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Le député de la Haute-Loire espère bâtir un socle de réformes avant l’été, sur lesquelles un arc d’élus républicains pourrait s’entendre pour préparer l’échéance présidentielle 2027. Il oppose cette stratégie à celle de Bruno Retailleau et met en garde Les Républicains face au risque de provoquer la «mort» du parti LR.
Laurent Wauquiez est habité par l’impatience de redresser la France mais il promet de mettre ses velléités de présidentiable en sourdine, le temps de bâtir le chemin qu’il croit le plus sûr pour l’avenir de la droite. Cette ambition, affirmée dans la foulée de la déclaration de candidature de Bruno Retailleau, résonne comme la contre-offensive d’un acteur politique fermement décidé à peser sur la stratégie des Républicains en vue de la prochaine élection présidentielle.
Le député de la Haute-Loire sait qu’à Belley, en cette terre amie située à une centaine de kilomètres à l’est de Lyon, où il s’est rendu jeudi pour soutenir la campagne du maire sortant, certains le pressent de se lancer pour 2027. Serge, par exemple, est enthousiaste. « C’est un meneur national ! Il ferait pas mal de prendre le manche. En politique, on a beaucoup d’instruits mais pas beaucoup d’intelligents. Il faut qu’il monte, en envoyant toute la vieille garde à la retraite », lâche le Balleysan de 78 ans, entre une dégustation de charcuterie locale et une partie de coinche. Dimitri Lahuerta, le maire de Belley, 40 ans, n’est pas loin de partager les espoirs de son administré. « Pépite » politique de la région Auvergne-Rhône-Alpes, selon Wauquiez, le jeune élu loue publiquement son écoute, son engagement et la manière dont il accompagne ses projets. L’implication de celui qui occupe un poste de conseiller spécial au sein de la collectivité régionale fut un « booster » déterminant, affirme-t-il.
Quelques heures plus tôt, au salon de l’Agriculture, on a vu Laurent Wauquiez prôner le « consommer français » et défendre avec fougue son modèle régional consistant à boycotter les produits du Mercosur. « C’est ce que l’on voudrait faire à l’échelle nationale », promet-il, en invitant tous les élus de France à le suivre. « Il veut être président de la République », assure Pierre, sous son béret de Haute-Savoie, alors que Madeleine, électrice de droite, pense qu’il « a peut-être ses chances ». « Il faut reconnaître qu’avec ses grandes enjambées, il a toujours un temps d’avance », souffle en souriant Justine Gruet, député LR du Jura, peinant à rattraper le sportif qui gravit les marches du hall 1 plus vite qu’un escalator. Quand l’élu s’arrête au comptoir de la Distillerie des Menhirs pour percer les mystères du whisky breton, un Auvergnat ironise : « Il cherche peut-être à brouiller les pistes».
«Laurent sait où il veut aller»
Vue des Républicains, la position de Laurent Wauquiez est jugée plus compliquée car beaucoup pensent qu’il s’est abîmé dans sa relation conflictuelle avec Bruno Retailleau. Les proches du président LR sont convaincus que le député veut tout faire pour empêcher le sénateur d’atteindre la présidentielle. La liste de leurs reproches est longue comme un jour sans pain. Mais à Belley, comme dans le fief régional de Laurent Wauquiez, on ne valide pas cette image d’incendiaire irresponsable. Au contraire. Pour Jean-Pierre Vigier, son collègue député de la Haute-Loire et compagnon de route depuis 2012, les Français doivent « apprendre à connaître » un homme «d’unité». « Laurent est un capitaine, un manager. Il sait où il veut aller. Il a toutes les capacités pour retranscrire au niveau national tout ce qu’il a fait au niveau régional », soutient l’élu. Quant au maire de Belley, bien parti pour décrocher un nouveau mandat face à une seule liste de gauche (contre cinq lors du précédent scrutin), le regard qu’il porte sur le chef de file des députés Droite Républicaine est élogieux. « Un homme d’État », soutient Dimitri Lahuerta. « Il y a les paroles et les actes mais ce qui compte pour moi, ce sont les résultats. Et Laurent Wauquiez est un homme de résultats ».
Ainsi, pour tous les inconditionnels de Laurent Wauquiez, la question de sa candidature présidentielle ne se pose pas. Car l’élu mène toujours sa vie politique comme s’il y avait un scrutin à décrocher le lendemain, expliquent-ils en décrivant une énergie en campagne permanente, une force motrice y compris pour son entourage proche. Car chez les Wauquiez, marqués par un héritage industriel dans le textile et les bateaux, la politique est devenue une affaire de famille, guidée par l’ombre gaullienne du grand-oncle Emile Bollaert, compagnon de la Résistance, mais influencée plus encore par la passion du jeune major de l’ENA, promotion Mandela 2001.
