Soupçonnée d’avoir perçu 900 000 euros de la part de Renault-Nissan lorsqu’elle était eurodéputée, Rachida Dati est actuellement jugée devant le tribunal correctionnel de Paris pour corruption et trafic d’influence.

La rédaction - Aujourd'hui à 17:30 | mis à jour aujourd'hui à 17:40 - Temps de lecture :

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« Un peu de respect, y compris dans votre gestuelle ! Je ne suis pas votre femme de ménage ! », « C’est des accusations à la con »... Autant de séquences politiques marquantes offertes par Rachida Dati. Si elle est connue pour son franc-parler, l'ancienne ministre d’origine marocaine et algérienne, qui a grandi dans une cité de Saône-et-Loire, a aussi connu une ascension politique fulgurante. Après avoir été garde des Sceaux en 2007, sous Nicolas Sarkozy, Rachida Dati est assimilée à plusieurs affaires.

Au total, elle est mise en cause dans pas moins de 14 dossiers judiciaires. Un chiffre suffisamment vertigineux pour qu’une « encyclopédie de ses affaires », baptisée WikiDati, ait vu le jour lors de sa campagne pour la mairie de Paris. Conçu par Kevin Grenier, salarié de l’ONG Transparency International, ce site répertorie l’ensemble de ses démêlés judiciaires, avec pour objectif, selon lui, de « rappeler pourquoi ces faits posent problème du point de vue de la loi, mais surtout de l’éthique politique et pourquoi ils remettent en cause l’honnêteté et le désintéressement de la candidate ».

Jusqu'à 10 ans de prison

Depuis le 16 septembre, l’ancienne ministre est jugée pour corruption et trafic d’influence devant le tribunal correctionnel de Paris et risque une peine de 10 ans de prison et 450 000 euros d'amende. Elle est soupçonnée d’avoir touché 900 000 euros entre 2010 et 2012 pour défendre les intérêts du groupe automobile français Renault au Parlement européen. En octobre 2009, alors qu’elle est eurodéputée, elle signe une convention d’honoraires avec la filiale Renault-Nissan, la RNBV, alors dirigée par Carlos Ghosn. C’est près de 10 ans plus tard, après l’arrestation spectaculaire du chef d'entreprise à Tokyo en 2018 pour dissimulation de revenus, qu’une vague d’audits internes révèle l’ampleur de cette rémunération : 300 000 euros par an, en 2010, 2011 et 2012, soit 900 000 euros au total.

Pour le parquet, cette convention d’honoraires aurait servi à masquer une activité de lobbying interdite pour une eurodéputée. Maxence Lambert, juriste au sein de l’association Anticor, partie civile dans ce procès, précise : « La seule chose que vous ne pouvez pas être, c’est être député européen et être lobbyiste. Vous ne pouvez pas être député européen, juge et partie en quelque sorte, et vous-même faire du lobbying, sinon votre mandat est “acheté”. » Les enquêteurs auraient notamment découvert que Rachida Dati transmettait à l’avance ses questions parlementaires à Renault. De son côté, l’ancienne ministre assure n’avoir fait que son travail d’avocate, évoquant des dossiers liés au Maroc, à l’Algérie, à la Turquie ou à l’Iran. Mais les enquêteurs n’auraient par ailleurs trouvé que très peu de traces matérielles du travail effectivement fourni. Impliquée dans plusieurs autres dossiers, elle nie fermement son implication dans chacun d’eux et reste présumée innocente. 

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