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La dernière fois que Lady Gaga s’était produite à Montréal, c’était le 3 novembre 2017, pour le Joanne World Tour. En 2022, le Chromatica Ball, conçu pour les stades et non pour les arénas, n’était pas passé par la métropole. Après tout ce temps, est-il nécessaire de vous dire qu’il y avait de l’électricité dans l’air jeudi soir au Centre Bell, où se tenait la première des trois représentations montréalaises du Mayhem Ball.
La septième tournée internationale de la pop diva a commencé sa course à Las Vegas le 16 juillet 2025 et s’achèvera à New York le 13 avril 2026. On parle de 87 dates dans 31 villes traversant 12 pays et 4 continents ! Le spectacle comprend une trentaine de pièces, la moitié d’entre elles sont tirées du dernier opus et l’autre moitié des précédents. On trouve tous les tubes des albums The Fame et Born This Way, mais seulement deux titres provenant de Artpop et, sauf erreur, pas un seul de Chromatica.
Franchement théâtral, le concert en quatre actes (et un final) est truffé de références littéraires, du Fantôme de l’opéra à Alice au pays des merveilles en passant par Macbeth, mais on évoque aussi Caïn et Abel, Charon, les rites funéraires festifs de la culture mexicaine et, bien entendu, la sorcellerie. Pour lier les tableaux, orienter les choix esthétiques, Lady Gaga et Ben Dalgleish (du Studio Human Person), qui cosignent la mise en scène, ont imaginé un récit, mais qui n’échappe pas au manichéisme, un fil rouge, qui s’avère parfois bien ténu.
Il y a dans cette histoire deux entités : la blonde et la brune, la bonne et la méchante, l’égocentrique et la candide, l’angélique et le démoniaque. Ce sont les deux facettes de la personnalité de Lady Gaga. Celle qui cultive l’harmonie et celle qui préfère le grabuge se livrent une guerre sans merci, un affrontement qui se déroule sur ce qui pourrait bien être la scène d’un opéra ancien, mais aussi dans ses loges et ses balcons, là où tout est sculptures et fioritures. Si l’opéra est convié ici, c’est dans ce qu’il a de plus démesuré, mais aussi, et on oserait dire que ça fait partie du plaisir, dans ce qu’il a de plus kitsch.
Tableaux d’envergure
La scénographie de Jason Ardizzone-West et Es Devlin est somme toute assez simple, mais lorsqu’elle est soutenue, pour ne pas dire transcendée par les projections qui se déploient sur l’entièreté du fond de scène et sur la passerelle en forme de pendule qui traverse le parterre, les tableaux adoptent une envergure inouïe. Si on ajoute à cela les prises de vues réalisées en direct depuis la scène et les jolies animations en ombres chinoises, on obtient un résultat quasi cinématographique, comme une suite de clips dont on pourrait observer la fabrication en même temps que le produit final.
Il y a des moments très forts, à commencer par la scène d’ouverture, où la diva chante Bloody Mary dans une immense robe rouge sous laquelle apparaissent ses danseurs. Mais tout aussi impressionnante est la partie d’échecs chorégraphiée sur Poker Face ; le carré de sable rempli de squelettes dans Perfect Celebrity ; la traversée de la passerelle avec béquilles et traîne multicolore dans une exquise version ralentie de Paparazzi ; et que dire du moment poignant où les deux « sœurs » finissent par réaliser, sur Million Reasons, qu’elles ne peuvent se passer l’une de l’autre. Cela dit, il faut reconnaître qu’un bon tiers des tableaux, trop simples du point de vue de la mise en scène, déçoivent. Sans parler des interludes entre les actes, qui s’éternisent et plombent le rythme.
Au cœur d’un Centre Bell dont les gradins sont recouverts d’étoiles scintillantes et multicolores (grâce aux bracelets lumineux attribués à chaque spectateur à l’entrée de la salle), Lady Gaga paraît inépuisable, tout comme ses 22 danseurs. Il y a bien un ou deux moments où on se rend compte qu’une bande sonore lui donne un coup de pouce, mais bien plus nombreux sont les instants où sa voix se déploie uniquement en direct, dans toute sa beauté, dans toute sa puissance.
Après avoir porté la fleur de lys à la boutonnière en début de soirée, la chanteuse s’adresse plusieurs fois à ses « petits monstres » en français pour leur demander de « lever les bras ». Assise au piano, elle explique qu’elle est heureuse d’être de retour à Montréal, une ville qui l’a accueillie dès ses débuts. Un peu plus tard, elle déclenche la liesse en lançant : « Montréal, je t’adore ! » Après plus de deux heures de spectacle (!), elle offre en guise de rappel une version de How Bad Do U Want Me qui démarre en arrière-scène, alors qu’elle se démaquille. C’est un moment d’une simplicité désarmante, mais aussi l’un des plus émouvants de cette soirée qui couronne brillamment vingt ans d’une carrière déjà exceptionnelle.


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