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Ils ont raflé (presque) tous les prix individuels de cette Coupe du monde, mais n’interprétons pas l’ensemble de l’œuvre autrement : les Espagnols forment une équipe, une vraie. Une digne championne du monde.

La meilleure équipe avait aussi gagné en 2010, un scénario frappant de similitudes avec 2026. Une finale de 120 minutes, un but dans la seconde période ajoutée, une couronne mondiale en supplément à la couronne européenne récoltée deux ans plus tôt.

Andrés Iniesta avait marqué le but providentiel avec la même férocité que Ferran Torres, 16 ans plus tard. N’empêche, cette finale de 2010 en a marqué plusieurs non pas pour ses formidables vainqueurs, mais pour le jeu agressif de leurs adversaires néerlandais – ironiquement lauréats du prix de l’esprit sportif de la Coupe du monde de 2026.

Cette fois, pas de doute : malgré tous les efforts d’Enzo Fernández, expulsé, et de Leandro Paredes qui a, entre autres coups de sang, pris Eric García à la gorge après le sifflet final, on retiendra surtout la domination absolue de l’Espagne.

Des joueurs crient de joie après avoir gagné le tournoi. Le joueur au centre tient un trophée au bout de ses bras.

Rodri et l'équipe d'Espagne célèbrent leur titre à la Coupe du monde après leur victoire face à l'Argentine en finale.

Photo : Reuters / Kai Pfaffenbach

Cette équipe structurée n’a donné qu’un but à l’adversaire durant tout le Mondial, le meilleur bilan d’une équipe masculine championne du monde depuis qu’on s’est mis à taper dans un ballon. Une équipe qui monopolise le cuir laisse normalement des occasions en transition à l’adversaire, mais la Roja est toujours positionnée de manière à les anéantir, ces occasions. Les pauvres Français, qui ont tant aimé s’infiltrer dans les boulevards laissés dans la défense adverse durant ce Mondial, étaient dépourvus de solutions en demi-finale.

Au football, l’identité de l’Espagne est on ne peut plus claire, et tous ses programmes en récoltent les fruits. Pour la première fois, les équipes masculine et féminine d’un même pays sont championnes du monde en même temps – et ça pourrait bien se poursuivre pour les Espagnoles l’an prochain, au Brésil.

Comme le faisait remarquer l’incomparable Jonathan Wilson dans le Guardian plus tôt cette semaine, les deux sélectionneurs qui ont mené leur équipe en finale, Luis de la Fuente et Lionel Scaloni, sont des produits du système de leur pays. Ils sont passés par les équipes nationales de jeunes. Ils connaissent les joueurs depuis longtemps et comprennent les objectifs de leur fédération.

Il tient le trophée de la Coupe du monde devant ses joueurs.

Luis de la Fuente a mené l'Espagne à la victoire à ses deux derniers tournois majeurs.

Photo : Getty Images / Justin Setterfield

La présence de l’Espagne et de l’Argentine en finale était déjà une victoire pour l’idée, pour la vision. L’Albiceleste a été réduite au rôle de figurant dans cette finale, mais elle venait tout de même de gagner deux fois la Copa América (2021 et 2024) avant et après son titre de championne du monde de 2022. Le pays est aussi vice-champion du monde des moins de 20 ans. Il sait encore développer des joueurs.

La méthode espagnole est cependant à un autre niveau. Elle s’est essoufflée un moment, avec trois Mondiaux bien ordinaires de 2014 à 2022, mais elle est de retour en force et elle n’a peut-être pas fini son ascension. Ils étaient quelques Espagnols à aborder ce Mondial dans un état de forme douteux, Lamine Yamal en tête de liste. Les voici tous champions du monde quand même. Imaginez s’ils avaient été dans un état de grâce.

C’est la beauté du sport de haut niveau. Il y a toujours un petit quelque chose qu’on peut améliorer, un ajustement stratégique ou tactique à trouver. Une manière différente de faire jouer Unai Simon, Rodri ou Pau Cubarsi qui feraient peut-être en sorte qu’ils ne seraient pas le gardien, le joueur par excellence ou le meilleur jeune joueur du tournoi, mais qui rendraient leur équipe meilleure.

Une meilleure équipe que l’Espagne de 2026? Ça finira probablement par exister dans le soccer international.

Un meilleur joueur que Lionel Messi, 2e derrière Rodri pour le Ballon d’or de ce Mondial et 2e buteur du tournoi derrière Kylian Mbappé? Qui sait si ça, en revanche, ça finira par exister – de notre vivant, du moins. Si c’était la dernière fois qu’on le voyait à la Coupe du monde, assurons-nous qu’en plus de la domination absolue de l’Espagne, on retienne aussi la sienne, pendant 20 ans.

Des joueurs tristes avec des médailles au cou.

Lionel Messi a participé à trois finales de la Coupe du monde.

Photo : Getty Images / PATRICIA DE MELO MOREIRA

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