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Monsieur le ministre de l’Intérieur, il est clair que l’affaire Fedorova devient votre obsession. Il y a pourtant plus important à traiter en ce moment quand on est le premier flic de France. N’entendez vous pas le peuple qui gronde de colère, épuisé par dix années apocalyptiques de gestion irresponsable ? Deux quinquennats qui nous ont ruinés au point que l’Etat en faillite n’a même plus les moyens de baisser les taxes sur les carburants, pour soulager certaines professions qui agonisent. Des dizaines de milliards sont engloutis en Ukraine dans une guerre que vous savez perdue, mais il n’y a plus un sou pour le peuple français qui a bâti ce pays depuis plus de vingt siècles. Nous comptons 10 millions de pauvres, donc 5 millions en situation de très grande précarité et qui voient très bien qu’ils sont les derniers servis au guichet de l’Elysée.
C’est cette pauvreté et donc la révolte du peuple qui menacent le pays, mais certainement pas Xenia Fedorova qui n’a rien d’une terroriste. Une menace pour l’ordre public ? Une propagandiste russe ? Affirmer cela ne renversera pas l’issue de cette guerre. Le monde occidental, Etats-Unis en tête, a perdu ses illusions de victoire ukrainienne. Seule l’Europe rumine encore sa russophobie, à contre-courant de l’histoire. Où mène cet acharnement contre cette journaliste russe ?
En juillet 2026, vous affirmiez ne pas porter atteinte à la liberté d’expression
Après son expulsion hors de France et le gel de ses avoirs pour « atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation », Xenia Fedorova a exercé des recours auprès du tribunal administratif de Paris. À cette occasion, les services du ministère de l’Intérieur ont écrit noir sur blanc dans leurs observations que ces sanctions n’empêchaient pas l’intéressée de continuer à travailler hors de France. Votre ministère précisait même qu’elle pouvait « toujours continuer à s’exprimer dans les médias français », notamment « à travers des interventions orales réalisées en duplex hors du territoire national ».
Mais en septembre 2026 vous changez radicalement de discours.
Il a suffi que CNews annonce le retour imminent de sa chroniqueuse à l’antenne en visioconférence, donc en parfaite conformité avec les observations de vos services énoncées devant le tribunal administratif, pour que vous exécutiez un brutal virage à 180°. Par un signalement à l’Arcom, vous menacez explicitement la chaîne de « poursuites pénales » si elle donne la parole à Xenia Fedorova, même à distance.
Voilà qui ne manque pas de sel et qui en dit long sur la parole de l’Etat
Selon vous, fournir des moyens techniques pour que la journaliste s’exprime en duplex revient à lui fournir des « ressources économiques », ce qui revient à contourner le gel de ses avoirs. Et vous faites valoir que l’expulsion vise à priver l’intéressée de la possibilité de réitérer ses agissements sur le territoire national. Diffuser ses propos en France par le biais d’un duplex contournerait donc l’effet de la sanction. Soit, mais dans ce cas pourquoi ne pas l’avoir dit devant le tribunal administratif de Paris ? Ce revirement mérite d’être clarifié. Laquelle de vos deux positions doit-on croire, celle transmise aux juges ou celle envoyée à l’Arcom ?
Pour conclure, que l’on soit prorusse ou russophobe, le fait que Laurent Nuñez ait assuré mi-août au tribunal administratif que Xenia Fedorova pourrait parler en duplex, pour ensuite interdire ce même duplex en septembre, sous peine de prison pour les responsables de la chaîne, crée un précédent sérieux. C’est l’argument principal des spécialistes du droit de la presse : en voulant faire un exemple politique, le ministère de l’Intérieur, malgré tous ses démentis et son argumentation alambiquée, porte bien atteinte à la liberté d’expression en France. Laurent Nuñez ferait mieux de s’occuper de la France qui gronde et qui souffre, car son combat contre CNews ne changera pas le cours de la guerre en Ukraine. L’urgence, c’est de répondre à la légitime colère du peuple, pas de museler la liberté de parole. Mais attendons le verdict du Conseil d’Etat, puisque ce sont les Sages qui auront le dernier mot.
Jacques Guillemain





























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