« La politique, c’est dur… »
« Dans ma famille, personne ne faisait de politique et quand j’ai commencé à en faire, c’était l’horreur pour ma grand-mère ! », raconte-t-il, amusé. Cela n’a rien empêché puisqu’il s’est lancé dans l’aventure avant que sa mère, Éliane, n’accomplisse deux mandats à la mairie de Chambon-sur-Lignon. Wladimir, son frère aîné, a failli s’impliquer aux municipales à Roanne, cette année. Et aujourd’hui, Laurent Wauquiez accompagne les débuts de son fils Baptiste, sur la liste de Michel Chapuis dans son bastion du Puy-en-Velay, dont il fut maire durant huit ans. Il le fait avec la bienveillance d’un père un peu inquiet mais attentif. « La politique, c’est dur, c’est violent. Il pourrait faire d’autres choses mais il a ça au fond de lui. Il veut servir son pays. Je ne peux pas lui reprocher. On a besoin d’une jeune génération qui a envie mais il va faire ses classes, à la base, en étant conseiller municipal », explique le paternel. Pour boucler le tableau, il faut rappeler que l’épouse de Laurent Wauquiez, Charlotte, très présente dans les campagnes de son mari, est aussi très impliquée localement sur le terrain associatif, au-delà de son métier d’administratrice au Sénat.
Quinze mois
Dans un tel contexte, le député ne peut pas cacher une évidence. « Bien sûr que j’ai cela au fond de moi, reconnaît-il, car lorsqu’on fait de la politique, on veut redresser son pays. Surtout quand on assiste à sa décadence actuelle. Dans notre système institutionnel, c’est à l’Élysée que ça se décide ». Laurent Wauquiez vante le parcours local comme clef « fondamentale » de l’action politique. « C’est d’ailleurs ce qui a profondément manqué à Emmanuel Macron et qui risque de manquer aussi à toute une partie d’élus RN, notamment Jordan Bardella et Marine Le Pen », juge-t-il, en sirotant une Orangina en terrasse, sous le chaud soleil de la capitale diocésaine de l’Ain.
De « l’école du concret » à l’écriture d’un destin national, il sait qu’il n’échappera pas à l’obligation de clarifier ses intentions. La présidentielle aura lieu dans quinze mois. Il suffit de l’écouter animer une réunion publique, dessiner des solutions, inviter les citoyens à s’engager, questionner les uns et les autres, pour comprendre qu’il s’y prépare. Même s’il affirme aujourd’hui ne pas vouloir ajouter sa candidature à la « litanie » des prétendants, au nom de la «cohérence».
Le député veut permettre aux Républicains de s’imposer en moteur central du rassemblement de la droite. Ce qui doit passer préalablement par l’élaboration d’un grand « projet commun » permettant d’identifier un « arc de personnalités », prêtes à s’entendre. Cet arc, il assure y travailler activement. Quant au programme commun de la droite tel qu’il le conçoit, il cite cinq piliers sans hésiter : 150 milliards d’économies d’impôts sur la bureaucratie administrative, arrêt de l’assistanat basé sur une seule prestation sociale plafonnée à 70% du smic, reprise en main du pays en empêchant les cours suprêmes d’écarter la loi française via une série de référendums et d’ordonnances « façon américaine », instauration de sanctions fermes dès la première infraction pour faire baisser l’insécurité et maîtrise totale de l’immigration, le temps d’une remise en route de l’assimilation. « Laissons de côté les ambitions pour construire un projet nécessaire pour le pays », insiste-t-il, en avançant un calendrier : se donner jusqu’à l’été pour faire « tomber les frontières et les murs » et « discuter entre personnes qui n’ont plus l’habitude de parler ensemble ».
