % des Américains estiment désormais que leur pays s’est éloigné considérablement ou en partie de ses principes et idéaux fondateurs, indiquait il y a quelques semaines un sondage de l’Université Marist. C’est sept points de plus qu’en 1976, année du bicentenaire des États-Unis, marquée par les crises de la guerre du Vietnam et du Watergate.
Les notions de liberté (d’expression, de culte, de la presse…), d’égalité et de droits inaliénables s’inscrivent dans ces principes, tout comme la séparation des pouvoirs, le droit à la dissidence, le respect de la vie, des différences et des contre-pouvoirs. Pour ne citer qu’eux.
La route sur laquelle le régime de Donald Trump semble avoir placé le pays est encore loin de convaincre les Américains, dont 69 % se disent insatisfaits de la direction politique et sociale prise par le pays. Cette semaine, un sondage Gallup établissait même un record dans la perception de la corruption du pouvoir par les Américains : 89 % des répondants affirment qu’elle se répand désormais au sein du gouvernement. C’est le niveau le plus élevé en 20 ans.
Dans ces conditions, pas question de fonder des espoirs dans la perspective de fêtes plus rassembleuses et davantage source de fierté en 2076 pour le 300e anniversaire du pays. Près de six Américains sur dix (59 %) se disent en effet peu ou pas confiants quant à l’avenir des générations futures, indiquait le sondage Marist.
« Il ne s’agit pas d’ingratitude », résumait au début de l’été le chroniqueur Jamil Smith dans les pages du quotidien britannique The Guardian. « Parfois, une humeur maussade est simplement le reflet d’une lucidité implacable. »
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