La victoire de l’équipe de Suisse de football, éliminée dimanche en quart de finale de la Coupe du monde par l’Argentine après prolongations (3-1), est dans ces mines chiffonnées au petit-déjeuner de centaines de milliers de personnes qui, si loin de Kansas City, se sont levées en pleine nuit ou n’ont pas dormi pour suivre le match. Ici comme là-bas, il y avait beaucoup de tristesse dans les regards fatigués, et il faut prendre le temps d’apprécier cette douleur. C’était beau et injuste, cruel mais fort. C’était un privilège. Il faut avoir été amoureux pour ressentir un chagrin d’amour.
Un supporter argentin rencontré deux jours plus tôt, à qui le billet avait coûté «2000 dollars et quasi le divorce», avait justifié la dépense par le bonheur et l’unité que procurait le football. «C’est la seule chose qui fait descendre collectivement les gens dans la rue pour manifester de la joie», faisait-il observer.
Pendant un mois, malgré les horaires tardifs ou matinaux, un pays a vibré derrière son équipe de football, présente en quart de finale pour la première fois depuis 72 ans. Seuls nos aînés avaient connu ça, à une époque où il y avait moins de matchs (quatre au lieu de six) et moins de concurrence internationale. «Nous faisons partie des huit meilleures équipes au monde», avait relevé Murat Yakin, le sélectionneur, comme pour mieux s’en convaincre.
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En 1994, la première Coupe du monde organisée aux Etats-Unis avait marqué le grand retour de la Suisse. Elle y avait joué quatre matchs, en avait gagné un et passé le premier tour, était tombée en huitième de finale avec quelques regrets et un vague sentiment d’injustice sur le premier but de l’Espagne (3-0). Cette fois, la déception est plus forte, à la hauteur de l’espoir qui l’avait précédée. Le bilan 2026 (trois victoires, deux nuls et une défaite) relève davantage de l’épopée, et a tenu en haleine le pays pendant cinq semaines.
Trente-deux ans plus tard, au retour sur le continent nord-américain, la Suisse est devenue une nation qui compte dans le football, toujours présente (sixième participation d’affilée) et souvent bien placée. Il reste désormais à franchir le palier supérieur, encore chasse gardée des nations historiques. Il faudra réessayer, encore, pour forcer le destin et, peut-être, être regardée différemment par les arbitres. Pour une génération de joueurs, un rêve est passé, mais pour le public, il y aura d’autres occasions de descendre dans la rue pour exprimer de la joie.


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