«Surmonter» la fracture avec Retailleau
Cette dernière remarque pourrait renvoyer aussi aux dissensions constatées entre lui et Bruno Retailleau. Le contexte est éruptif mais Laurent Wauquiez semble vouloir mettre un peu d’eau dans son vin de Bugey. « Dans une vie, comme l’écrivait Marc Aurèle, il y a ceux qui ont des regrets et il y a ceux qui apprennent. J’essaye de faire partie de la seconde catégorie », confie-t-il, reconnaissant quelques erreurs personnelles et admettant ne pas avoir été toujours capable de jouer lui-même le rassemblement. Mais le parlementaire croit aux destins des politiques lardés de cicatrices qui essayent de progresser. « Ne serait-ce que parce que cela oblige à cette humilité qu’une partie de la politique française a perdue. Et je n’ai pas toujours été le meilleur en la matière. Loin s’en faut », confie-t-il. Le député veut même croire que la fracture avec Bruno Retailleau n’est pas définitive. Il l’invite à « exclure le moins possible » et promet de lui tendre la main « inlassablement ». « Nous avons eu cette rupture entre nous mais ce n’est pas dramatique. Il faut la surmonter. Je ne peux pas dire que je rassemble si je poursuis des relations difficiles avec lui », ajoute Laurent Wauquiez, sans renoncer à son envie de peser sur le cours des choses.
Car pour défendre son projet, il imagine l’organisation de son « printemps de la droite » comme une pépinière d’idées « neuves », à l’image de ce que fit Jean-Michel Blanquer avec son laboratoire de la République. « Mon ambition n’est pas de faire le socle commun mais le programme de reconstruction du pays à droite, avec un projet, un candidat unique et une équipe soudée ». Pourquoi pas l’union des droites ? L’élu assure « comprendre et partager » cette interrogation et se dit même prêt à reconnaître « plein de points communs » avec le RN, sur la sécurité et l’immigration, par exemple. Il rappelle le soutien de son groupe à une motion RN sur la révision des accords de 1968 avec l’Algérie. Mais s’il préfère l’idée d’un rassemblement de Darmanin à Knafo, c’est parce que le programme lepéniste lui paraît trop éloigné des attentes de la droite, notamment quand le RN « refuse » de combattre l’assistanat ou de s’attaquer à la dépense publique et au nombre de fonctionnaires. « Ils n’ont pas de préférence entre le PS et LR et ils ont voté 36 milliards d’augmentations d’impôts avec LFI. Notre différence de vision n’est pas anecdotique », estime Laurent Wauquiez.
Ne pas sauver la macronie
Il sait aussi que nombre d’électeurs de droite sont ulcérés par les échecs du macronisme et n’acceptent pas que les LR envisagent de reconstruire le pays avec ceux qui l’ont abîmé. « Il faut être très clair, répond-il, moi je ne veux pas travailler avec ceux qui ont mis le pays par terre. Je veux travailler avec ceux qui sont d’accord pour le reconstruire à droite ». Pour être plus précis, il ajoute : « Je n’ai pas de doute sur ce que fera Gérald Darmanin, si on lui donne les moyens d’agir, et je suis capable de travailler avec lui mais si je veux Sarah Knafo de l’autre côté, c’est parce que cela nous permet de dire que nous ne cherchons pas à sauver la macronie ou le socle commun, mais à faire la droite pour le vrai rendez-vous de 2027».
À l’évidence, ce projet contredit la mécanique amorcée par Bruno Retailleau. Le chef de LR, qui n’a pas attendu de programme commun pour se lancer, attend les conclusions du comité de pilotage de la primaire pour demander aux adhérents de choisir une voie. Mais Laurent Wauquiez met en garde les artisans de la solution qui se dessine. « J’ai beaucoup de respect pour Gérard Larcher et je sais qu’il plaide pour le rassemblement de toute la droite mais il y a un moment où il faut sortir des hypocrisies et des postures. Sans rassemblement, ils porteront la gigantesque responsabilité d’un échec à la présidentielle et de la mort de notre famille politique ».
Il annonce un score sous les 7%, l’impossibilité d’accéder au second tour et dénonce une option apte à chasser des élus hors du parti LR, tels David Lisnard, maire de Cannes ou Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France. « Ce sera une heure de vérité car soit les LR s’enferment dans une impasse sans aucune chance de réussite, soit ils assument leur vocation de rassembler toute la droite », avertit Laurent Wauquiez, convaincu de pouvoir s’appuyer sur les prochaines victoires de la droite unie pour démontrer la pertinence de son projet. Comme celle de Jean-Michel Aulas annoncé « dans un fauteuil » à la tête de Lyon, comme l’affirme déjà la presse locale avec un dessin assassin de l’écologiste sortant Grégory Doucet, caricaturé avec ses valises.
Mais sans attendre les leçons des scrutins locaux, Laurent Wauquiez presse Bruno Retailleau de ne pas prendre le risque de réveiller la guerre des chapelles de la droite. En levant les yeux au ciel, il conclut : «Sa candidature est légitime mais une candidature toute seule face à d’autres candidatures, c’est de la pure folie».


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